Fête de l’Epiphanie à Embrun : homélie de Mgr Emmanuel Gobilliard

Le dimanche 4 janvier 2026, retrouvailles diocésaines pour la traditionnelle fête de l’Épiphanie dans la cathédrale d’Embrun (sous le vocable de Notre Dame du Réal, déformation du mot royal, Notre Dame des Rois).

Chaque année, la fête de l’Epiphanie est un jour important pour la paroisse et la ville d’Embrun. L’évêque du diocèse de Gap-Embrun invite un autre évêque de la Province ecclésiastique de Marseille à présider la messe et passer une partie de la journée avec la population. C’est Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque de Digne, qui présidait la célébration en 2026, retrouvez ci-après son homélie.

Dans l’Evangile du 3ème dimanche de l’Avent, il y a cette phrase de Jésus : « qu’êtes-vous donc allés voir ? (il parle de Jean-Baptiste), un prophète ? ». Je voudrais reprendre cette phrase « qu’êtes-vous donc allés voir ? » à propos de Jésus dans la crèche.

Les mages venus d’Orient, riches de savoir et d’intelligence, de culture, d’une grande diversité aussi, arrivent avec des présents absolument inutiles à priori pour un enfant qui n’a besoin que de lait. Que sont-ils donc allés voir ?

Un sauveur dans la personne d’un nourrisson qui n’est qu’un faisceau de besoins. Ils sont allés recevoir d’un nourrisson leur salut et qui plus est, un peu plus tard, c’est Joseph qui sauve Jésus. C’est Joseph qui sauve le sauveur. Joseph qui lui-même avait reçu de l’ange l’ordre de donner à l’enfant à naître le nom de Jésus, ce qui veut dire : Dieu sauve. Cet enfant qui n’est qu’un faisceau de besoins ne peut pas se sauver lui-même, mais il est le sauveur.

Cela nous rappelle étrangement un autre épisode : l’autre grand moment du Salut pour le chrétien, l’épisode où Jésus est enveloppé non plus de langes mais d’un linceul, l’épisode où Jésus sur la croix entend des passants cette phrase : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ». Les deux grands moments du salut pour les chrétiens sont les moments où Dieu est absolument impuissant : la naissance d’un enfant qui ne peut vivre sans l’aide des autres et la mise à mort d’un homme qui se prétend Dieu et qui ne peut même pas se sauver lui-même.

Que sont donc allés chercher les mages en allant contempler un bébé dans une crèche ? Cet enfant nous invite à contempler les limites que le Verbe lui-même s’est imposées en venant habiter parmi nous. Puisqu’il est Dieu, il aurait pu choisir de multiples manières pour nous sauver, plus éclatantes, plus glorieuses, plus puissantes. Il a choisi de venir dans un enfant.

Et aujourd’hui, que faites-vous, qu’êtes-vous venus chercher ? Un morceau de pain. Dieu présent dans encore pire qu’enfant, encore pire qu’un crucifié : un morceau de pain. Et vous allez reconnaître dans un morceau de pain la présence de celui qui vous sauve. Avouez que pour le monde qui parle surtout de puissance, d’argent, de pouvoir, d’honneur, de gloire, c’est quand même bien paradoxal ; on doit souvent nous prendre pour des fous !

Alors que sommes-nous allés chercher ? Eh bien, nous sommes allés chercher Dieu présent dans ce qu’il y a de plus faible.

Dieu présent dans celui qui a besoin car l’enfant est d’abord celui qui a besoin, Dieu présent dans celui qui a besoin de nous pour vivre, comme il avait besoin de Marie pour survivre. Il a besoin de nous pour vivre dans ce monde, pour vivre en nous, comme il avait besoin de Marie pour vivre dans ce monde. Cela signifie deux choses, me semble-t-il ?

