16 novembre : fête diocésaine pour clôturer l’année de la prière

Le 16 novembre 2024, les prêtres du diocèses, entourés de leurs paroissiens ont largement participé à la fête diocésaine organisée pour clôturer l’année de la prière et préparer les cœurs à l’Année Sainte placée sous le signe de l’espérance par le pape François.

Une journée rythmée par un retour en images sur le pèlerinage diocésain à Dassa-Zoumé , la présentation du chemin jubilaire diocésain, une conférence sur le « Chant comme espace de prière », la messe avec lectorat et acolytat de Joseph, l’un des deux séminaristes diocésains, des groupes de travail autour du chant*, une présentation des projets missionnaires de chaque paroisse et du sanctuaire et des prières de clôture chantées.

Une journée dense, nourrissante et joyeuse.

*proposés, selon les niveaux et les envies, par Tobias, le chef de chœur des Petits Chanteurs des Hautes Alpes (avec les scouts), p. Jean-Michel Bardet, vicaire général, et Pierre Reynaud, organiste de la cathédrale d’Embrun.

Le chant, espace de prière - Conférence de Geneviève Pinault

Le chant, espace de prière

L’apôtre Paul invitait déjà les fidèles de Colosses qui se réunissaient pour prier à chanter. « Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. » (Col 3, 16)

N’est-ce pas ce que nous faisons encore aujourd’hui, quand nous participons à la messe, ou à une célébration avec ou sans eucharistie – mariage, obsèques – ou quand nous nous réunissons pour la prière des Heures, laudes, vêpres… Le chant est constitutif de la prière chrétienne. Il a donc ses spécificités propres, ce que le Concile a bien formulé dans la Constitution sur la Liturgie.

Dans la Constitution sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium promulguée le 4 décembre 1963 le Concile affirme au paragraphe 112 intitulé Dignité de la musique sacrée : « La tradition musicale de l’église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle.

C’est pourquoi la musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels. Mais l’église approuve toutes les formes d’art véritable, si elles sont dotées des qualités requises, et elle les admet pour le culte divin. » […] Et en conclusion de ce paragraphe, le Concile ajoute  « que la fin de la musique sacrée est la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles ».

Ainsi la qualité première du chant est son aptitude à accomplir la fonction liturgique que l’on attend de lui. En parlant du chant dans la liturgie, il nous faut parler de chant rituel, car en rapport étroit avec l’action rituelle présente dans la liturgie. La musique et singulièrement le chant sont au service de la liturgie et non le contraire.

Un chant rituel

Le chant liturgique est un chant rituel, qui n’a de sens qu’au sein d’une action rituelle, par exemple la célébration eucharistique. Le Concile le dit très bien :

« La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique ». (SC. n° 112) Dans cette action, tous les actes, gestuels ou vocaux, sont symboliques, c’est-à-dire qu’ils renvoient à plus qu’eux mêmes. Ils sont l’expression du mystère pascal, le cœur de la foi chrétienne. Dialoguer, répondre, créer l’unité, accompagner…Le chant liturgique appartient donc à la catégorie des musiques ‘fonctionnelles’. On attend de ces chants qu’ils répondent à une fonction bien précise : louer, acclamer, supplier, adorer, psalmodier, accompagner une procession, confesser la foi… Le chant liturgique est un des rares lieux où ce qui l’emporte sur l’esthétisme de l’œuvre musicale, c’est son adéquation fonctionnelle. C’est pourquoi, il ne s’agit pas prioritairement pour ceux et celles qui composent des œuvres pour la liturgie de ‘composer des œuvres’, mais de répondre avec justesse et beauté au cahier des charges que nous proposent les divers moments chantés de l’action liturgique. Cela demande une certaine humilité de la part du compositeur.

Favoriser l’unanimité

Une des fonctions du chant dans la liturgie est de nous rappeler et nous faire vivre une expérience d’Eglise, une expérience communautaire. Chanter ensemble est un marqueur de notre appartenance à l’Eglise. L’Eglise est un des rares lieux où l’on chante ensemble. Aujourd’hui, il y a la tentation d’une individualisation de l’expérience spirituelle chrétienne. Or, l’action rituelle nous fait faire une expérience d’Eglise, une expérience communautaire.

