You are currently viewing Communiqué de Monseigneur Malle au vue de la situation inquiétante d’accueil des réfugiés à Briançon

Samedi 23 octobre, j’ai passé la journée à Briançon, invité pour l’inauguration du nouveau refuge pour les réfugiés, les Terrasses Solidaires. Ce fut une joie … teintée de grande inquiétude, inquiétude qui s’est malheureusement révélée exacte. Que faire maintenant ? Et à Gap ?

Une joie

Une joie devant ce beau projet qui a abouti grâce au dévouement incroyable des Briançonnais engagés dans le sauvetage des réfugiés qui passent par nos montagnes depuis 2015.

Après le non-renouvellement de la convention du Refuge Solidaire, installé depuis 5 ans dans le bas de la ville, tous se sont mobilisés, étant persuadés que de toute façon ce lieu ne répondait plus aux nouveaux besoins ; des familles avec jeunes enfants arrivant.

(NB : j’emploie le terme de réfugiés, pour regrouper sous un même vocable des migrants économiques – et beaucoup de Haut-Alpins l’ont été dans le passé, quittant leurs vallées -, et des demandeurs d’asile ; ces derniers ne sont d’ailleurs pas en situation totalement illégale car même s’ils franchissent la frontière de manière illégale, ils ont le droit de demander l’asile.)

Une joie devant l’arrivée du soutien de grandes fondations nationales ; les Hauts-Alpins, les Briançonnais ne sont plus seuls mais se sentent soutenus. Une SCI, composée de fondations nationale (Fondation RIACE, Fondation ARCEAL, Fondation HEROBARA, Fondation de France, Foncière sociale Caritas Habitat, Emmaüs France) et d’une remarquable SCI locale (Terrassociés) composée d’habitants et de vacanciers (apport 1/3 du capital), a acheté un ancien sanatorium. En deux mois il a été mis aux normes sur 3 étages (il en reste 3 à mettre aux normes). Ces soutiens ont permis de se passer des aides de l’État pour l’achat et les travaux ; aide qui ne serait sans doute pas venu.

Les Terrasses Solidaires

Une joie devant le projet global des Terrasses Solidaires : Ce n’est pas seulement un lieu d’accueil d’urgence, géré par les Terrasses Solidaire et soutenu par Médecins du Monde, par la PASS (permanence d’accès aux soins de santé) de l’hôpital de Briançon, par la buanderie de l’hôpital, par l’association de plaidoyer Tous migrants. C’est aussi ce qu’on appelle un tiers lieu : d’autres structures vont y résider, des structures culturelles (Les Décablés qui organise l’Altitude jazz Festival dans le Briançonnais, Fréquence Mistral), des structures de l’économie sociale et solidaire (EKO !, Low-Tech et réfugiés-Briançon…), et un magnifique projet de maison de santé pluridisciplinaire et d’installation de compagnons d’Emmaüs..

Une inquiétude qui s’est réalisée dans la nuit du samedi au dimanche

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Ancien refuge solidaire : 40 places autorisées. Il a toujours été débordé.
  • Terrasses solidaires : 81 places autorisées. Les bénévoles ont dès le début dit à la préfecture que cela ne suffisait pas et que l’État devait aussi monter une structure. Chaque jour le chiffre des arrivées est envoyé à la Sous-Préfecture.
  • Nuit du vendredi 22 au samedi 23 octobre : arrivée de 40 personnes, pour un total de 140 personnes toute la journée du samedi ; je l’ai constaté de mes yeux.
  • Nuit de samedi 23 au dimanche 24 octobre : arrivée de 60 personnes.
Du monde partout…. les conditions ne sont plus dignes et les risques grands

Dimanche 25 octobre, le Conseil d’Administration de la SCI propriétaire s’est réuni en urgence et a demandé au gestionnaire, les Terrasses solidaires, de fermer le refuge ; aucune norme de sécurité n’étant plus possible, les bénévoles étant exténués, la violence due à la surpopulation augmentant.

Les bénévoles l’ont accepté le cœur serré, y voyant également la seule solution pour mettre l’État devant sa responsabilité.

Qu’aurait-il été possible de faire d’autre ?

  • Laisser la surpopulation, au risque d’assister à la fermeture pure et simple du Refuge par la préfecture sans voir proposée une alternative ?
  • Organiser de nouveaux cars vers Paris, comme cela a été fait deux fois en l’absence des trains pour Paris, mais quelle compagnie acceptera maintenant que lors du second voyage organisé, l’État a fait arrêter le chauffeur et tous les clients à leur arrivée à Paris ?

Que faut-il faire maintenant ?

Il n’y a qu’une solution à court terme, faire retomber la pression à Briançon, en accélérant le départ des réfugiés, et pour cela mobiliser la Croix Rouge et le HCR pour pratiquer des tests covid permettant de prendre les bus et les trains. Et si cela n’est pas possible rapidement, faire ouvrir un gymnase pour éviter que ces personnes migrantes dorment dehors sous la température en-dessous de 0.

Avec d’autres, je demande au ministre de l’Intérieur d’intervenir, non pour envoyer les forces de l’ordre, mais pour mobiliser la Sécurité Civile, la Croix Rouge, d’accepter que le HCR intervienne, pour mettre à l’abri, pratiquer les tests PCR.

Avec d’autres, je demande aux représentants de l’État de regarder la réalité en face : ce n’est pas en rendant difficile l’accueil des réfugiés à Briançon que les problèmes immédiats et structurels seront résolus. Je demande en outre aux représentants de l’État d’engager un dialogue sérieux avec les associations ; elles ont fait preuve de sagesse, de compétences et de bienveillance.

Avec d’autres, je demande à tous de soutenir les Briançonnais qui se retrouvent seuls dans cette situation, abandonnés de l’État. Merci aux ONG, merci aux médias.

A Gap également la situation est explosive

J’ai alerté personnellement à plusieurs reprise la préfecture, après avoir visité les familles hébergées au camping Napoléon.

Certes cette solution des bungalows du camping trouvée par la préfecture, est très belle, bien mieux qu’une chambre d’hôtel une étoile. A Gap, le droit humain d’un toit est globalement mieux respecté mais des situations d’urgence nécessitent souvent une forte mobilisation des associations pour être résolues. En revanche, ce qui est insupportable pour les réfugiés est l’attente sans perspectives.

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Pour terminer, je fais mienne la conviction du Pape François dans sa lettre encyclique Fratelli Tutti §40 : L’Europe, « aidée par son grand patrimoine culturel et religieux, […] a les instruments pour défendre la centralité de la personne humaine et pour trouver le juste équilibre entre le double devoir moral de protéger les droits de ses propres citoyens, et celui de garantir l’assistance et l’accueil des migrants ».

Mgr Xavier Malle, évêque de Gap et Embrun

Contacts

Service communication du diocèse de Gap : communication@diocesedegap.com

Mgr Xavier Malle, évêque de Gap et Embrun : xavier.malle@diocesedegap.com

Plus d’info sur le projet : les terrasses solidaires : https://www.lesterrassessolidaires.org

La publication a un commentaire

  1. Brigitte Pouré Cozette

    Une prière.
    Seigneur pour moi tout cela est insolubre, mais pour TOI tout t’es possible souffle a ton peuple ta Volonte, nous t’en prions.

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