Des nouvelles de l’abbaye Notre-Dame de Miséricorde, à Rosans
  • Post published:31 décembre 2013

Lundi 23 décembre Mgr Jean-Michel di Falco Léandri s’est rendu en l’abbaye Notre-Dame de Miséricorde à Rosans pour célébrer la messe conventuelle. Il a abordé dans son homélie la question de la place de la femme dans l’Église à partir des lectures du jour et de l’exhortation apostolique du pape François Evangelii Gaudium. Après la messe il a béni les nouvelles pièces du noviciat dont les travaux d’aménagement, dans les combles d’une aile du monastère, venaient de s’achever. Après ce temps de prière, notre évêque a partagé avec la communauté un moment de rencontre conviviale et de fête familiale, à la veille de Noël.

La communauté des sœurs bénédictines de Rosans

Pour l’homélie, voir le texte tout à la fin de cet article.

Messe conventuelle concélébrée avec le Père Francis Braem
Après la messe, montée au noviciat en traversant la terrasse
Fixation de la croix au mur dans la salle du noviciat
Bénédiction dans la salle puis dans les cellules du noviciat

 L’abbaye Notre-Dame de Miséricorde
présente son histoire et la vie contemplative
à la lumière de la Miséricorde de Dieu pour toute l’humanité 

Les Sœurs de Rosans rendent compte
de la vie de leur abbaye
au cours de cette année de 2013

Pour la lecture, cliquez sur les images elles-mêmes
ou accédez ici aux 4 pages mises au format pdf.

 

 Homélie du lundi 23 décembre 2013 à Rosans

Mes sœurs,

Peut-être avez-vous lu la récente exhortation apostolique du pape au réfectoire. Ou peut-être l’avez-vous lue l’une ou l’autre dans votre cellule ou au cloître, que sais-je. Ou peut-être avez-vous l’intention de la lire. Je voudrais juste citer ici un passage de cette exhortation, et l’illustrer par la lecture de l’évangile de ce jour. Il s’agit du passage 104 qui traite de la place des femmes dans l’Église. Je cite le pape François :

104. Les revendications des droits légitimes des femmes, à partir de la ferme conviction que les hommes et les femmes ont la même dignité, posent à l’Église des questions profondes qui la défient et que l’on ne peut éluder superficiellement. Le sacerdoce réservé aux hommes, comme signe du Christ Époux qui se livre dans l’Eucharistie, est une question qui ne se discute pas, mais peut devenir un motif de conflit particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir. Il ne faut pas oublier que lorsque nous parlons de pouvoir sacerdotal « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté ». Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, mais la grande dignité vient du Baptême, qui est accessible à tous. La configuration du prêtre au Christ-Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place en haut de tout le reste. Dans l’Église, les fonctions « ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres ».[74] De fait, une femme, Marie, est plus importante que les évêques. Même quand on considère la fonction du sacerdoce ministériel comme “hiérarchique”, il convient de bien avoir présent qu’« elle est totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ ».[75] Sa clé et son point d’appui fondamental ne sont pas le pouvoir entendu comme domination, mais la puissance d’administrer le sacrement de l’Eucharistie ; de là dérive son autorité, qui est toujours un service du peuple. C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église.

Mes sœurs, plusieurs points à partir de cet extrait de Evangelii Gaudium :

Le premier point : « Il ne faut pas oublier que lorsque nous parlons de pouvoir sacerdotal « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté ». »

Nous sommes dans la fonction, non dans la dignité et la sainteté personnelles. Vous êtes belles, mes sœurs ! Votre féminité est belle, digne et sainte ! La place qui est la vôtre est belle, et digne, et sainte. Et vous pouvez, mes sœurs, être bien plus saintes que les prêtres qui viennent célébrer l’eucharistie dans cette église pour vous et pour le monde, bien plus saintes que votre évêque, bien plus sainte que vos confesseurs, bien plus saintes que votre aumônier. Vous pouvez l’être, et peut-être même l’êtes-vous déjà ! Et sûrement l’êtes-vous ! (ce n’est même peut-être pas très difficile de l’être !…)

