Le père Paul Engilberge est décédé dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 juillet 2014. Il venait tout juste de fêter ses soixante ans de sacerdoce.

Engilberge Paul 1

Fils de Prosper Engilberge et de Marie, née Granet, Paul Engilberge est né le 29 mai 1927 à Vallouise. Ordonné prêtre le 27 juin 1954, il est nommé surveillant au petit séminaire. En 1963, il devient vicaire à Saint-Bonnet-en-Champsaur, puis aumônier diocésain du MRJC en 1966. Un an plus tard, il est chargé de la Maison de la Direction des Œuvres, de la coordination des mouvements de jeunes et de la liaison avec les mouvements d’adultes. Économe de Notre-Dame du Laus en 1973, il retourne en paroisse en 1981, nommé membre de l’équipe sacerdotale de Briançon, avec résidence à Saint-Blaise. En 1990, il est déchargé de sa responsabilité de curé de Montgenèvre, La Vachette, Val-des-Prés et Les Alberts, pour devenir curé du Monétier-les-Bains, Le Casset, Les Guibertes et Le Lauzet. En 2006, atteint par la limite d’âge, il est déchargé de toutes ses responsabilités et réside à Vallouise, sa commune natale.

Ses obsèques ont eu lieu ce jeudi 17 juillet, à 15h00, à Vallouise.

Ci-dessous, le message de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, lu aux obsèques, et l’homélie du père Bertrand Gournay :

Message

Cher parents et amis du Père Paul Engilberge,

C’est malheureusement au cours d’un déplacement à l’étranger que m’est parvenue la nouvelle du décès du Père Paul Engilberge. Dans l’impossibilité de revenir, vu l’éloignement et les difficultés de transport, j’ai demandé au Père Ludovic Frère, le vicaire général, de bien vouloir présider la célébration des funérailles. C’est aussi en raison de mon absence que je vous adresse ces lignes afin d’exprimer combien je partage la peine de celles et ceux qui ont connu et aimé notre frère Paul, tout particulièrement les membres de sa famille. Je veux vous dire ma tristesse de ne pouvoir être avec vous en ce jour de notre dernier « à Dieu » à Paul.

Avec la disparation de Paul Engilberge, c’est une noble, belle et digne figure du presbyterium du diocèse de Gap et d’Embrun qui nous quitte. Dès mon arrivée dans le diocèse, il ne m’avait pas échappé le rôle qu’avait joué et continuait à jouer le Père Paul Engilberge dans la vie de notre Église diocésaine. Cela évidemment dans le domaine de la pastorale, qui était l’essentiel de sa vie de prêtre, mais aussi, vous le savez, dans le domaine sportif et plus particulièrement le ski. J’ai bien souvent entendu des prêtres me dire qu’il avait été un brillant skieur et leur efficace moniteur de ski.

Vous me pardonnerez, je l’espère, d’évoquer pour vous un souvenir lié à ma première visite à Paul lorsqu’il était encore au Monêtier-les-Bains. Entrant dans son bureau, je remarque deux pièces métalliques posées sur un guéridon, par curiosité je lui demande ce que c’est : « Ah, me dit-il avec un sourire malicieux, en saisissant l’une après l’autre les pièces métalliques, ça c’est ma première prothèse de hanche et ça c’est la seconde. » Il ne nous en voudra pas si cela vous fait sourire le jour de son départ vers celui à qui il a offert sa vie. Un sourire peut contribuer à apaiser la peine.

Malgré ses prothèses il a continué à faire du ski tant que ses forces le lui ont permis et aussi bien sûr à servir le Christ et son peuple. Mais peu à peu avec l’âge, la maladie est venue s’ajoutée à sa souffrance de ne plus pouvoir entendre ses interlocuteurs. Et c’est ainsi que dans la discrétion il a rejoint la maison du Père où l’accueilleront plusieurs des ses confrères prêtres dont j’ai célébré les funérailles. Lorsqu’un prêtre meurt, c’est comme une étincelle de l’amour de Dieu que le prêtre nous communique par les sacrements qui s’éteint.

Puissions-nous être nombreux dans le sillage du Père Paul Engilberge pour faire en sorte que cette étincelle de l’amour divin qu’il a su offrir tout au long de sa vie ne s’éteigne pas totalement.

Je suis en communion de prière avec vous.

Que Dieu vous bénisse et vous garde.

Le 14 juillet 2014

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Homélie

Évangile selon saint Jean, chapitre 17, versets 1-3 et 24-26

Levant les yeux au ciel, Jésus dit : “Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux.”

