Dont le Seigneur est la confiance – Visite pastorale La Saulce 16 fév. 2025
Dimanche 16 janvier 2025 – TO6- Homélie à l’occasion de la Visite Pastorale de la paroisse St Jean-Baptiste à La Saulce
L’évangile de ce jour nous fait entendre une partie du discours de Jésus sur la montagne, les Béatitudes. Ces paroles qui sont un des sommets de la Bible, peuvent être comprises à divers niveaux.
Ainsi on peut y déceler le portrait de Jésus lui-même, en particulier celle-ci : « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable. »
On peut aussi y lire des invitations paradoxales, mais tellement difficiles que seuls les saints seraient capables de s’y conformer. « Heureux les pauvres » c’est difficile à comprendre.
Mais notez que Jésus ne s’adresse pas qu’à ses 12 apôtres, qui d’ailleurs sont loins d’être saints à cette période de leur vie. Certes l’évangéliste précise : « Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara ». Mais il dit juste avant : « Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. » C’est donc à l’humanité entière, présente devant lui et à l’humanité entière future que Jésus s’adresse.
Alors comment comprendre ces maximes si paradoxales ?
Une des lecture est que Jésus nous invite à ne pas nous fier aux apparences, à ne pas en rester au niveau des constatations superficielles, mais à approfondir les situations. Je détaille en deux aspects.
Premier aspect, Il nous montre que les situations qui nous semblent les plus difficiles et défavorables peuvent ne pas l’être et que celles qui nous semble bonnes peuvent parfois s’avérer risquées. Le monde ne dit pas « heureux vous les pauvres », il dit « heureux vous les riches, vous les comblés, vous les repus ». Mais en réalité nous le constatons ces situations représentent de graves dangers car elles ne favorisent pas la croissance spirituelle. Nombre de personnes très riches et de vedettes du showbiz que nous pourrions envier sont en fait des malheureux. Beaucoup ne supportent leur vie qu’en se rendant esclaves de graves addictions. Oui, « quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant », car vous n’attendez rien des autres, car vous n’attendez rien de Dieu. La vraie croissance spirituelle et favorisée par la pauvreté du coeur. Non pas la pauvreté effective, la pauvreté matérielle, qui est toujours à combattre, mais l’attitude qui consiste à savoir se détacher des biens et des richesses. Ce qui comble notre cœur, ce n’est pas la taille de notre voiture, c’est l’union avec Dieu, avec Jésus. Nous le savons, nous pouvons toujours être victimes de notre société matérialiste et demander au seigneur de nous libérer.
Le deuxième aspect est que lorsque nous rencontrons des difficultés et épreuves, plutôt que de nous décourager, nous devons être remplis d’espérance, penser que le seigneur nous prépare des grâces. Le poète, Christian Bobin dit que l’adjectif de Dieu c’est l’inattendu. Vous savez que le pape François nous a proposé comme thème pour cette année jubilaire, 2025 « pèlerin d’espérance ». L’espérance est non seulement l’espérance ultime du ciel de la vision béatifique, voir Dieu, mais aussi une espérance pour ici-bas, car le ciel commence ici-bas. C’est ce qu’exprime la prière intitulée l’acte d’espérance : « Mon Dieu, j’espère avec une ferme confiance, que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j’observe vos commandements, le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous êtes fidèle dans vos promesses. » L’espérance est une vertu surnaturelle, ce qui veut dire donnée par Dieu, par laquelle les croyants attendent de Dieu, avec confiance, sa grâce en ce monde (pour aujourd’hui) et la gloire éternelle dans l’autre (pour demain). La racine de l’Espérance, c’est l’amour du cœur de Jésus auquel rien ne pourra jamais nous arracher – je vous invite à lire la lettre encyclique du pape François sur le coeur de Jésus, intitulée ‘Dilexit nos’, ‘il nous a tant aimé’. Le présent de l’Espérance, c’est l’inattendu de Dieu qui peut survenir, dans la vie du monde, comme dans nos vies, où le pire n’est jamais sûr ! Et le terme de l’Espérance, c’est la vie éternelle, être avec Dieu pour l’éternité ; les difficultés traversées ne sont pas le dernier mot de Dieu ; nous espérons avoir part à la Gloire de Dieu !
Les béatitudes ne sont donc pas des paroles de malédiction ou de bénédiction, comme si Jésus jetait un sort. Mais elles sont une constatation : malheureux êtes-vous, heureux êtes vous.
On trouve cette même constatation dans la première lecture chez le prophète Isaïe
« Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair. Tandis que son cœur se détourne du seigneur, il ne verra pas venir le bonheur » et à l’inverse « béni soit l’homme qui met sa foi dans le seigneur, dont le Seigneur est la confiance, il ne manque pas de porter du fruit ». J’aime beaucoup cette expression : « béni soit l’homme qui met sa foi dans le seigneur, dont le seigneur est la confiance ». Hier 15 février, nous fêtions Saint Claude de la Colombière. Le Pape François, en parle dans sa lettre sur le cœur de Jésus parce que c’était le confesseur de Sainte Marguerite-Marie à Paray Monial, la sainte qui a reçu les révélations sur le cœur de Jésus.
St Claude de la Colombière a une prière merveilleuse sur la confiance,
qui montre que cette confiance est à la fois un don de Dieu et une décision d’accepter ce don. La voici pour terminer cette homélie, car elle reflète les Béatitudes :
« Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes. (Et il cite le psaume 4 :) « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance ». Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de te servir, je puis même perdre ta grâce par le péché; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors ». Certains peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leurs pénitences, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières. Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de toi, ô mon Dieu, que je l’espère. Amen. »


