La nuit de la vie – Vigile pascale – Cathédrale de Gap 2025

Vigile Pascale Samedi 19 avril 2025 – Cathédrale de Gap – 6 baptêmes d’adultes par immersion.

« La nuit de la vie »

‘Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité’.

L’origine de cette salutation pascale, traditionnelle dans les Eglises orientales, se trouve dans l’évangile selon saint Luc au chapitre 24, verset 34, quand les disciples d’Emmaüs retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

Oui, c’est cela que nous fêtons ce soir : le Seigneur est réellement ressuscité, et cela change tout. C’est la nuit de la vie. La mort de Jésus n’a pas été vaine ; il a le pouvoir de vaincre la mort. Il est vivant et nous donne la vie. Dès la création, à présent et pour l’éternité. Cette nuit de la vie est certes un évènement daté à Jérusalem, mais aussi un évènement actuel, et un évènement éternel. Développons cette triple temporalité. 

La Résurrection est un évènement daté, à Jérusalem vers l’an 33.

Elle avait été annoncée durant des millénaires, car les Ecritures avaient prédit cette sainte nuit de la vie. Nous avons longuement écouté la Parole de Dieu pendant la vigile. Nous avons d’abord entendu dans le livre de la Genèse comment Dieu a créé le monde en parlant « Dieu dit, ce fut ». La création est une parole de Dieu, une parole d’espérance. Le philosophe Martin Steffens écrit : « L’espérance était en Dieu quand il créait le monde ; Il disait OUI, il disait FIAT avant de savoir à quoi.  De son OUI plein et entier, de l’exultation de son FIAT jaillissait la lumière et les cieux, la terre et les mers, les oiseaux et les bestioles. De ce OUI jaillissait l’homme et la femme. Et leur difficile liberté. (…) Comme des parents se promettent d’aimer toujours leur enfant non parce qu’il est parfait mais parce que c’est leur enfant. Comme des parents s’engagent à aimer d’autant plus leur enfant qu’il ne sera pas toujours parfait, Dieu pressentait peut-être la possibilité du péché mais n’en fait pas une raison pour ne pas tenter l’aventure. Par-là, Dieu semblait nous faire cette promesse : le mal existe bel et bien, c’est vrai, mais le monde créé signe de mon amour est bien plus grand que lui – je ne vous y ai pas abandonné.» (Martin STEFFENS, Et maintenant ? 7 vertus pour traverser la crise, Éditions de l’Emmanuel, février 2021.)

Dieu a ensuite parlé, c’est notre seconde lecture, à Abraham en lui demandant le sacrifice de son fils unique Isaac, préfiguration de Jésus, l’agneau pour l’holocauste, mais l’épargnant – préfiguration de la Résurrection – et lui promettant une descendance aussi nombreuse que les étoiles du Ciel et le sable au bord de la mer, préfiguration de l’Eglise. Puis dans notre troisième lecture, dans le livre de l’Exode, Dieu a parlé à Moïse, passant avec tout le peuple à travers la mer rouge, comme Jésus nous purifie à travers la mer rouge de son sang versé sur la croix. Dieu parle enfin à de nombreuses reprises par les prophètes, comme à Isaïe dans la 4ème lecture : « Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi. » Dans la 5ème lecture, le Christ – verbe de Dieu dira st Jean,  est comme « la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, (…) ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat », notre résurrection. Je pourrai continuer avec la 6ème et la 7ème lecture. Dieu ne cesse de nous parler. Sa parole définitive est Jésus ressuscité. L’épitre aux hébreux l’a décrit en des termes magnifiques : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux. » Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité et ce sera toujours le cas !

Car cette nuit de la vie est un évènement actuel, au présent.

Une image tirée de l’hypothèse de la formation de l’univers peut nous aider : un atome primitif d’une densité inimaginable, qui explose, donnant naissance aux étoiles, aux galaxies, qui continuent leur course dans une expansion prodigieuse, mais toujours contenues et guidées par cette explosion initiale dépendant d’elle et par elles liées les unes aux autres. La résurrection est comme cette explosion initiale. (Entre parenthèse, c’est une des hypothèses pour expliquer l’image du Saint Suaire de Turin : la lumière vive de la Résurrection aurait provoqué ce négatif photographique – fin de la parenthèse). Le résultat est que Jésus ressuscité est ainsi réellement l’âme vivifiante de toute l’humanité. (Image de Jacques Loew, Ce Jésus, qu’on appelle Christ – Retraite, au Vatican 1970 – page XI). 

C’est cette puissance de vie, cette puissance de la Résurrection qui va toucher nos frères et soeurs qui vont être baptisés cette nuit. Symboliquement, ils vont être plongés dans l’eau, pour renaître à la vie. Une seconde naissance.  Comme le dit St Paul, dans l’épitre, la lecture lue juste avant l’évangile, « nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. ». Quand on est sous l’eau, on est comme mort, mort au péché, mis au tombeau avec Jésus, pour sortir de l’eau et aspirer l’oxygène, la vie, pour continue st Paul, « que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père,
est ressuscité d’entre les morts. »

Cette nuit de la vie, cette nuit de votre baptême va vous durer toute votre vie ! Le Christ ressuscité nous dit : « je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». C’est ainsi que se termine l’Évangile de Matthieu.

