La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : Cristeros : un débat impossible ?

Dans sa chronique du dimanche 8 juin 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle à nouveau des Cristeros. Certaines questions sont-elles si embarrassantes que nous refusions d’en débattre ?

À noter que le film sera diffusé à Gap au cinéma Le Centre (20 rue de l’Imprimerie) à partir du 18 juin pour une semaine, voire plus selon la fréquentation.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

La chronique que j’ai consacrée il y a quelque temps au film CRISTEROS a suscité, comme il fallait s’y attendre,​ des réactions contrastées.

Pour certains, s’interroger sur le passé de l’Eglise et sur les erreurs qu’elle aurait pu commettre serait de l’autoflagellation. Pour d’autres ce n’est pas honorer les victimes. Pour d’autres ​encore ce serait dédouaner les bourreaux.

Au vu de ces réactions, on peut comprendre que les distributeurs aient eu quelque frilosité à diffuser ce film en France. Sans doute craignaient-ils une récupération politique par une frange catholique s’autoproclamant les Cristeros du XXIe siècle dans notre pays ?…

Autoflagellation ou pas, il y a bien des questions que cette page de l’histoire du Mexique peut nous permettre de nous poser pour notre époque et pour notre pays.

​Je rappelle en deux mots les événements.​

On est en 1926. Un soulèvement populaire secoue le pays suite à des lois qui interdisent toute pratique religieuse. Des hommes et des femmes risquent alors leur vie pour défendre leur liberté. Trois ans plus tard, on fait les comptes. 90 000 morts chez les Cristeros, un exode massif de la population vers la Californie, et plus qu’un seul prêtre là où avant la purge on en comptait dix.

Comme je le disais plus haut, au-delà des récupérations partisanes, ce film peut nous faire réfléchir sur bien des points, quelles que soient nos convictions religieuses et politiques.

Par exemple :

La question d’un totalitarisme arrivant non par un coup d’État, mais légalement et démocratiquement. Si la démocratie n’est pas en elle-même un rempart de la liberté, où se trouve ce rempart​ ?

La question d’un négationnisme qui ne serait pas la négation affirmée d’un événement mais sa mise sous silence. Un événement n’existe dans une société médiatisée que si on en parle. Ne pas en parler ne s’apparente-t-il pas à le nier ?

La question de l’abdication de la liberté. Les plupart des Mexicains étaient des catholiques. Qu’ils se soient trompés en élisant un gouvernement qui par la suite s’avèrera liberticide peut se comprendre. Mais comment des soldats catholiques en sont-ils arrivés à obéir à des ordres ineptes, iniques et inhumains, à torturer des femmes et des enfants ?

La question de la guerre juste. Jusqu’où peut-on aller pour défendre la liberté religieuse ?  Prendre les armes face à une persécution et tuer en criant « vive le Christ Roi » est-il chrétien ? Mais peut-on à l’inverse être le témoin d’exactions sans réagir ?

Alors, voilà bien des questions que nous renvoie ce film mais sans doute sont-elles un peu trop embarrassantes pour accepter d’en débattre.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

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