Le pape François dans sa lettre apostolique sur la liturgie de 2022 Desiderio desideravi j’ai désiré d’un grand désir nous le rappelle quand il affirme :

« La liturgie ne dit pas « je » mais « nous »» et toute limitation de l’étendue de ce « nous » est toujours démoniaque. La Liturgie ne nous laisse pas seuls à la recherche d’une connaissance individuelle présumée du mystère de Dieu, mais nous prend par la main, ensemble, en assemblée, pour nous conduire dans le mystère que la Parole et les signes sacramentels nous révèlent. » (N°19)

En effet, les actions liturgiques ne sont pas des actions privées. Nous prions en Eglise et nous en faisons singulièrement l’expérience quand nous participons à la messe et quand nous chantons. A la messe, nous prions en « nous » : C’est le nous de l’assemblée et non du seul ministre qui, lui, préside cette assemblée. La célébration liturgique dilate notre cœur et nous ouvre au pluriel. Le Concile nous le rappelle dans la Constitution sur la liturgie quand il affirme :

 « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées mais des célébrations de l’Eglise qui est le « sacrement de l’unité », c’est-à-dire le peuple saint réuni et ordonné sous l’autorité des évêques ». (N° 26)

Ainsi, par exemple, le but du chant d’entrée est, entre autre, de favoriser l’union des fidèles en les introduisant au mystère du temps liturgique ou de la fête. D’autres chants favorisent aussi l’union de ceux qui célèbrent. Ainsi en est-il aussi du processionnal de communion : le chant commence quand le célébrant consomme le Sacrement (PGMR n°86) pour exprimer l’union entre les communiants et mettre en valeur là aussi le caractère communautaire de la procession que les fidèles vont entreprendre.

Par le chant, c’est donc la voix de l’assemblée qui s’exprime.

La voix de l’assemblée.

Or, cette voix est la voix de l’Eglise, la voix du Corps du Christ.

Cela a des conséquences très pratiques…Quelques-uns ne peuvent revendiquer de monopoliser tous les actes de chant car le chant de tous est la forme idéale de la participation communautaire. Ayant désigné l’assemblée comme sujet de la liturgie, le Concile demande aux pasteurs de veiller « à ce que, dans n’importe quelle action sacrée qui doit s’accomplir avec chant, toute l’assemblée des fidèles puisse assurer la participation active qui lui revient en propre » (Constitution sur la sainte liturgie n° 114). Le chant de l’assemblée est stimulé, entretenu et enrichi dans son expression sonore par le chant de ceux qui en ont le charisme. En effet, loin d’être une foule indistincte, l’assemblée liturgique est composée de membres qui apportent à tous leur compétence particulière. Ainsi, la liturgie ressemble à une œuvre symphonique où la mise en œuvre des chants se fait sur plusieurs plans sonores : le chant de tous, le chant du groupe de chant, le chant du président (prêtre ou diacre), du soliste, du psalmiste et du chantre… Si la voix de tous les fidèles est sainte, il ne s’ensuit pas que tous les chants doivent être chantés par tous (car beaucoup de chants demandent un dialogue entre les acteurs chantants) ni que les groupes de chant, petit chœur, chorale et les solistes doivent renoncer à leur recherche de la beauté. Quand le chant de tous est requis, le groupe de chant et les solistes aident l’assemblée à lui donner le caractère qui convient ; sans pour autant couvrir le chant de l’assemblée ce qui arrive parfois, surtout quand le chantre animateur dispose d’un micro …. Quand le chant de tous n’est pas requis, il offre à la prière de tous un support de qualité. Ainsi, la beauté contribue-t-elle à la participation de tous les fidèles qui se fait alors par l’écoute.

En écoutant le chœur, la chorale ou un soliste, par exemple quand il y a un chant de méditation après la communion, il ne s’agit pas simplement de prêter une oreille attentive, mais d’être là au sens fort du terme, d’être présent aux paroles qui sont exprimées, à ce qui est chanté. Nous est donné ainsi d’ouvrir la fine pointe de notre âme, de notre intelligence, aux paroles qui nous sont offertes. Il ne s’agit pas alors de comprendre au sens intellectuel du terme, mais d’être compris dans la Mystère célébré par le chant, de le laisser venir nous habiter. L’écoute d’un chant, l’écoute d’un psaume peut d’ailleurs conduire au silence. Il ne faut pas lors de nos célébrations que les chants saturent l’espace sonore, saturent la célébration sans laisser place à des respirations, à des silences. « Ecoute la voix du Seigneur, prêt l’oreille de ton cœur, nous dit un cantique de Didier Rimaud.

Un espace de prière par le chant est celui des psaumes.

