“Descendons le plus possible, comme le Verbe, comme Jésus” homélie des ordinations 9 janvier 2021

Ordination au diaconat permanent de Frédéric Jory et au sacerdoce de Jean-Nestor Randrianantenaina en la Cathédrale de Gap

Les textes de cette liturgie d’ordination sont les textes que Frédéric vous aviez choisis, alors que vous deviez être ordonné le 31 octobre dernier. Le second confinement nous a obligé à ce report mais il me semble que vous avez reçu une grâce de paix pour le vivre, vous-même, votre épouse Hélène et vos enfants. Ce décalage permet ce jour de procéder lors de la même liturgie à deux ordinations, une ordination diaconale et une ordination sacerdotale : Votre ordination comme diacre permanent Frédéric, et votre ordination comme prêtre Jean-Nestor. Permettez-moi Jean-Nestor de raconter à la communauté chrétienne comment le Ciel vous a apporté chez nous. Depuis septembre, un de vos confrères attendait à Madagascar pour être ordonné, puis venir en France, à St Bonnet, pour compléter l’équipe des pères missionnaires de la Salette. Mais actuellement le consulat de France ne délivre pas de visa en raison de la pandémie. Et en France, depuis une année dans le diocèse de Grenoble pour son stage diaconal, un autre salettin, vous Jean-Nestor, n’arrivait pas à avoir un billet d’avion pour rentrer au pays et être ordonné ! Alors votre supérieur provincial le père Bertrand, et son Conseil, ici représenté par vous Père Jeannot, supérieur provincial de France – merci de votre présence -, m’ont proposé d’ordonner Jean-Nestor et ensuite de le nommer dans l’équipe du Champsaur. J’en remercie le conseil de votre congrégation et je vous en remercie vous personnellement, car c’est un bel esprit missionnaire que vous nous apportez, acceptant d’être ordonné loin de votre pays et loin de votre famille, même si les photos et vidéos vont les rejoindre, et même si la paroisse de Saint Bonnet saura être, j’en suis certains, une magnifique famille.

Donc en ce jour, nous avons deux degrés du même sacrement de l’ordre, le diaconat et le sacerdoce. Le passage de l’évangile selon st Luc que nous venons d’entendre nous permet de saisir que ce qui est commun à ces deux degrés est l’humilité. 

Jésus est invité à déjeuner dans la maison d’un chef des pharisiens. Il observe et remarque que les invités cherchent les premières places. Alors il énonce cette parabole. Parabole astucieuse, car elle semble jouer sur l’appétit d’honneur de ces pharisiens : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi… Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur. » Le vrai sens profond est donné par le dernier verset : « quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. » Nous sommes habitués dans la Bible à ce genre d’inversion : « c’est quand je suis faible que je suis fort », ou les Béatitudes : « Heureux les pauvres », ou encore dans le Magnificat : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Et la clef de lecture, c’est la vie même de Jésus. Il s’est abaissé en descendant du Ciel, en s’incarnant, c’est le mystère de Noël que nous venons de célébrer ; il s’est abaissé étant élevé sur la croix d’ignominie ; il a été élevé à l’Ascension. Comme toujours, ce qu’il enseigne, il est le premier à le mettre en pratique et il nous invite à l’imiter. Dans le dialogue de l’ordination dans un instant, je vais vous demander : au futur diacre : « Voulez-vous conformer toute votre vie à l’exemple du Christ dont vous prendrez sur l’autel le corps et le sang pour le distribuer aux fidèles ? » et au futur prêtre : « Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au souverain prêtre Jésus Christ qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? »

Charles de Foucauld a été marqué par une prière de son confesseur, l’abbé Huvelin, qui s’adressait ainsi au Seigneur Jésus : « Vous avez tellement pris la dernière place que jamais personne n’avait pu vous la ravir. » Quand il était à la Trappe, Charles de Foucauld, commenta : « Descendons le plus possible, comme le Verbe, comme Jésus ; établissons définitivement sur la terre, notre place parmi les plus petits : à la dernière place. Mettons, comme le Verbe, nos délices à être avec les plus petits. » 

Oui, par sa Parole aujourd’hui, peut-être que Dieu nous dit que l’humilité est une caractéristique qui doit nous habiter, diacres, prêtres et évêques.

Le plus visible de votre nouvelle vie sera votre action dans la liturgie. Que vous soyez diacre ou que vous soyez prêtre, vous serez des humbles serviteurs de la Liturgie divine. Notre première lecture, un passage du livre des nombres, le 4ème livre de l’Ancien Testament, raconte comment pendant le temps au désert du Sinaï, Dieu donna au grand prêtre Aaron, les hommes de la tribu de Lévi pour l’assister. Le verset 7 ajoute aussi qu’ils sont au service de toute la communauté : « Les lévites prendront soin de tout ce qui est confié à sa garde, et à celle de toute la communauté » ; une autre traduction dit : « qu’ils accomplissent ce qui appartient à son service et au service de toute la communauté ». Oui, le service liturgique est un humble service de Dieu et de la Communauté.

Cette vertu d’humilité, c’est la vie qui se charge de nous l’enseigner. Frédéric, c’est me semble-t-il ce que la vie vous a déjà bien enseigné, par votre vie de famille, par votre vie professionnelle et bénévole, et enfin par votre cheminement vers le diaconat. J’ai été le témoin heureux de ce cheminement pendant ces trois dernières années, et de cette humilité sincère. Puissiez-vous ne jamais la perdre, car c’est bien au cœur du diaconat !

