Un frère appuyé sur un autre frère. Homélie installation abbés JP Mollon et T Varis, prêtres in solidum

Dimanche 21 septembre 2025

10h30 MONETIER-LES-BAINS – TO25

Messe d’installation des Pères Jean-Pierre MOLLON et Thibaud VARIS

Chers amis, si j’avais eu à choisir la parole de Dieu pour installer des prêtres en mission curiale, je n’aurai sans doute pas choisi ces textes ! Mais j’ai appris à obéir non seulement au Pape, comme évêque, mais aussi à la Parole de Dieu que l’Eglise nous propose chaque dimanche. Il ne s’agit donc pas de sélectionner la parole qui me plaît, et d’oublier ce qui gratte un peu. Ou alors il me faudrait déchirer une bonne partie des pages de la bible, puisqu’elle nous pousse vers le haut, vers le Ciel, alors que je suis en chemin, encore bien attiré vers le sol, vers la terre et ses plaisirs, tout honnêtes qu’ils soient. Mais finalement la mission d’un curé, n’est-ce pas cela tirer ses paroissiens vers le Ciel, et d’essayer de passer en tête ?  Quoique s’il est dépassé par ses paroissiens dans cette course à la sainteté, c’est qu’il aura réussi sa mission.

Après avoir répondu à la question « cela veut dire quoi in solidum », je reviendrai sur les textes de ce dimanche.

Car je voudrais commencer sans détour par aborder la question que beaucoup se posent : Pourquoi une nomination de deux prêtres ‘in solidum’ ?

Ce n’est pas qu’il fallait deux prêtres pour remplacer l’irremplaçable père Damien de Beaumont ! J’en profite pour vous remercier cher père Damien pour ces années curiales ici, et d’avoir accepté de passer le col de l’Echauda. Je vous ai installé dimanche dernier comme curé de la paroisse des Ecrins. L’appel de la neige en ski de rando pourra vous permettre de repasser le col dans l’autre sens !

Il s’agit tout simplement de nommer un jeune prêtre accompagné d’un aîné. Je rappelle les nominations : le père Jean-Pierre MOLLON est nommé curé ‘in solidum’ et modérateur des paroisses st Roch en Guisane et Notre-Dame de Haute Romanche, conjointement avec le père Thibaud VARIS, pour une durée de 3 années, jusqu’au 31 août 2028. Il est chargé plus particulièrement de la paroisse Notre-Dame de Haute Romanche, habitant au presbytère de La Grave. Le Père Thibaud VARIS est nommé curé ‘in solidum’ des paroisses st Roch en Guisane et Notre-Dame de Haute Romanche, conjointement avec le père Jean-Pierre Mollon, pour une durée de 3 années, jusqu’au 31 août 2028. Il est chargé plus particulièrement de la paroisse st Roch en Guisane, habitant au presbytère de Mônétier-les-Bains ; le père Jean-Pierre Mollon étant nommé modérateur.

Creusons un peu cette expression ‘in solidum’. Cela signifie – comme on peut l’imaginer – : « dans le solide » et vient du verbe « solido », rendre solide. En droit canonique, cela signifie que la charge pastorale d’une ou de plusieurs paroisses peut être confiée à plusieurs prêtres. Alors tout s’éclaire chers amis ! On est nommé ensemble et c’est du solide ! « Un frère appuyé sur un autre frère est une citadelle imprenable » dit le livre des Proverbes (18,19).

Pourquoi j’ai souhaité cette nomination ‘in solidum’ ?

Cher père Thibaud, je vous ai dit en vous accueillant comme séminariste pour le diocèse, qu’à l’avenir, je ne souhaitais pas – autant que possible – nommer un prêtre tout seul dans une vallée, et encore moins un jeune prêtre.

Chers paroissiens, je dois vous partager la grande souffrance de beaucoup de mes frères évêques, car il y a encore chaque année des jeunes prêtres qui quittent le sacerdoce. Nous avons une responsabilité commune, paroissiens, évêques et prêtres : nous devons soutenir et accompagner nos jeunes prêtres et veiller les uns sur les autres. L’évêque c’est l’épiscope, celui qui veille sur ses frères prêtres. Ceci n’est donc aucunement un manque de confiance de ma part, mais l’exercice de la vertu chrétienne de prudence. Père Thibaud, vous aurez la chance d’avoir non loin de vous, un prêtre de grande expérience, même si un col de haute montagne, parfois fermé, vous sépare. Merci père Jean-Pierre d’avoir accepté cette mission que je décrivais comme celle d’un grand frère.

J’en viens maintenant à la parole de Dieu de ce dimanche.

Elle m’a fait penser aux tentations du Christ – tout fils de Dieu qu’il était -, tentations qui nous concernent tous. Rappelez-vous :

a) Jésus est conduit au désert par le diable, pour y être mis à l’épreuve. J’espère ne pas être celui qui vous conduit au désert dans cette paroisse qui compte peu de paroissiens hors vacances et hors WE ! Le danger, vous le savez, est de passer de la solitude – qui est bonne pour la prière -, à l’isolement, car alors le tentateur accoure vite.