La psalmodie

Le Concile a invité les communautés chrétiennes à redécouvrir la prière des psaumes comme prière de l’Eglise. Or, les psaumes ne sont pas des textes à lire ni des prières en prose mais des poèmes de louange. En hébreu, ils sont appelés Tehillim c’est-à-dire cantiques de louange et en grec psalmoi  c’est-à-dire cantiques à chanter au son du psaltérion. Et c’est ce caractère musical qui est à mettre en œuvre quand ils nous sont proposés à la messe ou dans la liturgie des Heures ou lors de célébrations de sacrements avec ou sans eucharistie.

A la messe le psaume responsorial est choisi en fonction de la 1ère lecture Si la 1ère lecture est un récit de victoire le psaume dira « le Seigneur est roi » Si la 1ère lecture révèle la miséricorde de Dieu, le psaume dira « le Seigneur est lent à la colère ».

L’antienne est un verset du psaume qui récapitule l’idée centrale du jour et il est important que l’assemblée le chante. St Jean Chrysostome disait « retenez l’antienne, elle vous servira de bâton pour marcher toute la semaine ». D’où la nécessité de chanter et faire chanter l’antienne, et de la soigner. Surtout si les strophes sont lues : l’alternance strophe lue et refrain chanté est défavorable à l’acte de chant : l’antienne établit un tapis lyrique, on le quitte aussitôt si le psaume est lu ; et il faut retrouver l’élan lyrique pour l’antienne.

Diverses formes de mises en œuvre sont possibles. Tous chantent l’antienne, puis tous alternent les strophes, (forme antiphonée) et retour à l’antienne Tous chantent l’antienne, un (deux) soliste(s) chante(nt) la strophe ; tous reviennent à l’antienne (forme responsoriale). Après que tous ont chanté l’antienne, un soliste chante la strophe et tous reprennent le dernier vers de la strophe. Retour à l’antienne à l’extrême fin. Ecoutons pour finir sur ce point ce que disait Césaire d’Arles à ses paroissiens :

« Que celui qui peut psalmodier, psalmodie. Que celui qui ne peut pas, rende grâce à Dieu dans son cœur, se réjouisse d’entendre celui qui psalmodie ; et qu’il se taise afin que son bavardage ne gêne pas ceux qui chantent. »

Et il ajoute :

« Ne vous occupez pas seulement de la beauté des voix, frères, écoutez également les paroles du texte ; alors que vos oreilles goûteront le chant, vos cœurs seront doucement pénétrés de la force des paroles, comme il est écrit : « comme est douce à nos oreilles ta parole, ô Seigneur ! » Celui qui en psalmodiant n’est attentif qu’à la beauté des voix et à l’accord des sons, sans écouter ce qu’il devrait retenir des paroles, ses oreilles prennent une nourriture passagère et le Verbe de Dieu ne parvient pas à son âme. En quelque sorte, il rumine la cire pure et ne goûte pas la douceur du miel. » (Césaire d’Arles)

Le psaume est un texte que je reçois. Je ne le choisis pas comme d’ailleurs les lectures du jour, par exemple. Il peut donc arriver qu’il me fasse sortir de l’état spirituel, psychologique dans lequel je suis. Je suis dans la peine, je pourrais m’isoler dans la tristesse : or le psaume que je reçois est une prière de joyeuse louange : cela me fait sortir de mon isolement et me met en alliance avec le Christ ressuscité dans la joie et avec ceux qui sont joyeux. Quand je suis joyeux et que je pourrais ne m’occuper que de moi, je reçois un psaume d’appel au secours : cela me met en alliance avec le Christ souffrant et avec tous ceux qui souffrent.

Ce qui nous amène à dire une fois encore que l’écoute du chant est aussi une prière !

L’alternance entre le chant et l’écoute permet aux paroles de faire leur chemin en nous, et aussi de conserver le rythme, pas seulement pour les psaumes. Autrement il se ralentit et se brise par essoufflement si tous chantent tout. C’est aux musiciens de prévoir des respirations.

Au-delà du psaume ce que nous chantons, c’est la foi de l’Eglise.

