Un cadeau personnel pour une mission

Homélie du Samedi 23 Novembre 2024 pour les Confirmations à 10h30 à Tallard et à 17h00 à Embrun.

 

Nous sommes le soir de la Pâques juive. Jésus ressuscité apparaît aux disciples : « recevez l’Esprit Saint ». 50 jours plus tard, le jour de la Pentecôte, il leur enverra une nouvelle fois l’Esprit Saint. Comme les apôtres, nous recevons plusieurs fois l’Esprit Saint. Vous l’avez reçu lors de votre baptême, vous le recevez aujourd’hui lors de votre confirmation, vous le recevez encore lors des autres sacrements que sont la Réconciliation, le mariage ou l’ordination diaconale ou sacerdotale, l’onction des malades, et également à chaque messe.

En ce jour de votre confirmation, qu’est-ce qui se passe pour vous ? Il y a une double dimension : personnelle et communautaire. C’est un cadeau personnel pour une mission.

D’abord personnellement c’est le cadeau de l’achèvement de l’initiation chrétienne.

Vous serez pleinement chrétiens, baptisé, communié et confirmé. « Confirmer », étymologiquement, cela veut dire « renforcer » ou « fortifier » : la fonction propre de la confirmation est de fortifier ce qui a été donné en germe par le baptême. Elle est donc un sacrement complémentaire du baptême et que le baptême appelle pour produire tous ses effets. Si le baptême fait naître la vie de Jésus-Christ en nous, la confirmation la porte à l’état adulte, elle fait du confirmé un adulte dans sa foi. Il me faut rendre grâce à Dieu pour cela. En ayant lu et répondu personnellement aux lettres des confirmés de toutes les paroisses du diocèse, je veux remercier vos parents, souvent vos grands-parents et même arrières grands parents. La foi et un don de Dieu, mais chers parents et grands parents, par votre fidélité, par exemple à la prière, vous avez éveillé le désir et ouvert le coeur de vos enfants, petits ou arrières petits-enfants, qui me l’ont écrit. Parfois c’est l’inverse : je vais bientôt confirmer un papa en même temps que sa fille ; et c’est celle-ci qui l’y a invité.

(Cela me donne l’occasion de m’adresser à tous les adultes ici présents. Si vous n’êtes pas confirmés, sachez que pendant l’Année Sainte, votre paroisse soutenue par le diocèse vous proposeront une confirmation d’adultes lors de la messe de la Vigile de la Pentecôte à la cathédrale de Gap. Sont concernés, en plus des catéchumènes adultes qui se préparent déjà pour la confirmation, 2 types de baptisés 1/ Les fidèles pratiquants et engagés dans la paroisse, mais qui n’auraient pas été encore confirmés pour différentes raisons. 2/ Les fidèles se préparant au mariage pour l‘été prochain, car il est bon d’être confirmé avant de se marier puisque l’Esprit Saint est l’amour qui unit Dieu le Père et Jésus le Fils, alors recevoir une dose d’amour avant de se marier, c’est un gage de mariage durable. Si vous êtes dans l’une de ces 2 situations, n’hésitez pas à en parler à vos prêtres. Par votre confirmation, pour vous, l’Année Sainte sera une année exceptionnelle de grâces divines et de bienfait. Vous expérimenterez que comme dit la Bible, que « les tendresses de Dieu ne s’épuisent pas, mais elles se renouvellent chaque matin » Lm 3, 22-23.) J’ai aussi lu dans vos lettres de demande de la confirmation combien les retraites et les camps proposés par vos paroisses, le diocèse et les mouvements scouts ont été importants. Merci à vos prêtres, vos religieuses, vos catéchistes, vos chefs et cheftaines scouts qui ont compté dans votre chemin de foi. Enfin il me faut aussi vous remercier personnellement, car si vous êtes présents ce jour, c’est que vous avez pris une décision personnelle, basée la plupart du temps sur une rencontre personnelle avec Jésus. Vous avez expérimenté sa présence, en particulier lors d’évènements de grande souffrance, comme la mort d’un être cher, ou d’évènements heureux, comme d’avoir été parrain ou marraine de baptême. Certains me confient qu’il y a véritablement eu un avant et un après cette rencontre forte avec Jésus ; Qu’elle a changé votre vie. L’une d’entre vous dit que Dieu l’a sauvée. Mais chers jeunes tout cela ce n’est pas que pour vous, pour votre bien être. L’Eglise, ce n’est pas le salon du bien être !

