« Consolez, consolez mon peuple » Homélie 6 décembre 2020 – Cathédrale de Gap

10h30 Cathédrale de Gap – Second dimanche de l’AVENT

« Consolez, consolez mon peuple », prophétise Isaïe. Le peuple élu n’est pas dans la tourmente d’une pandémie, mais au coeur d’une défaite militaire, le temple de Jérusalem vient d’être détruit et la majeure partie du peuple déporté à Babylone. Isaïe prophétise que malgré ses erreurs, Dieu n’a pas abandonné son peuple. Cependant c’est un amour exigeant : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées. » 

Des ravins de tiédeur et des montagnes d’orgueil, oui, ce pourrait être une bonne description de notre vie et de notre société. Concernant l’orgueil de notre société, je suis frappé d’une incohérence. D’un côté la crise sanitaire marque en quelque sorte une défaite du scientisme, nous faire croire que tout va être réglé par le progrès scientifique et technique, la défaite de ce qui a été appelé le transhumanisme, l’homme augmenté. De l’autre, vous avez encore en discussion au parlement une loi bioéthique ni bio ni éthique, où l’homme se prend pour Dieu, une loi fourre tout, où sous prétexte d’ouvrir la PMA à toutes les femmes, ce qui privera volontairement certains enfants d’un père, on y a rajouté, la libéralisation complète de la recherche sur les embryons, la création de chimère, l’avortement jusqu’à 14 semaines, et même l’avortement jusqu’au 9ème mois en cas de détresse psycho-sociale et j’en passe et des pires. 

Or frères et soeurs, est-ce que Dieu ne profite pas de la crise mondiale actuelle pour nous dire quelque chose ?

Jean-Baptiste, le cousin germain de Jésus a reçu la mission de préparer le chemin du Seigneur. Il a alors prêché la conversion, a montré l’exemple par sa sobriété de vie. Se vêtir de poil de chameaux, manger de sauterelles… Peut-être qu’en confession pendant cet Avent, pour préparer Noël, nos pouvons faire un point dans notre vie sur cette sobriété, alors que l’économie s’enfonce dans le marasme. Et chez Jean-Baptiste, nous remarquons aussi son humilité : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » Il s’agit de lutter contre la tentation du péché originel décrite par le serpent à Adam et Eve : « si vous mangez de ce fruit défendu, vous serez comme des dieux. » Oui, peut-être qu’une des grandes leçons de cette pandémie c’est que nous ne sommes pas Dieu. Que nous sommes des humbles créatures.

Mais des créatures aimées infiniment de Dieu, à tel point qu’il nous a envoyé son Fils unique comme Sauveur. Jean-Baptiste ajoute : « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » (Seconde parenthèse, en ce moment, un couple adulte est confirmé à St Roch, leur paroisse, et je confirmerai les autres adultes de la paroisses dimanche 20 décembre aussi à st Roch.)

Cet Avent que nous vivons, c’est un temps béni pour combler nos vallées de tiédeur, de découragements et de désespérance, sentiments qui peuvent nous affecter alors que nous sommes en confinement allégé, alors que nos montagnes vont terriblement souffrir de la non ouverture du ski. Remplir ces vallées par la confiance, la patience et l’espérance. 

Qu’une seule prière habite nos coeurs : Viens Seigneur Jésus. Ancrons-nous dans la prière, enfonçons-nous dans la prière personnelle, en couple, en famille. Mardi en la fête de l’Immaculée Conception je remettrai la croix de chanoines à  8 prêtres de notre diocèse, qui vont rejoindre les 6 chanoines actuels, constituant un chapitre de chanoine de la Cathédrale de Gap de 14 chanoines. Ce n’est pas une légion d’honneur, mais c’est leur imposer la croix, au sens propre car ils porteront comme les évêques, pendant les célébrations, une croix sur la poitrine. Mais au sens figuré également, c’est la Croix de la prière. Car frères et soeurs, nous expérimentons tous le désert de la prière.  La prière quotidienne, un long temps de prière chaque jour, est la seule manière de remplir cette vallée de larme, par la confiance, la patience et l’espérance. Faisons aussi le point en confession sur notre temps quotidien de prière.

L’évangile de ce jour est le commencement de l’Evangile selon St Marc que nous allons lire la plupart des dimanches de cette année liturgique dite B. « Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » Dès sa première ligne Marc donne les deux titres essentiels de Notre Seigneur : il est Christ, c’est à dire le Messie attendu d’Israël, et le Fils de Dieu. Ce n’est pas un messie humain, c’est le fils de Dieu. Vous vous rappelez qu’après sa mort, dans ce même évangile de Marc, 15,39, un centurion romain, c’est à dire un païen, le reconnaîtra : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu. » Devant la Croix, il confesse l’identité de Jésus comme Fils. Un commentateur de Marc dit : pas de foi en Jésus Fils de Dieu sans contemplation de sa croix. Combler les ravins de nos désespérances par la contemplation du Messie en Croix pendant  notre prière. C’est finalement ce que nous disent ces nouveaux chanoines qui porterons la croix.

Ce second confinement, même allégé, est toujours difficile à vivre. Relisons St Pierre dans notre seconde lecture. Il affirme fortement que « ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. » Cette attente peut nous paraître longue, mais, dit Pierre, « pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. »

Alors oui, ayons une seule prière aujourd’hui, pour consoler chacun de nous et consoler notre monde : « Viens Seigneur Jésus. » Amen !