La première est que ce sauveur, qui n’a absolument pas les apparences d’un sauveur, nous indique que l’espérance chrétienne est de mettre notre espérance en celui qui ne peut pas se sauver mais qui, peut être en vertu même de cette impuissance est devenu le sauveur du monde. Le faible, celui qui refuse la force et la puissance, devient le sauveur. Et nous savons que c’est finalement la seule façon de réaliser un authentique salut. Prenons une comparaison : lorsqu’il y a une querelle entre deux personnes, entre un père et son fils par exemple, comment faire en sorte que chacun, à la fin de cette querelle soit plus heureux. Si le père met en avant son autorité de manière un peu autoritariste, de manière trop puissante, de manière trop forte, il va braquer son fils. Si le fils se met en colère ou fait un caprice, c’est-à dire impose sa puissance d’enfant capricieux, la relation ne sera pas rétablie. Le seul moyen pour que la relation entre ces deux personnes soit rétablie, pour que chacun soit plus heureux et puisse grandir, c’est que chacun s’abaisse. Chacun, finalement doit demander pardon, doit dire, à un moment de la discussion, « j’ai besoin de toi ».

L’amour me semble-t-il, commence lorsque cette phrase est exprimée.

Alors que nous avons tendance, nous chrétiens, à croire que nous avons surtout besoin de donner aux autres avec condescendance, je pense que nous avons d’abord besoin de recevoir et que l’amour commence lorsque entre deux êtres, je suis capable de dire : « j’ai besoin de toi ». Car je donne à l’autre la possibilité d’exister, je donne à l’autre la possibilité d’être quelqu’un pour moi, d’être quelqu’un qui compte pour moi.

Eh bien voilà ce que Dieu fait. Dieu nous offre la possibilité de nous grandir en le servant. Il se fait besoin pour que nous puissions donner. Il se fait nourriture pour que nous puissions agir dans le monde. Qu’êtes-vous allés voir à la crèche ?

Nous pouvons reprendre cette question avec toutes les réalités qui nous entourent.

Qu’êtes-vous allés voir en allant rencontrer cette vieille dame atteinte de maladie d’Alzheimer à l’hôpital ? Rien qui puisse vraiment vous glorifier, rien qui puisse faire avancer votre carrière, rien qui puisse vous enrichir.

Qu’êtes vous allés voir en allant rencontrer cette personne malade, cette personne pauvre, cette personne dépressive, cette personne qui a simplement besoin de vous. Qu’êtes-vous allés chercher sinon un accomplissement profond des désirs de votre cœur, du désir d’être.

Le Seigneur est celui qui nous donne d’être, qui nous donne d’exister, qui nous donne d’aimer, qui nous donne de nous donner.

Alors, deuxième conséquence : ne demandons pas au Seigneur de construire pour nous notre vie. C’est encore une tentation, de vouloir que le Seigneur exerce sa puissance au point de nous dire ce que je dois faire demain matin. Non, le Seigneur nous donne la possibilité de construire notre vie avec lui, mais avec lui en nous. Il nous donne la force d’aimer, la possibilité, la capacité d’aimer, alors à partir de là je peux construire ma vie, être heureux, me réconcilier avec ceux que j’ai blessés.

Demandons au Seigneur d’être « Intimior intimo meo » dans l’Eucharistie comme disait saint Augustin, plus intime à moi-même que moi-même. Car celui qui est si fragile a besoin d’être présent en moi, si je le reçois avec foi, pour qu’il agisse à travers moi.

Finalement, comme disait votre évêque pendant la nuit de Noël, la véritable crèche, c’est notre cœur, c’est notre corps, c’est notre être tout entier dans lequel Jésus lui-même veut habiter comme un enfant discret pour que sa fierté, ce soit notre action avec Lui. Amen.  Mgr Emmanuel Gobilliard.

Sur le tympan du porche, le Christ en majesté a été recouvert d’une fresque aux vertus miraculeuses, représentant l’Adoration des Mages.

Pendant plusieurs siècles, du XIVe au XVIe, il y a eu des grands pèlerinages. De nombreux rois sont venus s’y recueillir à la suite de Louis XI qui y aurait trouvé la guérison. Il y revint à plusieurs reprises. D’autres y sont venus : Charles VIII s’y arrêta en 1489 et 1494, Louis XII y passa en 1502 ainsi que François Ier, qui y campa dit-on en 1515 à la veille de la bataille de Marignan, Henri II y fut reçu en 1547 et Louis XIII accompagné du Cardinal de Richelieu, terminera la série des visites royales.

La fresque fut détruite en 1585 par les troupes protestantes, menées par le duc de Lesdiguières. A l’autel de Notre Dame du Réal, se trouvent une statue de la Vierge à l’Enfant du XVIIIe siècle et une transposition de la fresque miraculeuse réalisée en mosaïque, offerte par les Embrunais en 1896.