« Mettons, comme le Verbe, nos délices à être avec les plus petits. » disait St Charles de Foucauld.

L’humilité du diacre c’est aussi son amour préférentiel pour les plus petits. Vous essayez de le vivre dans votre vie professionnelle au service des réfugiés. Vous avez accepté comme mission diaconale diocésaine, en plus de la mission paroissiale dans la paroisse de Tallard, la nomination de délégué épiscopal à la pastorale des migrants. 

Vous succédez à Mr François Estrangin. Je veux ici le remercier, pour l’immense service accompli depuis sa nomination par Mgr Di Falco, en 2016, assisté de tous les membres et partenaires de la commission diocésaine de la pastorale des migrants, pour faire face à la crise migratoire que nous connaissons dans notre département frontalier. 

Dans cette cathédrale dont il fut le curé, je veux aussi évoquer la mémoire du père Sébastien Dubois. Sans son amour des petits et son énergie, à accueillir les mineurs non accompagnés dans l’ancien presbytère des Cordeliers, dans celui de Notre-Dame d’Espérance et dans son presbytère de la Cathédrale, le diocèse ne se serait pas autant engagé dans la pastorale des migrants. 
Cher Frédéric, je sais que vous prendrez soin non seulement des vases sacrés de la Messe, mais aussi de ces réfugiés, qui sont confiés en quelque sorte à l’Église et qui sont d’autres vases sacrés. Vous savez que prendre soin d’eux, c’est aussi prendre soin de leur vie spirituelle. J’ai été heureux d’apprendre qu’il y avait sur Gap un groupe de prière qui a redémarré et réuni les chrétiens parmi les réfugiés. 

Cher futur père Jean-Nestor, cette appellation de père que les chrétiens donnent à leur prêtre, vous engage à être à la pointe de ce que Dieu demande aux chrétiens : l’amour préférentiel pour les pauvres. Que les pauvres du Champsaur trouvent en vous un père.

Cette vertu d’humilité, comme toute vertu, se développe par la pratique. Je trouve chers frères et sœurs chrétiens, que nous avons tous progressé pendant cette pandémie. Nous nous sommes découverts tous … tout petits devant un tout petit virus. Tous les dieux des nations sont néants comme dit la Bible au psaume 95 : le transhumanisme, le scientisme, les dieux du stade, etc…

St Paul exprime bien la confiance du chrétien dans sa lettre aux Philippiens, notre seconde lecture : « Je n’aurai à rougir de rien ; au contraire, je garderai toute mon assurance, maintenant comme toujours ; soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. »

Chers frères et sœurs, dans cette Pandémie, St Paul nous invite une grande foi : Dieu est le maître de l’histoire, le maître de notre vie et le maître de notre mort. Il ajoute en effet : « pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. »

La petite Thérèse de Lisieux était si humble qu’elle osait compléter st Paul, je la cite : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai ! mais pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre. »

Voilà frères et sœurs notre appel commun, quelle que soit notre vocation, laïcs, diacres, prêtres et évêque : être déjà tout à fait avec Jésus sur la terre. C’est ce qui nous fait tenir en cette pandémie.

Voilà aussi votre vocation de Diacre permanent cher Frédéric, et de prêtre cher Jean-Nestor : être sur cette terre déjà tout à fait avec Jésus. 

Frédéric, je veux rassurer votre épouse et vos enfants : chère Hélène et chers enfants, plus votre mari, plus votre papa sera avec Jésus, plus il sera saint et plus il sera un bon époux et un bon père et un bon diacre. Et il connaît que ce qu’on appelle dans la Doctrine Sociale de l’Église son devoir d’État, rappelé par un vieux principe scout, clin d’oeil à votre cheminement scout, « le devoir du scout commence à la maison ». Merci chère Hélène pour votre accord et votre soutien au cheminement de votre époux. 

Comme prêtre, Jean-Nestor, être sur cette terre déjà tout à fait avec Jésus, c’est agir en sa personne, pour donner les sacrements. C’est aussi vivre avec lui votre vie de religieux comme Missionnaire de Notre-Dame de la Salette. Votre devoir d’Etat à vous Jean-Nestor, c’est la vie religieuse avec vos frères Jean-Guy et Bienvenu. Elle n’est pas la plus facile, mais elle est une école d’humilité, on y revient ! Et plus vous serez vraiment un religieux, plus vous serez prêtre.

Frères et sœurs, les circonstances nous donnent d’unir ce jour les deux degrés du même sacrement de l’ordre, le 3ème étant ‘épiscopat. Chacun, avec humilité, représente, ou mieux continue, relaie l’action salvifique, l’action pour le salut éternel et la joie éternelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Christ serviteur et le Christ pasteur. Ce sont deux belles vocations, deux appels que Dieu lance aujourd’hui. Parmi vous, dans vos familles, Dieu appelle des hommes mariés ou célibataires au diaconat permanent. Dieu appelle des jeunes hommes célibataires au sacerdoce. En cette année mariale, je confie votre réponse à la Vierge Marie, qui n’a cessé de soutenir son fils Jésus. Amen.

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