La foi ressemble aux essuie-glaces – homélie journée jubilaire La Saulce

Samedi 11 octobre 2025

Journée jubilaire organisée par le Doyenné de Gap-Avance-Champsaur à l’église de La Saulce – textes de la messe pour le Jubilé

Le matin, trois artisans d’art ont partagé leur démarche de transformer la matière brute en œuvre d’art, reflet de l’image de Dieu. Invitation à méditer sur notre propre transformation intérieure, appelée à devenir ressemblance du Christ

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« Proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, mettre un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. »  Notre pays aurait bien besoin que cette prophétie d’Isaïe se réalise. Tant de pays en ont bien besoin. La planète terre en a bien besoin, – nous avons célébré samedi dernier à l’abbaye de Boscodon le jubilé de la nature -. Comme chrétiens, nous sommes affectés par la vie du monde dans lequel nous sommes en mission, avec ses guerres et ses injustices. Parfois même nous pouvons être abattus car nous nous sentons impuissants. Mais n’oublions pas, comme dit Jésus en reprenant la prophétie d’Isaïe : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Le pape François d’heureuse mémoire, avait eu l’intuition spirituelle de nous envoyer en mission pour cette année jubilaire avec le titre de ‘pèlerins d’espérance’. Mais pour propager l’espérance chrétienne, il nous faut être ancré dans cette espérance. 

Et pour cela recevoir les grâces jubilaires de ce jubilé 2025.

C’est la 1ère partie de mon homélie. Vous le savez, notre diocèse propose de recevoir ces grâces dans deux lieux jubilaires permanents, la cathédrale de Gap et le sanctuaire du Laus, jusque la fin de l’année, mais aussi vous a proposé des journées jubilaires, dans les hauts-lieux spirituels que sont l’abbaye de Rosans, l’abbaye de Boscodon, Mère Eglise dans le Dévoluy et la Laure d’ermites de Montmorin., ainsi que dans chacun des doyennés. Et votre doyenné de Gap-Avance-Champsaur clôture la série. Notre diocèse va encore connaître deux beaux pèlerinages à Rome, l’un animé par les chapelains du Laus et l’autre à l’occasion du jubilé des pauvres à Rome, avec 3 associations qui emmènent 30 personnes accompagnées et 20 accompagnateurs, le Secours Catholique, les équipes St Vincent de Paul et l’Oasis de Gap. Enfin samedi 13 décembre, ce sera un rassemblement diocésain au Laus pour clôturer le jubilé.

Je vous invite à demander aujourd’hui encore la grâce jubilaire de l’indulgence jubilaire. Que quoi s’agit-il ? Pensez à une cicatrice ; de temps en temps elle gratouille. Notre péché, même pardonné dans la confession, laisse une cicatrice, la « peine temporelle ». Autre image : prenez une belle planche, bien poncée, vous y plantez un clou. Puis vous enlevez le clou et bien il restera un trou. Ce sont les dégâts que le péché a fait en nous et dans le monde (difficulté à aimer, vices et mauvaises habitudes, scandales et structures de péché, etc.). C’est cette cicatrice, ces conséquences qui sont corrigées par nos actes de pénitence et de conversion en ce monde, par l’indulgence jubilaire, ou par un temps de purification au Purgatoire après notre mort. Le pape François en ouvrant le jubilé 2025 a parlé de l’indulgence ; je le cite : « La Réconciliation sacramentelle (est) une étape décisive, essentielle et indispensable sur le chemin de foi de chaque personne. C’est là que nous permettons au Seigneur de détruire nos péchés, de guérir nos cœurs, de nous élever et de nous étreindre, de nous faire connaître son visage tendre et compatissant. En effet, il n’y a pas de meilleure façon de connaître Dieu que de se laisser réconcilier par Lui, en savourant son pardon. (…) Cependant, comme nous le savons par expérience personnelle, le péché “laisse des traces”, il entraîne des conséquences : non seulement externes dans la mesure où il s’agit des conséquences du mal commis, mais aussi internes, dans la mesure où « tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification soit ici-bas, soit après la mort dans l’état qu’on appelle purgatoire . Il reste donc, dans notre humanité faible et attirée par le mal, des “effets résiduels du péché”. Ceux-ci sont éliminés par l’indulgence, toujours par la grâce du Christ, qui est, comme l’a écrit saint Paul VI, notre “indulgence” ». Concrètement pour demander cette grâce jubilaire, il faut nous confesser, aujourd’hui ou dans les jours à venir, et nous mettre dans la prière de l’Eglise, par la récitation du Credo et la prière aux intentions du Pape, ce que nous allons faire ensemble au cours de cette messe. 

