Mon Seigneur et mon Dieu – Homélie au Temple protestant pour la Semaine de l’Unité des Chrétiens
Vendredi 24 janvier 2025 – Semaine prière Unité Chrétiens – Homélie Mgr Xavier Malle au temple protestant à Gap
Jésus ressuscité dit à l’apôtre Thomas : « Avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi ». Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Ces quelques lignes nous disent le coeur de notre foi et l’enjeu de tous les débats qui ont secoué les premiers siècles de l’Eglise indivise. En effet, alors que la génération des témoins du Christ disparait et que les communautés chrétiennes se développent, comment transmettre le message évangélique, et ce dans une Eglise de martyrs.
Il y a quelques jours, le 15 janvier dernier, avec 12 autres prêtres du diocèse de Gap-Embrun, nous participions à un pèlerinage de la province de Marseille, regroupant 104 prêtres, à Istambul en Turquie, à l’occasion des 1700 ans du concile de Nicée. Vous ne le saviez sans doute pas quand vous avez discerné lors des rencontres de préparation de me proposer de prononcer l’homélie de cette veillée de prière pour l’unité dont le thème est justement la foi de Nicée. En plus de vivre une belle fraternité, entre nous, et avec l’église orthodoxe par une mémorable rencontre avec le patriarche Bartholomée 1er, nous avons en quelque sorte réouvert nos vieux manuels de théologie. Car les quatre premiers conciles qui se sont tenus dans un mouchoir de poche géographique ont formulé les dogmes fondamentaux du christianisme relativement à la Trinité et à l’Incarnation : Nicée en 325, Constantinople en 381, Ephèse en 431 et Chalcédoine en 451. La motivation de ces conciles n’est pas d’abord intellectuelle ; devant de multiples crises, il s‘agit d’assurer l’unité de l’Eglise et ainsi pour l’empereur l’unité de son empire.
Le concile de Nicée réunissant 318 pères conciliaires en l’an 325 a une autorité indiscutée, même s’il a entraîné d’autres divisions, aggravées par les positions changeantes des empereurs, qui ont rendus nécessaire les conciles suivants. Ainsi le concile de Constantinople a complété le symbole de Nicée, en particulier le § sur l’Esprit Saint qui disait simplement « et en l’Esprit Saint », car la question en 325 était surtout christologique, comment combiner Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Car il y a une série de problèmes : comment reconnaître en Jésus crucifié le fils béni de Dieu ? La réponse de Thomas après la Résurrection semblait pourtant claire : « Mon Seigneur et mon Dieu »L’humanité du Christ est-elle une apparence ou une réalité ? L’invitation de Jésus à Thomas, « enfonce ta main dans mon côté » semble aussi claire. Jésus est-il autant Dieu que le Père ? Etc.
Pour nous le credo est tellement évident, qu’on ne se rend pas compte de l’importance de ces conciles pour répondre aux hérésies qu’on appelle par exemple l’adoptionnisme (Le père a adopté son Fils, Jésus n’est pas vraiment Dieu), le docétisme (Jésus n’a que l’apparence de l’humanité), ou le subordinationisme appelé encore l’Arianisme du nom du prêtre Arius (Jésus est subordonné au Père).
La voie du paradoxe
Les premiers conciles ont tenu la voie du paradoxe : Vrai Dieu et vrai homme. Un et Trine. Ce n’est pas celle du compromis. Dans un compromis, chose d’ailleurs honorable en politique et dans la vie et les relations sociales, il n’y a pas de paradoxe. En revanche dans la résolution doctrinale des questions déchirant l’Eglise, on ne cherche pas le compromis mais à maintenir intacte la tension forte du paradoxe. Celui-ci est le témoin le plus profond du mystère divin dans son aspect ineffable. Une tentation permanente est de vouloir réduire le paradoxe, de le résoudre par la pensée et le concept, de sorte que la raison puisse appréhender le mystère et que celui-ci ne soit plus le mystère.
Les hérésies essaient toujours de résoudre le paradoxe. On quitte la crête périlleuse du paradoxe pour l’une de ses pentes. Soit c’est Dieu qui prend apparence humaine, soit c’est un homme qui est habité par Dieu. Les arguties subtiles des variantes hérétiques consistent, toujours d’une manière ou d’une autre, à continuer de réduire le paradoxe même après qu’il ait été réaffirmé. Finalement, ce que nous disent les conciles c’est que dans l’expression du Mystère chrétien, le mot le plus important est le plus petit : « et »
- Mort et ressuscité
- Vrai homme et vrai Dieu
- Un et Trine
- Amour et vérité
Toute la foi consiste à contempler, méditer, louer ce tout petit « et », qui demeure le mot premier de l’unité de l’Eglise et du salut en Jésus Christ.
Comme l’écrit st Pierre dans sa première épitre, Dieu « dans sa grande miséricorde, nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir. » Jésus vrai Dieu et vrai Homme est ressuscité et nous appelle à la même résurrection ; c’est la certitude de notre espérance.
L’Eglise Catholique a gardé la tradition des années jubilaires, que nous visons en 2025. Le pape, dans son texte introductif de cette année, relève qu’ « en vertu de l’espérance dans laquelle nous avons été sauvés nous avons la certitude que l’histoire de l’humanité ne se dirige pas vers une impasse ou un abîme obscur, mais qu’elle s’oriente vers la rencontre avec le Seigneur de gloire. Vivons donc dans l’attente de son retour et dans l’espérance de vivre pour toujours en Lui.» Pape François SNC 19
Un signe d’espérance et un appel : Pâques 2025
Je termine avec un signe d’espérance. Bien que le Concile de Nicée ait décrété comment calculer la date de Pâques, d’ultérieures divergences d’interprétation ont conduit à ce que la fête soit fréquemment célébrée à des dates différentes en Orient et en Occident. Le patriarche Batholoméos 1er et le pape François sont tous deux convaincus que la marche vers l’unité passe par une célébration commune de Pâques chaque année, en l’année anniversaire de 2025, par une heureuse coïncidence, cette grande fête sera célébrée à la même date par les Églises d’Orient et d’Occident. Chers amis, que la prochaine fête de Pâques 2025 soit l’occasion d’une grande prière pour l’unité des Chrétiens, en faisant nôtre l’émouvante invocation des premiers chrétiens par laquelle se termine l’Écriture Sainte : « Viens, Seigneur Jésus ! »