Cette semaine, nous avons fêté St Corneille et St Cyprien. Cyprien écrit au pape Corneille : « Faisons mémoire, l’un de l’autre, n’ayant qu’un cœur, qu’une seule âme ; chacun de notre côté, prions l’un pour l’autre ; allégeons nos épreuves et nos angoisses par notre amour mutuel. » Voici un bel exemple pour vous, cher Jean-Pierre et cher père Thibaud.

b) Jésus ensuite a faim : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain ». Et Jésus répond : « L’être humain ne vivra pas de pain seulement ». Quand on a faim, on devient vite insatiable. C’est le danger de l’avoir, de l’argent, de la société de consommation.

La Parole de Dieu de ce dimanche se concentre sur cet aspect : quel usage le chrétien doit faire de son argent ? Est-il un argent gagné honnêtement ou non ? Si la parabole du gérant malhonnête est paradoxale, comme le veut le style parabolique, elle se termine clairement : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. » Le prophète Amos dans notre première lecture était aussi direct : « Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays … Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »

Dans notre réponse à l’appel au sacerdoce, il y a un choix à poser, de vivre sobrement,  à l’image de Jésus. Une fois, on m’a reproché : « Mgr il faut tenir votre rang ! » Mais la vérité est que le rang de l’évêque et de tout prêtre, c’est le rang de Jésus, le dernier. Comme l’écrivait l’abbé Huvelin à saint Charles de Foucauld : « Jésus a tellement pris la dernière place que nul ne saurait la lui ravir ». Le saint Patron des curés, c’est le Curé d’Ars,  c’est pas Elon Musk !

c) Jésus est ensuite emmené par le diable toujours plus haut, sur une montagne : « Je te donnerai toute cette puissance. » C’est la tentation du pouvoir, qu’on appelle dans notre langage le cléricalisme. Chers paroissiens, cette tentation peut aussi habiter le coeur d’un paroissien ; on l’appelle alors le laïcalisme. Je prends l’exemple de certaines réactions quand le curé propose après discernement avec son conseil pastorale paroissial de changer des horaires de messe ou des activités : « Ce n’est pas possible ; on a toujours fait comme cela » !

Jésus a refusé de prendre le pouvoir, parce qu’il était venu pour servir l’humanité. Et il n’a pas failli à sa mission.

Le chemin synodal de notre Eglise doit être poursuivi avec entrain dans vos paroisses, en vous appuyant sur des conseils pastoraux paroissiaux, pour lequel nous sommes en train de finaliser des statuts diocésains.

Être prêtre en mission curiale, ce n’est pas facile, mais je peux vous témoigner d’expérience que c’est la plus belle des missions sacerdotales. J’y ai goûté personnellement comme curé de nombreuses joies pastorales. Ce n’est pas facile, car quand mr le curé est dans son presbytère, on dit qu’il n’est jamais sur le terrain, et quand il est sur le terrain, on dit qu’il n’est jamais joignable au presbytère. Le père Damien avec ses missions diocésaines hors paroisse ou pour le diocèse aux armées a connu cela. Père Thibaud, vous connaîtrez aussi ce déchirement pastoral avec votre mission secondaire d’aumônier départemental des pompiers. Alors chers paroissiens, entendez l’invitation de saint Paul dans sa lettre à Thimothée : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité ». Pour les chefs d’Etat, c’est d’actualité, ô combien actuellement, en France, mais aussi pour la Russie et l’Ukraine, pour Israël et Gaza. Que l’Esprit Saint souffle pour apporter la paix. Mais à chaque messe nous prions non seulement pour le pape, pour l’évêque, mais aussi pour les prêtres et les diacres !

Chers paroissiens, priez pour vos prêtres.  Et priez pour avoir toujours des prêtres. Pour cela priez pour des vocations dans vos familles. Il n’y a pas de plus beau cadeau pour une famille que d’accueillir une vocation d’un fils prêtre ou d’une fille religieuse. 

Paul poursuit en donnant l’objectif, la mission : « Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus. » Voilà le coeur de votre mission de prêtres ‘in solidum’, annoncer Jésus, en particulier à tous ceux qui ne l’ont pas encore rencontrés.

En 2022, j’ai écris une lettre pastorale, Mission Altitude, pour inviter les chrétiens des Hautes-Alpes à redevenir des missionnaires dans leurs propres vallées, eux qui ont envoyé des missionnaires dans le monde entier. 

La phrase qui nous porte depuis est la suivante : 

Les yeux levés vers la splendeur de tes sommets,

depuis tes diverses vallées,

Église dans les Hautes-Alpes,

ouvre de nouvelles voies, 

accueille et accompagne,

avec la tendresse de Marie : 

annonce Jésus Christ !

Chers amis, prêtres et paroissiens, installer un prêtre en mission curiale, c’est l’envoyer en mission avec tous ses paroissiens. 

La vie paroissiale est une véritable vie communautaire. Soignez-là, que tous puissent dire « Voyez comme ils s’aiment ».

Et ouvrez de nouvelle voies. Soyez imaginatifs pour rejoindre chacun des habitants. 

Amen !