Alors que les célébrations communautaires peuvent reprendre, les impératifs liés à la situation sanitaire interdisent les contacts physiques. La Pastorale des Personnes Handicapées partage une initiative pour échanger un geste de paix sans se toucher.

Un signe – ou plutôt un double signe qui n’en est qu’un – pour s’échanger en nos célébrations à venir, simple, parlant, efficace. C’est une très belle initiative née de l’expérience en temps de confinement. L’Esprit a vraiment soufflé de l’inspirer, de plus en période où les masques viennent entraver la communication.

Quel témoignage aussi car « il nous montre comment les sourds et entendants peuvent être en interaction de façon très heureuse » ! Oui, quelle richesse et force que cette langue qui devrait prendre bien plus de place dans nos pastorales et documents !

Signes de communion : l’apport de la Langue des Signes à la liturgie

Les gestes barrières font maintenant partie de notre vie quotidienne, crise sanitaire oblige. Ils forment en quelque sorte des nouveaux rites sociaux auxquels il convient de ne pas déroger, au risque de contaminer autant que d’être contaminé. Les gestes barrières signifient paradoxalement le souci du prochain.

Ce signe est composé de deux gestes :

  1. « La paix » : les deux mains imitent une poignée de main entre deux amis ; la main droite se pose sur la paume de la main gauche tournée vers le haut puis, après un léger déplacement, c’est la main gauche qui se pose sur la paume de la main droite, celle-ci tournée vers le haut. Ce geste provient de l’ancienne Langue des Signes Française, qui s’est maintenu uniquement dans la liturgie et dans l’actuel signe « association ». En Langue des Signes Française (LSF) contemporaine, la paix se signe par la succession des lettres manuelles « p » et « x ».
  2. Puis le signe « Christ » est représenté : l’index de la main gauche dressé, ce qui représente telle ou telle personne, reçoit au-dessus de lui la main droite qui s’ouvre les doigts écartés. Le geste signifie l’Esprit Saint qui oint Jésus, le Christ, le Messie. Ce deuxième geste est fait en direction de la personne à qui la paix du Christ est donnée. Ce déplacement suggère le don et manifeste que je m’approche de mon prochain (cf. la parabole du « Bon samaritain » en Luc 10, 25-37).

Frère Xavier Loppinet , dominicain responsable de la Pastorale des sourds à Rennes

En complément ci-dessous le lien vers deux vidéos sur ce « geste liturgique sourd », l’une présentant le geste aux entendants, l’autre à l’attention des personnes sourdes la traduction écrite pour entendant. Elles sont de qualité et accessibles à tous. 

1) Celle où le frère Xavier décompose le geste :

2) Celle où le frère Xavier explique en Langue des Signes aux Sourds.

En voici la traduction :

Dimanche il y a deux semaines, le 10 mai, j’ai célébré la messe avec mes frères dominicains et je leur ai appris à dire en LSF la “paix du Christ”. Normalement le prêtre dit “Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez-vous la paix”. Et alors, on se serre les mains. Mais maintenant avec la situation du coronavirus, c’est impossible, c’est dangereux. Après la messe, un frère m’a dit que c’était beaucoup mieux que simplement sourire et courber la tête.
Alors j’ai réfléchi et je me suis demandé pourquoi c’est mieux ? Parce que c’est comme les verbes directionnels, il y a un mouvement vers la personne. Sinon, seulement le sourire > la communion, c’est très peu sensible comme geste de communion. Peut-être à l’avenir, ce geste Pi = typique Sourd sera accepté, reçu par les entendants. Nous verrons. Que Dieu vous bénisse.