Dimanche de Pâques – Homélie de Mgr Xavier Malle à Gap

Voici l’homélie (son et texte) délivrée par Mgr Xavier Malle le dimanche 1er avril 2018, pour le jour de Pâques, en la cathédrale de Gap.

La résurrection du Christ. Gravure de Jan Van der Straet. Église de Pont-de-Cervières (Hautes-Alpes)

Homélie

« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé », dit Marie-Madeleine à Simon-Pierre et à Jean. Et le même saint Jean conclut ce passage en écrivant : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

Est-ce que nos contemporains comprennent la nécessité que Jésus ressuscite d’entre les morts ? J’ai reçu comme évêque, de la part de la Congrégation pour la doctrine de la foi, une lettre datée du 22 février dernier qui a été envoyée à tous les évêques du monde après son approbation par le pape. Elle s’appelle Placuit Deo, reprenant en latin les premiers mots d’une parole du concile Vatican II dans la constitution sur la Parole de Dieu, Dei Verbum (§2) : « Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine. » En mots plus simples, je pourrais dire qu’on est fait pour Dieu, pour vivre en Dieu, et celui qui nous en a ouvert le chemin, c’est Jésus, en se faisant homme, c’est le mystère de Noël, et en ressuscitant d’entre les morts, c’est le mystère de Pâques que nous célébrons aujourd’hui.


Lettre Placuit Deo
aux évêques de l’Église catholique

sur certains aspects du salut chrétien
(22 février 2018)


Quelle est la joie profonde de Pâques ? Pourquoi les cloches sonnent (sauf ici à la cathédrale à cause des travaux du clocher), pourquoi nous allons pouvoir enfin manger du chocolat ?  Nos efforts de carême et notre joie pascale ont pour unique objet notre salut, notre participation à la gloire de Jésus ressuscité.

Or notre monde contemporain entend difficilement que Jésus ressuscité est l’unique sauveur des hommes. Il y a une double difficulté que détaille cette lettre aux évêques, dont les racines sont très lointaines et remontent à deux hérésies de l’antiquité.

La première hérésie antique est appelée le pélagianisme, du nom du moine Pélage. Il considère que tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces et par son libre arbitre et minimise le rôle de la grâce divine, de l’aide de Dieu. « Notre époque est envahie par un néo-pélagianisme, qui donne à l’individu, radicalement autonome, la prétention de se sauver lui-même, sans reconnaître qu’au plus profond de son être, il dépend de Dieu et des autres. Le salut repose alors sur les forces personnelles de chacun ou sur des structures purement humaines, incapables d’accueillir la nouveauté de l’Esprit de Dieu. » « Cet individualisme centré sur le sujet autonome tend à voir l’homme comme un être dont la réalisation dépend de ses seules forces. »

Cela a des conséquences sur la manière de comprendre qui est Jésus. « Dans cette vision, la figure du Christ correspond plus à celle d’un modèle qui inspire des actions généreuses, avec ses paroles et ses gestes, qu’à celle de Celui qui transforme la condition humaine, en nous incorporant à une nouvelle existence réconciliée par l’Esprit avec le Père et entre nous. »

Résumé de cette hérésie : individualisme ou néo-pélagianisme = se sauver soi-même = pas besoin d’un Sauveur = Jésus comme un modèle.

Mais nous savons par notre foi, et par expérience, que le salut ne peut être obtenu par nos propres forces, par la richesse, ou le bien-être matériel, la science ou la technique, le pouvoir ou l’influence sur les autres, la bonne réputation ou l’autosatisfaction. Rien de créé ne peut satisfaire entièrement l’homme, parce que Dieu nous a destinés à être en communion avec lui, et notre cœur sera sans repos tant qu’il ne reposera pas en lui. « La vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine ».

