Du journal “L’Équipe”, cet article sur “Dieu doit-il aider les joueurs ?

« La prière, ce n’est pas demander à Dieu de se plier à notre volonté, mais c’est lui demander de nous aider à nous plier à la sienne », y rappelle Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

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Dieu doit-il aider les joueurs ?

Dieu est-il vraiment là pour aider les attaquants à marquer des buts ? À Pierre-Emerick Aubameyang, qui a évoqué sa foi dans notre journal, l’Église rappelle que « la prière, ce n’est pas demander à Dieu de se plier à notre volonté, mais c’est lui demander de nous aider à nous plier à la sienne »…

Pierre-Emerick Aubameyang prie Dieu pour marquer (encore) plus.

Je suis croyant et, quand je prie, je demande à devenir l’un des meilleurs attaquants de la planète.» Dans nos colonnes, jeudi dernier, Pierre-Emerick Aubameyang revendiquait sa foi et révélait qu’il priait Dieu de l’aider à atteindre ses objectifs XXL. « Si un Ronaldo peut mettre 50 buts dans une saison, pourquoi n’en serais-je pas capable ? » Le joueur du Borussia Dortmund est tout sauf un cas isolé chez les footballeurs, parfois rejoints par les dirigeants… « Si Dieu est avec moi, j’espère être de retour comme président de la Fifa pour, au moins, conduire le Congrès », espère ainsi Sepp Blatter.

Mais peut-on faire appel au Tout-Puissant pour solliciter un coup de pouce d’ordre professionnel ? Nous avons demandé un avis théologique à Monseigneur Di Falco, évêque de Gap et d’Embrun (Hautes-Alpes), ancien porte-parole de la conférence des évêques de France.

Soulignant d’abord que l’« on ne connaît pas le contenu des prières » de l’attaquant international gabonais du Borussia Dortmund, le prélat catholique ne s’offusque pas qu’il « dialogue » avec le Très Haut au sujet de ses buts. « À travers la prière, chacun fait la demande qu’il veut donc pourquoi pas celle-là ? Mais rappelons tout de même à ce croyant que sa réussite sportive dépend surtout de lui, de ses capacités. Ce n’est pas Dieu qui peut intervenir dans ce domaine. C’est un peu comme les jeunes qui vont passer le Bac et qui demandent à Dieu de les aider à réussir. Ils ne réussiront leur examen que s’ils ont bien travaillé. »


« C’est à partir de ce que l’on apporte soi-même que Dieu peut, peut-être, faire quelque chose »

Voilà le co-meilleur réalisateur de la Bundesliga (13 buts) ramené à un principe de base, rappelé par un fameux proverbe connu de tous: “Aide-toi, le ciel t’aidera” (il ne faut pas attendre de Dieu si on ne fait rien par soi-même). « On n’instrumentalise pas Dieu en lui demandant la liste de ses envies, gagner au football ou réussir son Bac. La prière, ce n’est pas demander à Dieu de se plier à notre volonté, mais c’est lui demander de nous aider à nous plier à la sienne. Dans ce cas, la prière du joueur pourrait se formuler ainsi : “Seigneur, je te demande d’être à mes côtés pour ce match. Je vais tout faire pour être le meilleur possible et, si j’en sors victorieux, je t’offrirai ma victoire, je t’en ferai l’offrande.” »

Mgr Di Falco rappelle en effet qu’il existe au moins deux type de prières, la prière d’intercession (pour demander un bienfait pour quelqu’un ou soi-même) et la prière de gratitude. Elles ne sont pas incompatibles. « On distingue la prière de demande et la prière qui rend grâce à Dieu de nous avoir aidé à obtenir ce que nous avions demandé. Cela signifie qu’il faut être en mesure d’exprimer notre reconnaissance si les choses se sont passées comme on espérait qu’elles se passent. Dieu agit à partir de ce qu’on lui donne. Il ne peut pas agir sans nous. C’est à partir de ce que l’on apporte qu’il peut peut-être faire quelque chose. » “PEA” va devoir prévoir une belle « reconnaissance » s’il atteint un jour son objectif.

J.LB.