Pourquoi le diocèse s’appelle-t-il désormais « diocèse de Gap et d’Embrun » ? Pourquoi une ville comme Briançon n’apparaît-elle pas dans la dénomination du diocèse ? Ces questions, certains se les posent. Réponse :

Tout simplement parce que les diocèses prennent le nom de la ville où se trouve la cathédrale, en fait l’église où se trouve la cathèdre, le siège de l’évêque. Et le diocèse peut se voir ajouté, avec autorisation du Saint-Siège, le nom d’une ancienne ville épiscopale.

Un peu d’histoire pour comprendre

À la veille de la Révolution française, les diocèses avaient été pour la plupart créés entre le IIe et le Ve siècle, héritiers des anciennes cités romaines. Quelques nouveaux diocèses avaient bien été créés plus tard, pour répondre à des besoins précis, comme par exemple la lutte contre l’hérésie cathare dans le Languedoc au moyen-âge, mais dans l’ensemble la carte des diocèses est restée la même en France jusqu’à la Révolution.

À la Révolution, la carte des diocèses a été entièrement remaniée de façon à correspondre aux départements, circonscriptions administratives nouvellement créées. Une cinquantaine de villes qui, jusqu’en 1790, étaient siège d’un évêché, perdirent alors leur évêque. Toutefois, pour conserver la mémoire de ces sièges, leur nom a été ajouté aux nouveaux diocèses. Cela ne s’est fait cependant qu’après le Concordat, car de 1790 à 1801 le Saint-Siège n’a pas reconnu la carte des diocèses “constitutionnels”.

Restait donc à savoir, une fois le Concordat signé, qui devait porter le nom des disparus. Facile pour un ancien petit diocèse s’intégrant dans un plus grand. Mais beaucoup plus difficile pour d’anciennes Églises métropolitaines. Impossible à cette époque d’imaginer voir leur titre rattaché à un diocèse n’ayant pas au moins le rang d’archidiocèse.

Tel était le cas des anciens archidiocèses de Vienne ou d’Embrun. Vienne avait été une des plus anciennes villes épiscopales de la Gaule, et avait même eu la primauté sur les sièges métropolitains des six provinces ecclésiastiques du sud de la France. Quant au siège métropolitain d’Embrun, il avait eu comme diocèses suffragants Digne, Grasse, Vence, Glandève, Senez, et Nice.

Par lettre apostolique du 29 novembre 1801, ce fut donc l’archidiocèse de Lyon qui fut autorisé à adjoindre ces deux archidiocèses de Vienne et d’Embrun à son titre. Le titre de Vienne resta attaché à Lyon jusqu’en décembre 2006, date à laquelle il passa au diocèse de Grenoble, la réalité géographique prévalant enfin. Quant au titre d’Embrun, il fut transféré d’abord à l’archidiocèse d’Aix-en-Provence en 1822, qui le porta jusqu’en 2008, date à laquelle il fut rattaché à Gap, pour la même raison que Vienne le fut à Grenoble.

Désormais notre diocèse et tous les diocèses français limitrophes portent plusieurs titres

Comme on a vu, le diocèse de Grenoble porte depuis décembre 2006 le nom de Grenoble-Vienne.

Le diocèse de Digne, lui, porte en réalité (et depuis 1916) le nom de diocèse de Digne, Riez et Sisteron. Manosque n’est pas nommée, ville pourtant la plus importante du département avec 19600 habitants, car jamais elle n’a été le siège d’un évêché, mais Riez l’est, bien qu’arrivant en 16e position en nombre d’habitants.

Dans la Drôme, la ville de Valence est restée siège épiscopal à la Révolution, et les anciens évêchés de Die et de Saint-Paul-Trois-Châteaux ont été supprimés. Mais en souvenir, le titre épiscopal comprend, depuis 1911, le nom de ces deux sièges supprimés. Une ville comme Montélimar, malgré une population de plus de 30000 habitants, n’est pas nommée.