La seconde hérésie antique est appelée le gnosticisme. Le gnosticisme affirme que les êtres humains sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais ou imparfait : le Démiurge, incarnation du mal. À l’opposé de cette divinité créatrice néfaste, il existe un autre être suprême plus éloigné, Dieu, incarnant le bien. Ainsi, aux yeux des adeptes du gnosticisme, l’homme est prisonnier du temps, de son corps, de son âme inférieure et du monde. De nos jours, il se développe « un néo-gnosticisme qui présente un salut purement intérieur, enfermé dans le subjectivisme. Ce salut consiste à s’élever “par l’intelligence au-delà de la chair de Jésus jusqu’aux mystères de la divinité inconnue”. On prétend libérer la personne du corps et du monde matériel, où ne se voient plus les traces de la main secourable du Créateur, mais seulement une réalité privée de sens, étrangère à l’identité ultime de la personne et manipulable au gré des intérêts de l’homme. » C’est tout le courant du new-âge, que l’on retrouve dans toutes les thérapies du bien-être, qui sont souvent des déformations de sagesses orientales.

Conséquence sur la manière de voir Jésus : il devient « difficile de saisir le sens de l’Incarnation du Verbe, qui L’a fait membre de la famille humaine, en assumant notre chair et notre histoire, pour nous les hommes et pour notre salut ». « Le salut serait purement intérieur. Cela suscite peut même susciter le sentiment intense d’être uni à Dieu, mais sans que soient assumées, guéries et renouvelées nos relations avec les autres et avec le monde créé. »

En résumé : subjectivisme ou gnosticisme = se libérer de son corps = pas besoin de l’incarnation de Jésus, et donc pas besoin de sa résurrection.

Mais nous savons par notre foi, et par expérience, que « l’origine du mal ne se trouve pas dans le monde matériel et corporel, vu comme une limite ou comme une prison auxquelles nous devrions échapper. Au contraire, la foi proclame que tout le cosmos, créé par Dieu, est bon, et que le mal le plus nuisible à l’homme est celui qui procède de son cœur. En péchant, l’homme a abandonné la source de l’amour, et il se perd dans des formes corrompues de l’amour, qui l’enferment toujours plus en lui. […] Par conséquent, le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité, mais l’intégralité de notre être. C’est toute la personne, en effet, corps et âme, qui a été créée par l’amour de Dieu à son image et à sa ressemblance, et qui est appelée à vivre en communion avec Lui. »

Alors face à ces tendances, cette lettre aux évêques, et notre fête de Pâques, veulent redire que le salut consiste dans notre union avec le Christ, et nous pouvons parcourir toute l’histoire sainte : Dieu n’a cessé d’offrir son salut aux fils d’Adam, en établissant une alliance avec tous les hommes en Noé et, plus tard, avec Abraham et sa descendance. En se choisissant un peuple auquel il a offert les moyens nécessaires pour lutter contre le péché et s’approcher de lui, Dieu a préparé la venue du Messie espéré. À la plénitude des temps, le Père a envoyé au monde son Fils. La bonne nouvelle du salut a un nom et un visage : Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur.

Concrètement, le salut que le Fils incarné nous procure a un double aspect :

– l’aspect de guérison : le Christ nous rachète du péché.

Comme il l’a fait pendant sa vie terrestre : « Là où il passait, nous dit saint Pierre, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. »

– l’aspect d’élévation : Il nous rend fils de Dieu, participants de sa nature divine.

On retrouve ce double aspect dans l’eau du baptême : l’eau symboliquement cela nous lave, et ensuite cela nous nourrit. Le baptisé est plongé dans l’eau du baptême pour mourir au péché, et ressort de l’eau régénéré par la vie divine.

L’Église est l’instrument du salut : « Le lieu où nous recevons le salut apporté par Jésus est l’Église, communauté de ceux qui, incorporés au nouvel ordre de relations inauguré par le Christ, peuvent recevoir la plénitude de son Esprit. […] En somme, la médiation salvifique de l’Église, “sacrement universel du salut”, nous assure que le salut ne consiste ni dans l’auto-réalisation de l’individu isolé, ni non plus dans sa fusion intérieure avec le divin, mais dans l’incorporation à une communion de personnes, qui participe à la communion de la Trinité. »

Et dans l’Église, la participation au nouvel ordre de rapports inaugurés par Jésus advient par les sacrements, dont le baptême est la porte, et l’eucharistie la source et le sommet.

Saint Pierre concluait son discours ainsi : « à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui, reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

Cet article a 1 commentaire

  1. Bonjour, j’ai beaucoup apprécié la justesse du propos de votre homélie pour notre société. De plus, pour une fois, nous appris un peu d’histoire religieuse, utile pour notre vie de tous les jours. Merci

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