Ce Conseil Presbytéral de fin d’année s’est tenu … au vert et au bleu, avec une vue magnifique sur le lac de Serre-Ponçon, accueilli par le Camping “Le Serre du Lac”, sur un ancien site de production de pipettes de laboratoire, qui après sa fermeture a été racheté par le camping. Messe sur l’ancienne piste d’atterrissage d’hélicoptère, avec vue imprenable sur le lac !

Homélie de Mgr Xavier Malle

« En ce temps-là, comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. » Il y eut un jour, en ce temps-là, frères diacres et frères prêtres, où Jésus nous a invité à monter dans sa barque, la barque qui est devenu le symbole de l’Église. Il est bon, alors que les événements nous ont fait reporter le renouvellement de nos promesses sacerdotales et diaconales, en ce lendemain de la fête des Sts Pierre et Paul, dates où beaucoup ont été ordonnés ; il est bon de faire mémoire de notre appel personnel. Faire mémoire aussi de notre cheminement dans notre réponse, avec ses allées et venues et ses doutes, mais aussi avec ses moments de douceur, de confiance et de force. Puis il y a eu ce moment fondateur, notre ordination diaconale ; et qui le restera à jamais. L’ordination de notre frère Thibaud le 14 juin dernier nous l’a rappelé. Notre engagement au célibat consacré, signe du don total de nous-même au Christ Seigneur, pour le service de Dieu et du prochain ; notre promesse de communion avec l’évêque qui nous a ordonné et à ses successeurs, dans le respect et l’obéissance, la conformation de notre vie à l’exemple du Christ, etc., nous avons médité, et nous pourrions reprendre régulièrement dans notre prière ces paroles inspirées et toujours inspirantes de nos ordinations.

« Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. » Nous avons connu ces tempêtes, dans nos vies personnelles, familiales, ainsi quand nous avons perdus nos parents, des maladies, des échecs pastoraux. Nous connaissons une tempête au niveau national et international avec la Covid-19. Nous avons connu des tempêtes en diocèse. Au cours du processus de définition de la vision pastorale, nous avons revisité l’histoire du diocèse depuis le concile. Il y a eu tant de belles choses, mais aussi tant de tempêtes. L’un d’entre nous a témoigné que ce travail lui permettait d’aimer l’histoire mouvementée de notre diocèse. Et puis dernièrement, nous avons vécu l’ouragan de la mort du père Sébastien. Cet ouragan a emporté beaucoup de choses, beaucoup de certitudes, et a tant marqué nos paroissiens et nous-mêmes.

Dans toutes ces tempêtes, le maître parfois nous a semblé dormir au fond de la barque. Peut-être alors avons-nous osé crier cet appel quasi-liturgique :« Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. » Quasi liturgique car c’est finalement ce que nous disons en nous confessant régulièrement. Et Jésus alors nous répond : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Tu ne crois pas en ma miséricorde ? C’est moi ton seul Sauveur. Et je te le montre, en apaisant les vents et la mer. Mes chers frères, dans l’ouragan, redisons au Seigneur notre confiance. Toi seul est mon Sauveur. Toi seul peut apaiser mon cœur. Pardon de ne pas assez te faire confiance ; je t’ai pourtant donné toute ma vie le jour de mon diaconat.

« Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? » Mes chers frères, cet étonnement, cette stupeur, nous l’avons aussi expérimenté quand par exemple dans nos rencontres pastorales, nous voyons Dieu à l’œuvre. Et alors, nous nous rendons compte de la grandeur de Dieu, mais aussi de la grandeur de notre diaconat et de notre sacerdoce et … immédiatement après de notre petitesse. C’est dans un vase d’argile que je porte cet épiscopat, ce presbytérat, ce diaconat. 

Or le prophète Amos, nous a rapporté cette parole terrible de Dieu, notre première lecture: « Je vous ai distingués, vous seuls, parmi tous les peuples de la terre ; aussi je vous demanderai compte de tous vos crimes. » Nous le savons depuis le chapitre 5 de st Matthieu : « vous avez appris qu’il a été dit tu ne commettras pas de meurtre, et bien moi je vous dis quiconque se met en colère… » Nous avons reçu un don immense, pas pour nous, mais au service de nos frères, en participation au mystère de salut de Notre Seigneur. Qu’en faisons-nous ? C’est là notre responsabilité devant Dieu. Nous aurons des comptes à rendre à Dieu, selon l’expression rapportée par Amos. Cela pourrait nous effrayer, à juste titre. Car en vérité, quand avons-nous été à la hauteur du don reçu ? Et bien mes frères, nous avons été à la hauteur du don reçu … quand nous nous sommes rendus comptes que nous ne l’avons pas été. Quand nous nous sommes rendus comptes que ce don est trop grand pour moi, que je ne peux l’exercer seul, sinon c’est moi que j’annonce et non Jésus. Qu’il me faut laisser Dieu agir en moi. 

Et nous savons que la vie de prière est une clef. Le pape François s’est demandé dans son homélie d’hier : « Qu’est ce qui arriverait si on priait beaucoup plus et si on murmurait beaucoup moins, avec la langue un peu tranquillisée ? : De nombreuses portes qui séparent s’ouvriraient, plusieurs chaînes qui paralysent tomberaient. » « L’unité est un principe qui s’active par la prière, parce que la prière permet à l’Esprit Saint d’intervenir, d’ouvrir à l’espérance, de réduire les distances, de rester ensemble dans les difficultés ».

Oui, quand dans la prière je me rends compte que je ne suis pas à la hauteur du choix de Dieu, alors seulement l’humilité peut entrer en mon cœur de prêtre. Alors je peux vivre cette « seconde conversion », dont parle le maître spirituel jésuite Louis Lallemant († 1635), dans son ouvrage « La doctrine spirituelle ». Il distingue deux moments de la vie spirituelle qui correspondent à deux types de conversion : la première consiste à se dévouer au service de Dieu, la seconde à se « donner pleinement » à Lui « qui ne veut nous posséder que pour nous affranchir de nos misères ». Après cette seconde conversion, nous pouvons franchir toutes les tempêtes et peut-être même que ces tempêtes sont un Kairos pour nous personnellement, sont l’occasion de cette seconde conversion. 

Thérèse d’Avila († 1582), donnait un exemple de cette seconde conversion. Elle commence par décrire la situation de chrétiens qui ont vraiment opté pour Dieu : « Vivement désireuses de ne pas offenser Sa Majesté [le Seigneur], [ces personnes] se gardent même des péchés véniels et sont amies de Sa Majesté, elles réservent des heures au recueillement, emploient bien leur temps, s’appliquent aux œuvres de charité envers le prochain, un ordre harmonieux règne dans leur langage, leurs vêtements et dans le gouvernement de leur maison, si elles en ont ». Elle reconnaît que : « La faveur que le Seigneur leur a faite de passer outre aux premières difficultés n’est pas mince, mais très grande ». Pourtant, en fine psychologue, elle met le doigt sur le défaut fondamental de ces chrétiens. Ils « aiment beaucoup leur vie mise au service du Seigneur » (BIS). Une façon de relever une certaine préférence – plus ou moins consciente – pour leur vie de service au détriment de Celui qu’ils entendent servir. Puisse notre célébration nous recentrer sur Celui qui nous a appelé et auquel nous avons choisi de donner notre vie. Prenons ce temps de silence en action de grâce.

Amen !

20200630 CONSEIL PRESBYTERAL CHORGES