C’est un cadeau que Dieu veut vous faire, et qui vous dépasse.

C’est ma seconde partie d’homélie. En effet, cette expérience du sacrement du pardon couplée à l’indulgence, est importante pour nous personnellement, pour les défunts pour qui nous pouvons demander l’indulgence jubilaire, mais aussi pour le monde.

Le pape François soulignait la portée du pardon : « Une telle expérience de pardon ne peut qu’ouvrir le cœur et l’esprit à pardonner. Pardonner ne change pas le passé et ne peut modifier ce qui s’est déjà passé. Mais le pardon permet de changer l’avenir et de vivre différemment, sans rancune, sans ressentiment et sans vengeance. L’avenir éclairé par le pardon permet de lire le passé avec des yeux différents, plus sereins, même s’ils sont encore embués de larmes. » Fin de citation.

Des yeux différents ; aujourd’hui se veut une journée jubilaire, pour transformer notre vie, transformer notre regard. Et ce matin trois artistes nous ont partagé leur talent de la transformation de la matière brute en oeuvre d’art, reflet de l’image de Dieu. 

Le cardinal Bustillo a écrit un très beau livre intitulé ‘Réparation’, où il s’interroge sur la société actuelle devenue si clivante et si méchante. Il cite un de ses frères franciscains nommé Charles, homme sage entre tous, qui avait pour habitude de dire aux plus jeunes : « La foi ressemble aux essuie-glaces d’une voiture. Ils ne font pas cesser la pluie, mais ils permettent de mieux voir et de mieux avancer. » Regarder le journal télévisé avec les yeux de la foi, trainer sur les réseaux sociaux avec les yeux de la foi, écouter la radio avec les yeux de la foi ! Ce serait tellement plus profitable pour moi et pour les autres ! Le cardinal Bustillo continue : « La foi, lorsqu’elle est vivante, s’incarne dans l’amour que l’on met au cœur des relations. Croire, c’est agir avec cohérence. Si l’on assiste chaque jour à la messe, tout en traitant, les autres avec dureté ou mépris, c’est que la foi n’a pas touché le cœur. Elle reste en surface, un vêtement sans chair, des paroles sans transformation. Celui qui croit véritablement devient aimant, aimable. Il aime parce que telle est la force de sa foi : l’amour, toujours, comme boussole du bien. La foi donne la force d’aimer et de construire. » 

Chers amis, regarder avec les yeux de Dieu, cela nous remplit d’espérance, nous permet de voir qu’« aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Car alors on ne voit pas seulement les mauvaises choses, mais on voit les progrès, on voit les espoirs, et surtout on voit l’action de Dieu dans nos vies. Le pape François, dans son message pour le 1er janvier 2025, journée mondiale de prière pour la paix nous invitait à nous arrêter un instant pour penser à la grande grâce qui nous est faite : « L’espérance naît de l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui n’a jamais de limite. (…) Il suffirait de s’arrêter un instant au début de cette année et de penser à la grâce par laquelle Il pardonne toujours nos péchés, et remets toutes nos dettes pour que nos cœurs soient inondés d’espérance et de paix. »  L’espérance naît d’abord de la contemplation de l’amour de Dieu, de sa miséricorde pour moi. Aimé infiniment je peux à mon tour aimer. Et c’est cela qui change le monde. Amen.