You are currently viewing 20211208 Dieu est aux petits soins – Homélie au sanctuaire ND de L’Ile-Bouchard

Mercredi 8 décembre 2021 – L’Ile-BouchardPèlerinage annuel, fête de l’Immaculée Conception

MONITION OUVERTURE

Oui frères et sœurs, que la paix du Seigneur et que la paix du cœur de Marie inonde nos cœurs. Que nous soyons venus en pèlerinage ce matin, avec un cœur lourd ou avec un cœur joyeux ou les deux en même temps, fixons notre regard sur le Seigneur Jésus et sur sa sainte Mère. 

La fête de l’Immaculée Conception est la fête de la prévenance divine. Dieu est plein de prévenance pour Marie, il l’a préservée du péché originel. Dieu est plein de prévenance pour nous. Dieu est plein de prévenance pour moi, depuis que j’ai quitté cette paroisse-sanctuaire pour répondre à l’appel à devenir évêque des Hautes-Alpes. Je suis passé de ND de la Prière à ND du Laus, refuge des pécheurs. Et Dieu est encore plein de prévenance, en me permettant d’être avec vous en ce 8 décembre 2021, qui coïncide avec le 20ème anniversaire du décret d’autorisation de Mgr Vingt-Trois, occasion de rendre grâce pour cet évènement majeur dans l’histoire et la vie de notre cher sanctuaire. Je remercie le père Philippe Marot votre curé de son invitation, et Mgr Vincent Jordy de son autorisation.

Si Marie est immaculée de naissance par privilège de Dieu, nous qui sommes marqués par le péché originel et nos péchés personnels, nous sommes aussi appelés à devenir « saints et irréprochables sous son regard », comme le dira saint Paul dans notre seconde lecture. Supplions le Seigneur pour notre conversion.

Homélie

Notre foi en l’Immaculée conception est bien détaillée dans l’oraison liturgique de la fête ; en trois temps : 

  • d’abord l’oraison en donne le motif profond : « Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la Conception immaculée de la Vierge ». En ce temps de l’Avent, alors que nous avons fait les crèches dans nos maisons, que nous préparons la crèche de nos âmes et beaucoup d’entre nous pourrons se confesser aujourd’hui, nous comprenons cette nécessité d’une demeure digne du Fils de Dieu.
  • Puis l’oraison en donne l’explication théologique : « que tu as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils » C’est bien une grâce prévenante, anticipation de la mort et de la Résurrection de Jésus ; ce que l’ange exprimera à Marie à l’Annonciation : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. … Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »
  • Et enfin l’oraison en donne le sens pour nous aujourd’hui, encore en 2021 ; « à son intercession, accorde-nous, d’être purs, nous aussi, et de parvenir jusqu’à toi. » Parvenir à Dieu, n’est-ce pas notre rêve profond ?

Parvenir à Dieu ! Mais nous voyons bien que nous ne le pouvons par nous-mêmes. La distance est trop grande. Deux solutions.

Première solution, prendre l’ascenseur pour le Ciel ! c’est l’image géniale trouvée par la petite Thérèse de Lisieux (Ms C, 3r). « Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte, mais, hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qu’il existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants (…). Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : « Si quelqu’un est tout petit qu’il vienne à moi ». (…) L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. »

Autrement dit, reconnaître que nous sommes peu de chose ; c’est la vertu d’humilité.

Cette première solution, peut-être complétée par une seconde : guetter les moments où Dieu se penche sur la terre !

Quelques exemples de la prévenance divine.

Avez-vous remarqué qu’il y a des lieux privilégiés pour cela. Il me semble que nous sommes ce matin dans un de ces lieux. Un lieu où Notre-Dame de la prière est une marque de la prévenance divine, dont je parlais au début de cette messe. Autrement dit, dans ce sanctuaire marial, autorisé depuis 20 ans maintenant, Dieu est aux petits soins, Dieu va au-devant de nos besoins et de nos désirs. Dieu est aux petits soins de la France. Dieu est aux petits soins de nos familles. Dieu est aux petits soins de notre vie spirituelle, de notre vie de prière, et je suis tellement heureux que votre archevêque fasse de ce sanctuaire une école diocésaine de prière. Oui, Dieu se penche sur la terre, c’est même le sens de Noël. Dieu est prévenant. En langage plus théologique, on appelle cela la providence divine, mais le mot providence étant sorti du vocabulaire courant, je l’explicite par celui de la prévenance de Dieu. Alors je voudrais concrètement vous inviter à repérer dans votre vie la prévenance de Dieu. (silence)

Faisons-le dans la Vie de Marie elle-même ! A l’annonce de l’ange, Marie est entrée dans un tunnel bien sombre. « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Mais dans ce tunnel, Marie goute la prévenance divine ! 

Prévenances multiples :

  • par l’annonce que rien n’est impossible à Dieu puisque « dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils »,
  • par la réaction de Joseph décrite en l’évangile de saint Matthieu : Marie est enceinte alors que Joseph savait qu’il n’y était pour rien. Elle pouvait donc être traduite en justice et lapidée pour adultère. Parce qu’il ne voulait pas en arriver à cette extrémité, Joseph envisagea alors une répudiation aussi discrète que possible, quand l’Ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui dit de ne pas craindre de prendre Marie, son épouse, car l’enfant vient de l’Esprit Saint.

Et Marie toute joyeuse courre vers la montagne où habite sa cousine Élisabeth.

Faisons-le dans la vie de notre Église, avec deux exemples récents de prévenances divines, alors qu’elle traverse des turbulences :

Premier exemple, depuis le 1er dimanche de l’Avent, nous pouvons utiliser une nouvelle traduction du missel romain. C’est fabuleux, j’ai l’impression de célébrer chaque jour ma première messe ! Cela nous permet de redécouvrir le sens des mots qu’on finissait par dire machinalement. Cela permet aussi de remettre la messe et donc le Seigneur Jésus au centre de notre vie.

Second exemple, le pape nous a tous convoqué à vivre une expérience synodale. Tous, pas seulement les évêques délégués qui participerons au synode des évêques en octobre 2023 à Rome sur lasynodalité. Le pape François répète inlassablement qu’il ne s’agit pas d’un parlement, où chacun viendrait défendre ses convictions, mais qu’il s’agit de se mettre ensemble à l’écoute de ce que l’Esprit dit à l’Église pour son fonctionnement. Ensemble, fraternellement. Le synode est une bonne définition de ce qu’est l’Église en profondeur : Dieu est avec nous sur ce chemin, et nous avec Dieu sur ce chemin, le chemin de Dieu sur la terre.

Sans doute, frères et sœurs, qu’il faut à la fois prendre l’ascenseur, en étant léger par notre petitesse et notre humilité, et aussi accueillir les prévenances de Dieu qui se penche sur notre terre. L’Immaculée en est une icône, humble servante du Seigneur, et messagère de la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui se penche. 

La belle dame aussi s’est penchée ici à L’Ile-Bouchard. Que sa main soit embrassée.

Amen !