Ce cadeau de la Confirmation a en effet une dimension communautaire : vous recevez un esprit pour une mission.

Quel est cet esprit ?  Les apôtres étaient au Cénacle, où ils se réunissaient habituellement à Jérusalem, les portes étaient verrouillées par crainte d’être aussi mis à mort. Jésus ressuscité vint au milieu d’eux. Il leur dit et le répète avec une grande douceur : « La paix soit avec vous ! » Dans la première lecture, dans une époque marquée par la montée en puissance du pays voisin, l’Assyrie, qui finira par écraser le royaume de Juda, Isaïe prophétise la chute soudaine de la l’agresseur païen et la naissance du Messie dans la lignée de David, avec une expression très belle : « un rejeton jaillira de ses racines » Il veut dire que le peuple élu, au moment où naîtra le Messie, sera semblable à un arbre dont il ne subsistera plus que les racines enfoncées dans le sol . Mais bientôt la forêt superbe assyrienne sera abattue, et du tronc tenu pour mort poussera un rejet plein de vie, qui deviendra un arbre et portera des fruits. Isaïe donne ensuite des détails sur ce Messie : sur lui reposera l’esprit du Seigneur, et il détaille 6 aspects de cet Esprit du Seigneur, groupés deux par deux. Les deux premiers, sagesse et discernement, appartiennent au domaine intellectuel : la sagesse est la connaissance de la vraie nature des choses et de la pensée de Dieu  ; le discernement, du vrai et du faux, du bien et du mal, résulte de cette connaissance. Le second groupe appartient à la sphère de l’activité pratique, conseil et force  : le conseil consiste à découvrir en chaque cas particulier, le but qui doit être poursuivi et les moyens pour y arriver ; la force désigne l’énergie, la persévérance et le succès dans l’exécution du plan que l’on poursuit. Le troisième groupe caractérise le Messie sous le rapport religieux, connaissance et crainte du Seigneur  : la connaissance de Dieu qu’il puise dans une relation intime avec lui ; la crainte est l’obéissance respectueuse à sa volonté. Vous le voyez, le don de l’Esprit Saint touche différentes zones de notre être : intelligence, activité et foi.

C’est un esprit pour une mission. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Jésus charge ainsi solennellement ses disciples d’une mission qui doit continuer la sienne dans le monde : sauver le monde. Et de quoi on a besoin d’être sauvé ? Du mal, du péché et de la désespérance. Certains ont reçu la mission sacerdotale de donner le pardon dans le sacrement de la réconciliation, mais tous nous sommes invités à pardonner et à transmettre l’espérance. L’année 2025 sera une Année Sainte, le jubilé de l’Espérance. Certes notre monde ne tourne pas bien, avec un regain de violence et de radicalisation, y compris dans le débat démocratique –, avec une fuite en avant inquiétante sur les questions « sociétales », comme l’euthanasie des anciens, alors que l’urgence est le développement des soins palliatifs, avec les graves inquiétudes engendrées par un contexte international tendu, les souffrances dues aux migrations et aux changements climatiques. Dans ce monde désespéré, Dieu nous envoie proclamer l’espérance. C’est ce que signifiera la réouverture et la première Messe à la cathédrale ND de Paris les 7 et 8 décembre ; c’est ce que viendra dire le pape François à Ajaccio le 15 décembre. Nous allons pouvoir suivre deux beaux moments d’espérance.  Chers jeunes, c’est quand les temps sont plus difficiles que nous avons la belle mission d’être, selon l’invitation du Pape pour le jubilé 2025, des « pèlerins de l’espérance ». Car c’est dans la nuit que brillera la lumière de l’Espérance. Amen.