Et pour finir le tour des diocèses français limitrophes, il reste la Savoie, au statut très particulier. Comme la Savoie n’était pas française en 1790, ses diocèses n’avaient pas été redessinés. Temporairement français de 1792 à 1815, puis définitivement à partir de 1860, l’ancien duché de Savoie forme les deux départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Celui de la Savoie a gardé ses trois diocèses avec ses trois évêques, un pour chacun des diocèses la constituant, jusqu’au décret pontifical du 26 avril 1966 où le Saint-Siège décida que les deux diocèses de Maurienne et de Tarentaise seraient réunis « aeque principaliter » à l’archidiocèse de Chambéry « de telle sorte qu’il y ait un seul et même évêque à la tête des trois diocèses et qu’il soit en même temps archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et évêque de Tarentaise. Les diocèses n’étant nullement supprimés, chaque Église aura sa cathédrale et une représentation proportionnée à son importance au Conseil diocésain. »

Peut-on envisager de voir les dénominations des diocèses changer dans un avenir proche ?

Il semble bien que non. La seule époque où les diocèses français ont porté le nom de départements (donc de territoires et non pas des cités abritant la cathédrale), ce fut entre 1790 et le Concordat de 1801, période des diocèses constitutionnels non reconnus par le Saint-Siège. En 1802, suite au Concordat de 1801, le Saint-Siège entérina la plupart des nouvelles délimitations mais pas les nouvelles dénominations. On en revint donc à l’usage de nommer les diocèses en fonction de la ville épiscopale.

De même, on remarquera que si plusieurs diocèses ont été créés en France depuis Vatican II, tous portent le nom de la ville où se trouve la cathédrale de l’évêque, son siège : diocèse du Havre, diocèse de Créteil, diocèse de Saint-Denis, etc. On pourrait croire que tel n’est pas le cas du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, en se disant qu’ « Essonnes » serait le nom du département. Or il n’en est rien. Le département est celui de l’Essonne (sans « s »), et Corbeil-Essonnes est une ville. Préfecture au moment de la création du diocèse en 1966, Corbeil-Essonnes fut pour cette raison choisie comme siège épiscopal, avec l’église paroissiale Saint-Spire établie en cathédrale. Mais lorsque vingt-deux ans plus tard la préfecture a migré à Évry, il en a été de même du siège épiscopal, avec le projet de construire une nouvelle cathédrale dans ce chef-lieu. La dénomination Évry-Corbeil-Essonnes suit donc la règle selon laquelle les diocèses prennent le nom de la ville où se trouve la cathédrale, le diocèse pouvant se voir ajouté, avec autorisation du Saint-Siège, le nom d’une ancienne ville épiscopale.

Pourquoi un tel usage ?

Pour comprendre cela, il convient de revenir sur la place et le rôle de l’évêque dans l’Église. Dès le tout premier siècle, les communautés chrétiennes se constituent, s’étendent. Mais il est évident pour tous qu’il ne saurait y avoir une communauté sans évêque. Seul l’évêque est successeur des apôtres, et à ce titre tient une place particulière, indispensable et irremplaçable dans la communauté. Saint Ignace d’Antioche (+ 112) aura par exemple cette parole forte : « N’entreprenez rien qui concerne l’Église sans l’évêque [car] là où est l’évêque, là est la communauté (ekklesia = Église) » (lettre aux Smyrniotes, VIII, 1 et 2).

Pour le Concile Vatican II, le rôle de l’évêque n’est pas une invention humaine, n’est pas apparu dans l’Histoire du seul vouloir de la communauté, il a été voulu par Jésus lui-même : « Jésus Christ, Pasteur éternel, a édifié la sainte Église en envoyant ses Apôtres, comme lui-même avait été envoyé par le Père (cf. Jn 20, 21) ; il a voulu que les successeurs de ces Apôtres, c’est-à-dire les évêques, soient dans l’Église, pasteurs jusqu’à la consommation des siècles. »

De ce fait, le peuple de Dieu n’est pas un peuple de Dieu anarchique, il est un peuple de Dieu structuré selon divers ordres, évêques, prêtres, diacres. « Père […], pour former le peuple sacerdotal, tu suscites en lui, par la force de l’Esprit Saint, et selon les divers ordres, les ministres de Jésus, le Christ, ton Fils bien-aimé », prie l’évêque aux ordinations.

