Le loup habitera avec l’agneau ! Homélie pour l’éveil de l’orgue de Briançon le 7 décembre 2025

Dimanche 7 décembre 2025 – Eveil de l’Orgue à Briançon

Commentaire de la Parole de Dieu à l’occasion de la bénédiction de l’orgue.

Le Pape a reçu il y a deux jours, les musiciens d’un concert au Vatican pour les pauvres. Il leur a dit : « Chantez et jouez avec art et, surtout, avec le cœur. (…) La musique peut vraiment représenter une forme d’amour qui conduit à Dieu », puisque la beauté, a-t-il insisté, est « un don de Dieu à tous les êtres humains, unis par la même dignité et appelés à la fraternité ». Il a rappelé que dans la liturgie, et nous avons béni un orgue, instrument liturgique par excellence, le chant et la musique ne sont jamais une « bande sonore », ou un simple fond musical. Ils sont destinés à « élever l’âme pour la conduire aussi près que possible du mystère qui est célébré ».

Homélie de la messe qui a suivie la bénédiction – Avent 2

L’évangéliste Saint Matthieu raconte ce que Jean-Baptiste proclame dans le désert : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »  Il constate que beaucoup se font baptiser par lui dans le Jourdain, et donc se convertissent, car le Royaume des Cieux est proche, c’est-à-dire car le Messie vient bientôt. Chers amis, si vous êtes baptisés, que vient faire cette demande de conversion et de baptême pour nous ce matin à la messe qui a suivi la bénédiction et l’éveil de l’orgue restauré de cette magnifique collégiale ? Célébrant la messe anticipée du second dimanche de l’Avent, l’Eglise nous invite pourtant par la Parole de Dieu à nous convertir. 

Et la conversion, c’est radical selon le prophète Isaie dans notre première lecture : Le loup habitera avec l’agneau ; pourtant cela nous semble impossible dans nos alpages ! Le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble. La vache et l’ourse auront même pâture. etc. Le loup est donc devenu le meilleur ami de l’agneau, le léopard joue avec le chevreau, la vache fait la causette avec l’ourse, le veau et le lionceau se partagent le bon lait de la lionne et de la vache, etc.

Mais quelle est cette conversion des animaux ?

Ils se sont convertis d’une posture où le plus gros et le plus fort mange le plus petit. Ils se sont convertis de leur désir de faire de l’autre sa nourriture préférée. Peut-être que cette posture n’est pas que chez les animaux… Quand vous regardez la télé ou les réseaux sociaux, ils sont pleins de nouvelles terribles de guerres, de destructions et de famines. Ukraine, Gaza, Congo, Mali, etc. Mais parfois aussi entre personnes d’une même famille, d’un même village, entre députés, c’est la guerre, les insultes. 

N’y a t’il pas finalement qu’une conversion fondamentale : soit je prends le chemin de moi-même, ce qu’on appelle l’auto-référentialité, soit je prends le chemin de l’autre. Soit je ne pense qu’à moi-même, tout tourne autour de moi, soit je choisi de servir l’autre. Le chemin de soi mène au désespoir, le chemin de l’autre mène à la joie, même s’il est toujours plus difficile. A l’Annonciation, Marie a répondu à l’ange Gabriel : je suis la servante du Seigneur. 

Lors de l’assemblée d’Automne des évêques de France à Lourdes, nous avons accueilli Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du patriarche catholique de Jérusalem.

Il me semble que son témoignage sur la situation en Terre Sainte peut illustrer cette conversion fondamentale : « La soif de paix est authentique, dit-il, dans le cœur des Israéliens comme des Palestiniens ordinaires. C’est le désir d’un parent de Sdérot d’élever ses enfants sans craindre les roquettes ; l’espoir d’une famille de Gaza de vivre dans la dignité, libérée du blocus et des bombardements ; l’aspiration d’un jeune de Cisjordanie à un avenir sans checkpoints ; le souhait d’un Israélien d’une sécurité si profonde qu’elle n’aurait plus besoin d’être prouvée par la force. Mais la voie de la militarisation et des représailles n’a fait qu’aggraver les blessures, semant les fruits de la haine que les générations successives récoltent. Il faut le dire sans équivoque : la voie de la force n’a pas apporté la sécurité. Elle n’a fait que garantir le prochain cycle de violence. » Puis il va aussi à la source du conflit : « Comprendre ce conflit, c’est reconnaître qu’il s’agit d’une lutte entre deux récits puissants et mutuellement exclusifs. » Je résume : Pour les juifs, la mémoire d’avoir survécu à l’anéantissement de la Shoah fait de la sécurité une priorité absolue. Pour les Palestiniens, le traumatisme de la Nakba, terme désignant les expulsions de 1948, et depuis la colonisation grandissante et meurtrière rendent leur existence même compromise. Quand des deux côtés la survie est considérée comme l’enjeu, le dialogue est impossible. Comment briser cette impasse ? Comment à deux trouver une existence juste et sûre ? La contribution chrétienne c’est le pardon. Renoncer au droit à la vengeance. Briser le cycle des représailles. Il ajoutait que l’histoire nous donne la preuve que la paix est possible : la réconciliation franco-allemande, la fin de l’apartheid, les accords du Vendredi Saint en Irlande du nord, la paix entre l’Egypte, la Jordanie et Israël.

Le loup habitera avec l’agneau, etc. C’est une conversion radicale, mais comment est-ce possible ?

Imaginons que le berger jouait de la flute ! Un proverbe dit bien : « la musique adoucit les mœurs ». Isaïe ne mentionne pas le berger jouant de la flute, mais il écrit : « un petit garçon les conduira ». Et si c’était le petit enfant de la crèche, si c’était l’enfant-Dieu qui apportait la paix. Et si la conversion, c’était de se laisser conduire par Jésus ? En ce temps béni de l’Avent, laissons nous guider par cet enfant-Dieu jusqu’à Noël. Amen.

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