Une amie, ancienne du MRJC (le mouvement rural de la jeunesse chrétienne), me disait à propose de Paul : « Il a su profiter du matériel pour mettre en route des gens dans la foi chrétienne. » Cela résume parfaitement à mes yeux le parcours de Paul. Animateur hors-pair de jeunes, organisateur très fin, exigeant et précis, Paul a su mener avec la même passion des tâches les plus variées. Beaucoup retrouveront en eux les souvenirs du car Saviem de son frère Henri qui transporta des centaines de jeunes dans les lieux de sport et de loisir. D’autres son goût pour la mécanique, les constructions de patinoires à Charance ou à Saint-Bonnet, patinoire encore active, l’aménagement du chalet des Lauzes à Serre-Eyraud ou dans les multiples charges à partir de l’atelier du Laus comme économe. Comme notre évêque le rappelle, Paul faisait découvrir avec malice et curiosité à ses interlocuteurs les différentes prothèses qu’il a pu recevoir : la technique lui était une passion. Pas seulement cela. Chauffeur de car, moniteur de ski, surveillant de baignade, Paul a été une sorte de prêtre ouvrier des métiers du sport et du loisir. En ces différents domaines, il s’est toujours fait respecter des autres professionnels par sa compétence mais aussi par son souci des enfants jusqu’à un âge avancé : à Gap, à Serre-Eyraud, à Montgenèvre, au Monêtier et bien sûr en Vallouise. Paul est né bien avant l’informatique mais il a sans doute été l’un des premiers d’entre nous à en saisir à la fois l’importance et la technique de l’ordinateur.

Mais Paul était aussi un pasteur et un excellent pasteur. Son souci permanent était de faire découvrir le Christ aux enfants à partir de la nature, de la vie ensemble, de la beauté des fleurs comme du mystère des abeilles. Il n’expliquait pas la foi en Dieu à partir d’une théologie mais à partir de l’expérience que livre chaque jour la nature. Et là il se passionnait à faire ressentir aux enfants du catéchisme particulièrement, l’inexplicable de la vie. Et pas seulement cela. Ordonné en 1954, le Concile Vatican II l’a cueilli dans les plus belles années de son ministère. Du Concile, il a retenu que la vie pastorale, la tâche d’un prêtre, se partage avec les autres baptisés. Il lui était apparu important de mettre en route des chrétiens pour l’animation des paroisses. La communauté de Monêtier a ainsi bénéficié de cette volonté et poursuit encore à présent le partage des tâches et une vie communautaire, grâce à lui, puis à Michel Ehrhart qui lui a succédé et suivi.

Un optimiste pourrait-on dire. Pas toujours et cela ne suffit pas à définir son énergie. Paul allait toujours de l’avant parce que sa foi en Christ était une foi concrète. Celui qui est venu dans le monde au nom de Dieu il y a deux mille ans, l’a convaincu que toute vie humaine a de l’importance et surtout celle du plus maladroit, mal dans sa peau. Paul déployait alors tout son génie et sa patience pour le faire devenir peu à peu un homme ou une femme debout, c’est-à-dire équipé d’un savoir-faire pratique pour devenir adulte.

Les derniers temps ont été difficiles. Sa famille, Maurice Martinon, les membres de la communauté du Monêtier ont accompagné ces difficiles semaines où la maladie réduisait à peu de chose, ce corps haut-alpin si bien taillé pour le sport, mais ses derniers mots demeuraient confiants, confiants en l’avenir. Cet avenir est bien là. Le Christ l’attendait derrière la porte pour l’inviter à découvrir à présent un bien autre jardin où butinent une multitude d’abeilles. Nous lui souhaitons ce bonheur mérité.

Père Bertrand Gournay

Cet article a 1 commentaire

  1. fèvre Hélène

    J’ai connu le Père Engilberge au Petit Séminaire de Charance, dans les années 1959, alors que j’étais monitrice de la colonie de vacances de la paroisse des Carmes d’Avignon. De cette époque beaucoup ont disparu, et c’est toujours avec beaucoup de tristesse que j’apprends ces décès (comme celui du Père Henri Prayer). J’ai retrouvé avec bonheur le Père Pierre Gleize à Gap, qui était à cette époque à Charance avec le Père Engilberge. Mes années de Madagascar m’avaient éloignée de beaucoup de choses, et une triste lecture fait renaître de beaux souvenirs.

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