Les évêques exercent leur mission « avec l’aide des prêtres et des diacres » pour reprendre les termes du Concile (LG 20). Prêtres et diacres ne sont donc pas contre l’évêque, ni même à côté de l’évêque, mais plutôt dans le prolongement de sa mission, ses coopérateurs, ses collaborateurs, ses aides. « Aujourd’hui encore, Seigneur, viens en aide à notre faiblesse : accorde-nous les coopérateurs dont nous avons besoin pour exercer le sacerdoce apostolique », prie l’évêque aux ordinations des prêtres.

Sauf si l’évêque faillit gravement à sa mission (et seul le Saint-Siège peut décider alors de son cas), rien ne peut donc se faire en dehors de l’évêque, à moins de rompre l’unité de l’Église. Les chrétiens peuvent bien être dispersés sur un territoire, l’évêque est leur principe d’unité. Ainsi le présente la constitution Lumen Gentium du Concile Vatican II : « Le pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles. Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières. » (LG 23)

Ceci explique que l’un des critères retenus par le Concile Vatican II pour la révision de la délimitation des diocèses (ou pour le transfert en un autre lieu du siège épiscopal) soit la possibilité pour l’évêque de s’acquitter efficacement de sa charge pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui lui est confiée (voir le décret Christus Dominus).

Détail d’évêque sur une chasuble de la cathédrale de Gap

Ceci explique l’importance de la cathédrale pour un diocèse, qui est vraiment l’église de l’évêque, et comme telle la « mère-église » du diocèse.

Ceci explique l’importance pour toute l’Église locale de se retrouver autour de son évêque, dans sa cathédrale, chaque année à la Messe chrismale, jour où sont consacrées les huiles utilisées pour les sacrements administrés ensuite tout au long de l’année aux quatre coins du diocèse. Là l’unité de la communauté ecclésiale et sa structure en divers ordres est manifestée. Là tous les fidèles viennent s’abreuver à la même et seule source de salut, l’Agneau immolé.

« Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus Christ et comme Jésus Christ à son Père, afin que toutes choses soient faites dans l’unité et soient fécondes pour la gloire de Dieu (cf. 2 Co 4, 15) » (Concile Vatican II, LG 27).

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Cet article a 3 commentaires

  1. Decrotone

    Il est surprenant de voir que les nouvelles régions reprennent, à peu de choses près, les limites des anciennes provinces ecclésiastiques, celles-ci ayant été tracées en reprenant les territoires des peuples alliés de Gaule tels que Jules César les a connus.
    Aujourd’hui encore les limites des départements coïncident avec des regroupements de diocèses.

  2. Salvadorr RIBES

    Bonsoir

    Un complément pour le département des Alpes de Haute-Provence
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    Il existait au Ve siècle un évêché à Senez.
    Il a englobé les deux évêchés préexistants de Salinae (Castellane) et Eturamina (Thorame) qui ont été rattachés après 450, ou au début du siècle suivant.
    L’évêché a été supprimé lors du concordat de 1801 en faveur du diocèse de Digne.
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    La cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption date des XIIe ou XIIIe siècles. Elle a été consacrée le 22 octobre 1246 par l’évêque Guillaume III
    Elle perd son statut en 1790 et devient une église paroissiale.
    Classée au titre des monuments historiques le 26 octobre 1910.
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    Localisation sur GoogleMaps : http://goo.gl/maps/3qkr4
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    Bonne soirée,

    1. Webmaster

      Merci pour ces compléments. Il y en a bien d’autres concernant ce département des Alpes de Haute-Provence, mais on ne peut pas tout dire en un si court article.
      Par exemple le fait que le siège de Glandèves fut transféré, à une date indéterminée, à Entrevaux. Un évêque actuel porte le titre d’Entrevaux : il s’agit de Mgr Jean Laffitte, secrétaire du Conseil pontifical pour la famille depuis octobre 2009.

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