Chanter la foi de l’Eglise

La tradition liturgique s’appuie sur un adage : « Lex credendi, Lex orandi ». La norme de la prière et la norme de la foi sont liés. C’est une expression qui vient des Auctoritates de gratia, une œuvre de Prosper d’Aquitaine (milieu du 5ème siècle). La liturgie est un lieu d’éveil de la foi, un lieu de catéchèse et a sans cesse à le devenir ou le redevenir. L’expérience de la célébration liturgique est une expérience de la foi et nous fait entrer le Mystère du Christ mort et ressuscité. Et les chants jouent un rôle dans cette célébration de la foi, c’est pourquoi il nous faut être attentif aux paroles des chants et à leur convenance avec le rite célébré, le temps liturgique vécu et la foi de l’Eglise plus généralement. Par le chant se forme une mémoire de la foi et les paroles doivent s’enraciner dans un terreau, évangélique, biblique, propre à dire la vérité de ce que nous croyons et célébrons.

Le chant liturgique permet à l’assemblée de nourrir sa foi. Il est poétique et contient des éléments d’une catéchèse. Les hymnes du temps de l’Avent mettent l’accent sur l’attente de la venue du Seigneur à Noël. Celles du temps du Carême invitent à la pénitence, à la conversion et au pardon. Le Temps pascal livre des chants à la gloire du Ressuscité. Les chants liturgiques sont à la fois annonce joyeuse de la Bonne Nouvelle, adhésion au Christ dans l’action de grâce et attente de son retour. Ils célèbrent la présence du Ressuscité au cœur même de l’assemblée : «Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux. »

Ainsi se construit une mémoire de la foi.

Une mémoire de la foi

Dans la Bible, nous voyons par exemple dans le livre du Deutéronome se répéter des « souviens-toi » : « souviens-toi du Seigneur ton Dieu », « souviens-toi que tu as été esclave en Egypte » « souviens-toi du chemin que tu as parcouru » et tout au long de la Bible est institué un mémorial des jours et des lieux. Il ne s’agit pas de se tourner vers le passé pour être nostalgique, il s’agit de faire mémorial, d’actualiser dans l’aujourd’hui les actions que le Seigneur fit pour son peuple et qu’il réalise encore : sauver, consoler, pardonner etc.

Il s’agit aussi d’éviter que les fidèles perdent leur identité, et ne sachent plus qu’ils sont le peuple de Dieu. L’ennemi de la foi, c’est l’oubli. Tout ce qui est mis en œuvre dans la liturgie – y compris le chant – se présente comme des outils d’« anamnèse » du Christ et de tout ce que l’on a vécu avec lui. Il s’agit donc de voir que le chant est au service de la mémoire. On pourrait dire que l’on croit comme on se souvient et les chants jouent un rôle majeur dans la constitution de cette mémoire croyante.

Chant et mémoire

Qu’est-ce qui fait qu’un chant s’imprime dans la mémoire plus qu’une parole parlée, que les paroissiens se souviennent du chant de communion et pas de l’homélie ? On peut citer trois réalités. D’abord, le fait que tout chant digne de ce nom est bâti sur un poème qui, par les images, les rimes et les assonances, se présente déjà comme une musique. On peut dire aussi que le chant superpose à la musique du texte une mélodie et un débit rythmé. Quand la musique valorise le texte, elle le rend beaucoup plus éloquent. Enfin, les chants sont comme un fil rouge des expériences de foi : en effet, un chant est beaucoup plus qu’une partition – qu’elle soit médiocre ou réussie : quand un chant a été inséré dans un contexte (de retraite, de pèlerinage, de mariage…), tout ce qui a été vécu dans le contexte se trouve agrafé à ce chant ; de sorte qu’entendant la première phrase du chant, le fidèle revit l’expérience spirituelle faite autrefois : il retrouve son identité.

La mémoire commune

Plus généralement, la mémoire de la communauté chrétienne est d’abord faite de ce qui est transmis : saint Paul dit que « la foi vient de ce qu’on entend » (Rm 10, 17). C’est donc que nous chantons non pas d’abord pour exprimer notre foi mais pour que la foi « s’imprime » en nous jusqu’à faire partie de nous-mêmes. « Nous annonçons  ta mort, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire… » fait partie de notre identité. C’est pourquoi la personne qui choisit les chants a une responsabilité car elle façonne la foi de la communauté. Par exemple, on peut se faire une idée de la conscience ecclésiale d’une communauté en portant attention à la proportion de chants en « je » ou en « nous » qui sont chantés…. On voit ainsi l’aptitude des chants à imprimer dans les consciences individuelles et à forger en celles-ci une mémoire commune à tous les membres de la communauté.

Un chant n’est pas une partition mais une expérience spirituelle. C’est pourquoi la responsabilité pastorale de la personne qui choisit les chants doit s’exercer avec pertinence  Elle faillit quand elle programme un chant pendant un rite, seulement parce que ce chant « plaît ».

