You are currently viewing Après avoir communié aux souffrances du Christ, puissions-nous éprouver la puissance de sa résurrection – 28 février 2021 Messe anniversaire pour la mort du père Sébastien Dubois

Mot d’introduction par Mgr Xavier Malle

Oui, la paix du Seigneur soit avec vous !

Pourtant notre coeur est sans doute encore bien lourd de cette souffrance de la mort de votre curé il y a un an.

Alors il est bon que la Providence ait permis que nous nous retrouvions ce dimanche, malgré le covid, et il est bon que le 28 février, jour anniversaire, tombe un dimanche, jour de la Résurrection.

Merci au chœur adulte de la Cathédrale et merci à la maitrise de nous aider à prier. Je sais que cela vous tient à cœur.

Je vous propose d’offrir cette messe, notre participation à cette messe, et même tout le bienfait spirituel de notre communion, pour deux intentions : 

– d’abord en action de grâce pour ce que nous avons reçu du père Sébastien. C’est ce matin une messe d’action de grâce, et chacun pourra dire un merci dans son cœur. 

– ensuite, en intercession pour tous ceux qui sont désespérés, quels que soient les motifs de cette désespérance. Peut-être pouvons-nous nommer dans nos cœurs le prénom d’une personne pour qui la vie est trop dure. Concernant le geste désespéré du père Sébastien, comme je vous l’ai dit il y a un an, mettons une garde à nos lèvres, car nous ne connaissons pas toutes les circonstances de ce drame, et c’est peut-être mieux ainsi. Nous sommes en intercession pour le repos éternel de l’âme du père Sébastien.

Frères et sœurs, nous sommes courageux et unis ce matin, dans l’action de grâce et dans l’intercession. Il y a beaucoup de personnes désespérées, et si notre prière monte vers Dieu, leur visage pourra être transfiguré comme celui de Notre Seigneur Jésus dans l’évangile du jour.

Jésus, Dieu fait homme, est l’archétype de l’humanité. C’est à travers Jésus, à chacun de nous que le Père a dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » 

Chacun d’entre nous est le fils, la fille bien aimée du Père, et donc comme dit le Pape, Fratelli Tutti, tous frères. Je voudrai étreindre chacun d’entre vous dans mes bras, pour vous faire goûter l’amour du Père. Mais la bienséance et la pandémie m’en détournent.

Alors pour que cet amour du Père puisse couler sur nous, demandons humblement pardon pour nos fautes contre notre filiation divine et la fraternité humaine.

Homélie de Mgr Xavier Malle

« Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous. » Cette profession de foi de Saint Paul dans sa lettre aux Romains, notre seconde lecture éclaire d’une belle lumière de printemps ce dimanche particulier du 28 février 2021, un an après la mort de notre curé de cette cathédrale. Saint Paul l’explicite dans une autre lettre, qu’il adresse aux Philippiens (3,10) : « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion. »

Frères et sœurs, la vie chrétienne est cette connaissance vitale du Christ, qui donne de la chair, du relief au catéchisme appris dans notre enfance, une connaissance du Christ en son double mystère de souffrance et de gloire, de passion et de résurrection. La première lecture, le sacrifice d’Abraham, va développer ce mystère de souffrance et l’Évangile de la Transfiguration anticipera la glorification de Jésus dans sa Résurrection.

Le livre de la Genèse raconte le sacrifice d’Abraham. On le nomme ainsi, plutôt que le sacrifice d’Isaac, car c’est surtout la figure d’Abraham qui est mise en avant. Il prend son fils unique pour l’offrir en sacrifice à Dieu. Pour nous, cela semble monstrueux, mais pour un hébreux le sacrifice est une réalité positive car il unit à Dieu, même si dans toute la bible il n’y a aucun sacrifice humain, contrairement à ce qui se passait dans les cultures environnantes.

Abraham a accepté que tout s’écroule dans sa vie, que la vie du seul fils qui lui a été donné dans sa vieillesse soit demandé par Dieu. Là est le sacrifice de son cœur de Père, reconnu par Dieu, l’ange arrêtant le bras d’Abraham qui allait immoler Isaac. « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham a accepté que tout s’écroule dans sa vie et la suite fut au contraire une bénédiction : « parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer ». Telle est la fécondité du sacrifice si nous y consentons.