Le second point : « Une femme, Marie, est plus importante que les évêques. » Cela fait du bien de se l’entendre dire ! Cela fait du bien pour un évêque de se l’entendre rappeler par le pape lui-même ! « Une femme, Marie, est plus importante que les évêques. » Si cela en surprend quelques-uns, qu’ils considèrent deux secondes : Qui peut donner naissance sinon une femme ? Qui peut donner naissance au Sauveur sinon une femme ? Mais plus encore, qui peut acquiescer autant à l’imprévu de Dieu dans sa vie sinon une femme ? Oui, « une femme, Marie, est plus importante que les évêques. » Et je dirais, mes sœurs, les femmes que vous êtes peuvent être (sont même d’une certaine manière) plus importantes que les prêtres sur ce diocèse. Je veux dire par là que votre présence spirituelle, maternelle, fraternelle au sein de notre diocèse, est source de fécondité. Rien ne peut aboutir, rien ne peut fleurir, sans un « fiat », sans une acceptation, sans une soumission à la volonté de Dieu, une soumission non pas passive mais active, sans un consentement plein et entier à la vie ! Que cette vie soit naturelle ou divine. Consentir à la vie, compatir, protéger, ne pas souffler la mèche qui fume encore, peut-être est-ce le propre de la femme. Combien dans le monde, en Syrie par exemple, d’hommes qui tuent et de femmes qui pleurent. Et dans nos diocèses de France, combien de prêtres qui n’agissent que comme s’ils géraient un mouroir ! Combien de prêtres qui se disent « après moi le déluge » ! Mais vous, mes sœurs, cet appel à porter la vie, à donner la vie, vous l’avez d’inscrit jusque dans votre corps même. Et votre monastère tout entier, avec sa clôture monastique, peut être comme ce sein de la Vierge Marie qui ne porte Dieu que pour mieux le donner au monde.

Le troisième point : « C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église. » Oui, c’est un grand défi. Et vous comme – oserais-je le dire –, comme vierges, comme marie-madeleines, comme mères, comme veuves, comme épouses en quelque sorte du Christ, mais avant tout comme femmes, vous avez toute votre place pour aider les prêtres et les baptisés à trouver la leur, et votre évêque à trouver la sienne. Vous les aiderez à trouver leur place en étant vous-mêmes pleinement à la vôtre, en étant aussi pleinement vous-mêmes, tout épanouies dans votre vocation propre. Je suis reconnaissant à Mère abbesse de m’avoir averti, et de m’avoir proposé, de bénéficier du passage du père de La Soujeole à la fin du mois prochain. Il abordera auprès de vous la question du sacerdoce ministériel et du sacerdoce baptismal, des liens et des différences qu’il y a entre les deux. Pour reprendre les termes mêmes de Mère abbesse, « ce thème nous a semblé une belle opportunité de réfléchir sur l’engagement des baptisés dans la mission, chacun à la place qui est la sienne. »

C’est vrai, réfléchir à ces deux sacerdoces, sacerdoce commun des baptisés et sacerdoce ministériel, est important pour mieux vivre la place qui est la sienne dans l’Église. Mais à l’heure où le concile Vatican II a valorisé la sainteté dans le mariage, peut-être aussi est-il nécessaire de saisir les liens et les différences entre un appel à la vie conjugale et un appel à la virginité. « À quoi servez-vous, mes sœurs ?… » Voici bien la question que le monde vous pose quand il frappe à votre porte. Seul un regard de foi peut saisir la fécondité de votre vie.

Ce regard de foi avait manqué à Zacharie lorsque l’ange était venu le visiter dans le Temple. Il n’avait pas cru en la fécondité possible de son couple étant donné son âge et celui d’Elisabeth. Et pourtant Jean est né. Dieu est venu bouleverser leurs prévisions. Il leur accorde un enfant dans leur vieil âge. Il leur demande en plus de lui donner un nom différent de ceux portés jusque-là dans la famille. Elisabeth et Zacharie savent que les dernières années qu’il leur reste à vivre ne vont pas être de tout repos. « Que sera donc cet enfant ? » Loin de s’en plaindre ils s’en réjouissent. L’Evangile que nous venons d’entendre est tout de suite suivi du Benedictus, que vous chantez tous les matins aux Laudes. Zacharie chante le Benedictus. Il chante dans un premier temps pour remercier : « Béni soit le Seigneur ». Et puis son action de grâce se transforme vite en vision prophétique. Il voit l’avenir. Et cet avenir est un avenir fécond : L’astre d’en-haut vient nous visiter ; il va illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort ; il va conduire nos pas au chemin de la paix.

Jean est né : la vieille a enfanté. Jésus va naître : la vierge va enfanter. Votre vie est féconde, mes sœurs. N’en doutez pas. Comme a été fécond le sein de la vieille Elisabeth. Comme a été fécond le sein de la Vierge Marie. Et notre monde a besoin du témoignage de vies qui ne soient pas que fécondes au seul plan naturel. Notre monde a besoin de pères bien plus que de géniteurs, il a besoin de mères bien plus que de ventres, il a besoin de fraternités de cœur et non pas de fraternités de sang.

À vous, chères sœurs, d’être pour notre monde, et des vierges, et des mères, et des sœurs. Là est la place si belle que Dieu vous assigne, une place plus belle pour vous que ne serait une cathèdre, un ambon, un autel.

Amen.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 1 commentaire

  1. Mas

    Laissez-moi vous vous dire la satisfaction que me procure la lecture de votre homélie, Monseigneur ; elle efface bien des cicatrices et je vous en remercie.
    Dès ce soir, je vais me plonger dans « La Joie de l’Évangile » !

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