Dans sa chronique du dimanche 28 septembre 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri se demande : les migrants ne seraient-ils que des objets, les patates chaudes de l’Europe ?

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Le 12 septembre dernier, un naufrage provoqué par des passeurs a fait jusqu’à 500 morts en Méditerranée, ce qui en ferait « l’un des plus graves » depuis des années, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans le même temps, signe que les candidats au départ sont toujours plus nombreux, la marine italienne a rapporté lundi avoir secouru quelques 2 380 personnes au cours du week-end, dans le cadre du programme « Mare Nostrum ».

À proximité de Calais, sur le Calaisis, depuis plus de douze ans, les nombreux exilés vivants dans des conditions précaires et indignes posent la question de la présence d’étrangers sur notre territoire.

Ces personnes fuyants la guerre, la persécution et la misère, sont présentes sur le littoral du nord de la France dans l’espoir de se construire un avenir. Leur espoir se confronte à une réalité extrêmement violente : maltraitance institutionnelle, volonté de les rendre invisibles, humiliations, conditions de vie déshumanisantes, règlements européens kafkaïens au nom duquel on se renvoie les personnes comme des objets, comme les « patates chaudes de l’Europe »…

À Calais, bon nombre de citoyens refusent de réduire la présence des étrangers à un problème qu’il s’agirait d’aborder uniquement en terme de gestion des flux.

Parmi eux, de nombreux chrétiens, pour qui la rencontre de l’exilé est d’abord rencontre d’un frère, rencontre du Christ : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Mat 25)

Conscients de la complexité des questions migratoires, ces chrétiens savent que l’idéal de la libre circulation des personnes est un objectif à atteindre, mais qu’au vu des réalités sociales et économiques actuelles il n’est pas réalisable à court terme.

Avant tout, ils voient dans la rencontre de l’étranger, du « sans papier », la rencontre d’un frère qui nous invite à changer notre regard. Ils rejettent l’idée que la présence des migrants et des demandeurs d’asile est un problème, en oubliant d’écouter leur histoire, d’écouter les causes qui les ont fait tout quitter. Alors ces chrétiens font le choix de la rencontre avec l’autre différent. Ils tentent de vivre cette rencontre en vérité, expérimentent que vivre ensemble est possible.

Être acteurs d’une planète plus fraternelle n’est pas une position idéologique, cela passe par des engagements concrets, par une attitude quotidienne ancrée dans ce qui fait l’essence même du message évangélique.

À la lumière de l’expérience du réseau du Secours catholique du Pas-de-Calais, à travers dix années de présence auprès des exilés du Calaisis, nous devrions sans doute, nous aussi, nous reposer de temps en temps la question : « Qu’ai-je fait de mon frère ? »

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. janine

    merci de nous le rappeler car nous avons tendance à l’oublier même si nous allons à la messe tous les dimanches ! Il nous faut regarder nos frères étrangers en songeant
    au visage du Christ.

  2. boisseau

    Oui
    Qu’ai je fait de mon frère ?
    Merci, Mgr, de le rappeler…
    Mes respects.
    Pas quand je reviendrai à Boscodon, je demanderai à vous rencontrer.

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