Dieu lui-même a fait un sacrifice, celui de son propre Fils, saint Paul ouvre à une espérance : « Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » Dieu a livré son Fils pour nous, n’est-ce pas la source d’une immense confiance en Dieu. « Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? » demande alors St Paul.

Oui, il nous arrive de communier aux souffrances du Christ

Pour le père Sébastien, tout s’est écroulé. Il ne l’a pas supporté. Il me faut revenir sur ce suicide, et redire que le suicide n’est pas une porte de sortie d’une souffrance, même si nos pensées peuvent y penser, même si notre psychisme peut y pousser comme un mécanisme de défense devant une grande souffrance, ce que la science psychologique nous apprend. Mais c’est au contraire ajouter un drame au drame.

La tentation de suicide, comme toute tentation, n’est pas un péché mais une souffrance de plus à sacrifier, à offrir au Seigneur. Il y a toujours une fenêtre à ouvrir, une personne qui peut nous aider, un passage à ouvrir, au sens où le dit le psalmiste au psaume 30 : « Devant moi, Tu as ouvert un passage. »

C’est sans doute un effet de l’individualisme ambiant de penser qu’on peut s’en sortir tout seul. Trouvons les personnes ressources, trouvons les psychothérapeutes. Il n’y a pas de honte à aller voir un psychothérapeute, un coach, un praticien Wittoz ou autre, un psychologue ou un psychiatre. C’est le Seigneur qui les a mis sur notre route. Ouvrons les yeux : qui peut nous aider ? L’Église de France a connu plusieurs drames de suicides de prêtres, encore très récemment, et de tous âges. Alors différents lieux sont en train de naître pour accueillir des prêtres qui ont besoin d’une coupure dans un ministère qui peut être à la fois exaltant et épuisant. Des lieux existent aussi pour vous frères et sœurs laïcs. Souvent des chrétiens en sont à l’origine. Par exemple je pense à ce couple de retraités qui viennent de s’installer dans les HA et qui m’ont présenté leur projet : à côté de leur maison pour accueillir leur famille, ils font construire un autre chalet, qu’ils ont appelé un chalet de répit, pour accueillir une famille en vacances avec un enfant porteur d’autisme. Nous avons tous besoin de chalets de répits, laïcs comme prêtres ou évêque. Merci à vous qui nous accueillez. 

Ainsi, après avoir communié aux souffrances du Christ, puissions-nous « éprouver la puissance de sa résurrection » ! Comme les apôtres montés avec Jésus sur une montagne et qui ont assisté à sa Transfiguration.

Mais pour éprouver la puissance de Sa résurrection, il nous faut reconnaître notre vulnérabilité.

Simone Pacot (Ouvrir la Porte à l’Esprit – Cerf 2007), propose des lois de vie, et la seconde est : accepte ta condition humaine. Je la cite : « Étant créé dans les limites de la condition humaine, l’être humain est essentiellement vulnérable. La vulnérabilité fait partie de la constitution même de l’’être humain. » Cette vulnérabilité intrinsèque est à distinguer de la fragilité, causée par les blessures de la vie, blessures infligées par les situations, par autrui ou par moi-même.

Mais finalement, vulnérabilité anthropologique et fragilité n’ont qu’une issue : le lâcher prise, tel que l’a enseigné Jésus à Ste Faustine : « Jésus, j’ai confiance en toi. »

Je vais vous faire une confidence. Après mon service militaire, j’ai d’abord pensé que Dieu m’appelait à être moine, et j’ai passé une année dans une abbaye. Quant à l’issue de l’année de postulat, j’ai discerné que c’était une vie magnifique, mais pas pour moi, le père Abbé, avant de me laisser repartir m’a dit : « dans le monde vous allez rencontrer des grandes souffrances, mais rappelez-vous de deux choses :

– Toujours vous accrocher à Dieu. Et il m’a cité l’épisode biblique du combat de Jacob, dans l’Ancien Testament, où le patriarche Jacob se bat une nuit entière contre un mystérieux agresseur. Quand il comprend que c’est Dieu, il lui dit : je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras bénis. (BIS) Frères et sœurs, « persévérance » n’est pas seulement un engin spatial qui vient de se poser sur la planète Mars, mais une invitation à ne pas lâcher Dieu.