Les Temps liturgiques

Le choix des chants doit aussi être ajusté à l’année liturgique afin de servir au mieux la mémoire de l’histoire du salut que nous célébrons tout au long de l’année. Ils apportent à chaque saison une couleur spécifique : l’Avent avec sa note d’attente et d’espérance ; Noël et l’Epiphanie, avec la présence de Jésus Lumière des nations ; le carême avec son appel à la conversion et son combat ; la Passion avec le regard sur le Juste souffrant ; Pâques et le Temps pascal, avec la joie et la paix du Ressuscité ; la Pentecôte, comme un point d’orgue du Temps pascal avec la venue de l’Esprit ; et le Temps ordinaire, qui est bien le temps de l’Eglise avec l’approfondissement de la Bonne Nouvelle du Royaume.

Comme il y a des couleurs liturgiques pour les ornements, le chant a une couleur sonore qui doit être propre à chaque temps liturgique.

La beauté

L’Eglise évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie et donc la beauté des chants. C’est pourquoi, il ne s’agit pas quand nous chantons de rechercher une ambiance ou de faire du spectacle. Le chant et la musique en particulier ne sont pas là pour nous séduire. Il s’agit de faire confiance à l’œuvre de Dieu qui s’accomplit dans la simplicité et la noblesse des rites. Et de nous laisser convertir par le chant, dans l’esprit de saint Augustin : « Chanter est le fait de celui qui aime » dit-il.

Et pour ce faire, il faut que «  l’âme s’accorde avec la voix » selon la formule de saint Benoît. «Mens concordet vocis. »

La voix est l’expression de chaque personne, La voix, notre voix dans la liturgie est l’expression du Christ, puisque nous sommes les membres de son Corps. La voix est porteuse des mystères des temps liturgiques célébrés (chaque chant liturgique a sa spécificité en fonction de son lien avec l’action liturgique). La voix qui se fait beauté, est expression de la beauté gratuite du Royaume de Dieu….

Et la voix doit s’accorder avec la Parole: le son s’évanouit, mais la parole que le son a conduit jusqu’à nous est désormais dans notre cœur. Lorsque la parole est passée jusqu’à chacun de nous, n’est-ce pas le son qui semble dire lui-même :

« Lui, il faut qu’il grandisse et que moi je diminue » ? Le son de la voix a retenti pour accomplir son service, et il a disparu comme en disant : « Moi, j’ai la joie en plénitude »

Mais avant de conclure sur le chant, entendu comme chant écrit pour accompagner une action liturgique, n’oublions pas que, d’abord, nous chantons la messe.

Nous pouvons chanter les dialogues avec le prêtre qui préside, (par exemple, la salutation d’ouverture) les acclamations (alléluia, amen) les chants de l’ordinaire (Seigneur prends pitié, Gloire à Dieu, Agneau de Dieu) le refrain de prière universelle…

Ces chants nous ouvrent à diverses attitudes de prière, à diverses attitudes spirituelles :

La louange avec le Gloire à Dieu, une des plus anciennes hymnes de la liturgie ; l’intercession avec la prière universelle ; la joie avec l’alléluia, joie de savoir que le Seigneur va venir à notre rencontre dans sa Parole qui va être proclamée par le prêtre ou le diacre ; l’acclamation d’adoration, d’admiration et d’émerveillement devant la grandeur de Dieu avec le Saint le Seigneur.

Autant d’attitudes de prière que nous pouvons reprendre dans notre prière personnelle et qui manifeste une fois encore que la liturgie est éducatrice du peuple chrétien.

Pour conclure, écoutons saint Augustin.

 

Conclusion

« Chantez avec la voix, chantez avec le cœur, chantez avec la bouche, chantez par toute votre vie : chantez au Seigneur un chant nouveau. Vous cherchez comment chanter celui que vous aimez ? Car sans aucun doute tu veux chanter celui que tu aimes. Tu cherches quelles louanges lui chanter ? Vous avez entendu : Chantez au Seigneur un chant nouveau. Vous cherchez où sont ses louanges ? Sa louange est dans l’assemblée de ses fidèles. La louange de celui que l’on veut chanter c’est le chanteur lui-même. Vous voulez dire les louanges de Dieu ? Soyez ce que vous dites. Vous êtes sa louange si vous vivez selon le bien. » (Saint Augustin Sermon 34)

Souhaitons-nous donc d’être louange de Dieu par nos chants et surtout par toute notre vie.

Geneviève Pinault