Oui, il est avec nous. Mais nous, sommes-nous présent à lui ? Sommes-nous présent à sa présence ? C’est toute la dramatique de la liberté humaine. Je peux refuser la vie de Dieu. Je peux refuser d’en vivre et retourner à l’homme ancien. Je peux oublier Dieu. Je peux vivre comme s’il n’existait pas. Je peux ne pas répondre à sa parole et ne pas vouloir le rencontrer dans la prière personnelle et communautaire en Eglise. Je peux retomber dans le péché. D’ailleurs je le fais trop souvent, mais alors je replonge dans l’eau du baptême par la confession, pour être renouvelé dans la grâce baptismale par cet autre grand sacrement de la vie qu’est le sacrement du pardon.

Je peux aussi perdre l’espérance, par l’épreuve de santé, de travail, de famille. Mais alors je sais que peux compter sur les frères et soeurs de la cté chrétienne, pour faire comme les amis du paralytique en l’évangile selon st Marc chapitre 2 : pour qu’ils puissent voir Jésus, ses amis n’hésitent pas à défaire un toit. Ce n’est pas lui seul qui par ses propres forces a pu aller vers Jésus. Ce n’est que grâce aux autres. Chers baptisés, c’est le lien avec les autres chrétiens qui vous permettra de traverser les moments difficiles. C’est l’aide et la prière des frères et des soeurs en Christ.

Car c’est dans une grande famille que vous faites votre entrée en cette nuit de la vie. Vous aurez des frères et des soeurs sur tous les continents, qui parlent toutes les langues du monde; « Dans l’Eglise, disait St Jean-Paul II, nul n’est étranger et l’Eglise n’est étrangère à aucun homme ni à aucun lieu » (Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale des Migrants 1995). 

« Un frère appuyé sur un autre frère est une citadelle imprenable » dit le livre des Proverbes (18,19) « Et moi, dit Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » La prière des frères et soeurs et l’engagement du Christ ressuscité. Alors on comprends la certitude de St Paul dans l’épitre aux Romains (8,38-39) « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

Alors on comprend la parole du prêtre après la prière du Notre-Père : « soutenu par ta miséricorde, nous serons libérés de tout péché, à l’abri de toute épreuve, car appuyés les uns sur les autres. nous qui attendons que se réalise à bienheureuse, espérance : l’avènement de Jésus Jésus-Christ, notre Sauveur ». J’en arrive à la dimension d’éternité de cette nuit de la vie.

Cette nuit de la vie est enfin un évènement pour l’éternité

La résurrection du Christ nous donne l’espoir du salut et de notre propre résurrection et de la vie éternelle. Car, « si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne » dit encore st Paul aux Romains. Saint Augustin écrivait à ce propos : « Quand je te serai uni de tout moi-même, plus de douleur alors, plus de travail ; ma vie sera toute vivante, étant toute pleine de toi ».

Chers amis, je vous souhaite une vie chrétienne toute vivante, non seulement au Ciel, mais aussi sur terre, une vie toute accueil, rencontre et dialogue avec Jésus ressuscité. L’espérance ne déçoit pas !

‘Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité’.

Pour terminer, ne boudons pas notre bonheur que cette salutation pascale résonne d’une seule voix dans toute la chrétienté ce soir du 19 avril 2025. En effet, en 2025 Chrétiens d’orient et d’occident célèbrent Pâques le même jour ! Vous savez que c’est très rare car l’histoire a fait que les Églises Orthodoxes suivent le calendrier julien pour déterminer la date de Pâques, tandis que les Églises Catholiques utilisent le calendrier grégorien. Dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025, le pape François a réaffirmé la volonté de l’Eglise Catholique de trouver une date commune, le liant à l’anniversaire du Concile de Nicée en 325 : « Le Concile de Nicée a également discuté de la date de Pâques. À ce sujet, il y a encore aujourd’hui des positions divergentes qui empêchent de célébrer le même jour l’événement fondateur de la foi. Par un concours de circonstances providentiel, cela aura précisément lieu en 2025. Cela doit être un appel à tous les chrétiens d’Orient et d’Occident pour qu’ils fassent un pas décisif vers l’unité autour d’une date commune de Pâques. » Plus récemment, le pape François repris cet appel, en utilisant le ton plus léger et plein d’humour qu’on lui connaît parfois : « Quand ressuscite ton Christ ? Le mien, c’est la semaine prochaine ! » Son humour nous permet de comprendre l’enjeu de l’unité des chrétiens pour l’évangélisation du monde, et de dire ensemble, par toute la terre, ce soir : ‘Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité’ Amen !

Pâques, ou l’Espérance à notre porte