– Car le père Abbé m’a dit une seconde chose : « Tout passe ». C’est en fait une citation d’un célèbre poème de Ste Thérèse d’Avila. Prenons le temps de l’écouter. 

« Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. 

Élève ta pensée, monte au ciel, ne t’angoisse de rien, que rien ne te trouble. 

Suis Jésus Christ d’un grand cœur, et quoi qu’il arrive, que rien ne t’épouvante. 

Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n’a rien de stable, tout passe. Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. 

Aime-Le comme Il le mérite, Bonté immense ; mais il n’y a pas d’amour de qualité sans la patience. 

Que confiance et foi vive maintiennent l’âme, celui qui croit et espère obtient tout. 

Même s’il se voit assailli par l’enfer, il déjouera ses faveurs, celui qui possède Dieu. 

Même si lui viennent abandons, croix, malheurs, si Dieu est son trésor, il ne manque de rien. 

Allez-vous-en donc, biens du monde ; allez-vous-en, vains bonheurs : même si l’on vient à tout perdre, Dieu seul suffit. Amen. » (Sainte Thérèse d’Avila 1515-1582)

Dieu seul suffit. C’est ce qu’on éprouvé Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. Jésus venait de leur annoncer sa proche passion et sa mort. Pierre n’avait pas compris et s’y était opposé. Alors Jésus les emmena à l’écart sur une haute montagne, pour les préparer au scandale de la Croix. Il fut transfiguré devant eux. « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes ! » Dieu seul leur suffit. Il y a non seulement le visage transfiguré de Jésus, mais aussi Dieu lui-même qui parle : « De la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Pierre, Jacques et Jean ont éprouvé la présence de Dieu, et dans le visage transfiguré de leur Seigneur et ami, par anticipation, la puissance de la Résurrection. Si Dieu leur a fait ce cadeau, c’est pour qu’ensuite ils s’en souviennent et en vivent : « Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. ». Vous allez dire, c’est déjà pas mal. Cela me fait penser à l’Annonciation : « et l’ange la quitta ». Oui, il y a aussi des moments dans notre vie, après des grandes grâces de présence de Dieu, que nous nous sentions un peu seul à nous débattre dans nos souffrances. Mais Dieu est là. « Je ne te lâcherai pas que tu ne m’aie bénis », « tout passe ». A la Croix, les apôtres ne vont pas tout comprendre, et seules les femmes resteront, à l’exception toutefois de St Jean, dont on peut penser que cet épisode de la Transfiguration l’avait enseigné : celui qui est là crucifié, celui qui souffre est le Fils de Dieu, et Dieu va le transfigurer, le ressusciter. 

Ce mystère lumineux de la Transfiguration, pour reprendre une expression de st Jean-Paul II, illumine notre dimanche 28 février 2021. Le 28 février 2020, la paroisse a connu une grande crise. Beaucoup parmi nous ont connu une grande crise et une grande souffrance à l’annonce du geste de notre curé. Continuons à prendre soins de nous. 

Dans son livre de décembre dernier « Un temps pour changer », le pape écrit à propos de la pandémie : « On ne sort jamais indemne d’une crise ; c’est la règle fondamentale. Si tu t’en sors, tu en ressors meilleur ou pire, mais jamais comme avant. » Le pape ajoute : « Quand les gens ont le coeur à l’épreuve, ils prennent conscience de ce qui leur a permis de tenir. Ils ressentent aussi la présence du Seigneur, qui est fidèle et répond au cri de son peuple. »

Avec cette présence du Seigneur, de sa miséricorde pour chacun de nous, nous pouvons alors dans la paix remettre au Seigneur toute la vie du père Sébastien : « Regarde Seigneur ce qui fut grand, bon et beau dans sa vie. Prends en ta miséricorde ce qui fut moche, en particulier ses fragilités qui l’ont conduit à ce geste désespéré. »

Marie, ND du Laus, en cette Année Mariale, qu’on invoque aussi sous le vocable de l’addolorata, la femme des douleurs, prends sous ton voile, toute la famille du père Sébastien, ses paroissiens, ses amis et ses frères prêtres.

« De la nuée une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. »

Seigneur Jésus, nous ne te lâcherons pas tant que tu ne nous auras béni. Amen.