Dieu prend l’initiative – 4ème Dimanche de l’Avent à Briançon – Incardination du père Alexis Daboncourt
20 – 21 décembre 2025 -AVENT 4
Briançon, incardination du père Alexis Daboncourt
Après la figure de Jean-Baptiste, Saint Joseph prend sa place dans ce temps de l’Avent. Deux figures de sainteté magnifique par leur écoute de Dieu, leur recherche de la justice et leur humilité. Pour nous préparer à Noël, en ce 4ème et dernier dimanche de l’Avent, saint Joseph nous montre que Dieu seul est à l’initiative du mystère de Noël, pour établir sa présence parmi nous et renouer l’Alliance avec nous.
La prophétie de l’Emmanuel, dans Isaïe au chapitre 7, nous montre déjà l’initiative divine. Pour résumer la situation historique : Le roi Acaz, attaqué par ses voisins, envisage de faire appel aux grands empires L’Egypte ou l’Assyrie, ce qui serait perdre sa spécificité religieuse. Il oublie le principal, mettre sa confiance en Dieu. Alors le Seigneur s’adresse au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu ». Acaz le refuse, sous le faux prétexte de ne pas tenter Dieu. Le Seigneur n’abandonne pas et fait dire au prophète : « le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » Et il indique la fin heureuse de cet épisode historique : « la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. » Mais comme souvent chez les prophètes, cette prophétie a une portée qui dépasse le contexte immédiat. Cet enfant serait-il le Messie ? L’évangéliste Matthieu l’interpréta ainsi : « Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’. » Qu’en retenir pour nous ?
D’abord que Dieu prend l’initiative. J’ai lu un commentaire qui m’a d’abord surpris : « Nous sommes la religion de la foi et du miracle ». En effet, même si nous ne le demandons pas, Dieu intervient dans notre histoire. Et je suis certain que beaucoup d’entre nous peuvent en témoigner.
St Jean le dit dans sa première lettre : « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. » (1Jn 4,19)
A Briançon, par exemple, dans la vie du jeune Alain Daboncourt,
devenu Alexis Daboncourt par son baptême dans l’église Orthodoxe, puis père Alexis. Vous nous partagez votre cheminement dans un article disponible sur le site de la paroisse. Comme le résume votre curé dans son éditorial du bulletin paroissial : « Marié à Sharon – avant même sa conversion au christianisme – il a fondé sa famille avec joie et bonheur : son épouse demeure son épouse ! Rencontrant le Christ dans le cadre de l’Eglise Orthodoxe, et ayant été jugé digne de recevoir les « ordres sacrés » (diacre puis prêtre), c’est en homme marié qu’il exerce alors son ministère selon la tradition des églises orientales (tradition également existante au sein des églises orientales rattachées à Rome). Au coeur de son cheminement dans la Foi, il demande à rejoindre la pleine communion dans l’Eglise Catholique ; les sacrements des églises orthodoxes étant reconnus dans l’Eglise Catholique, il demeure « ministre ordonné », susceptible de pouvoir servir dans les communautés catholiques. Par suite des différentes démarches auprès du Pape, et ayant obtenu une dispense de célibat pour pouvoir exercer comme prêtre dans la tradition latine de l’Eglise Catholique, Père Alexis (est aujourd’hui ‘incardiné’ dans notre diocèse, c’est à dire qu’il) entre ce dimanche 21 décembre dans un plein exercice du ministère de prêtre au sein du diocèse de Gap-Embrun. », .
Dans votre témoignage, père Alexis, vous écrivez ceci : « Plutôt que quitter l’Orthodoxie, j’avais été conduit mystérieusement vers l’Église Catholique Latine… J’ai ainsi l’intime conviction d’avoir rejoint l’Église Universelle, qui a la plénitude de la grâce. Tout en gardant un profond respect pour la beauté de l’Orthodoxie et nos frères et sœurs orthodoxes. »
Cela m’a fait penser à saint John Henry Newman, prêtre anglican devenu catholique et cardinal, puis canonisé, à qui le pape Léon XIV vient de discerner le titre rare de « Docteur de l’Eglise ». En 1845, dans son ‘Essai sur le développement du dogme’, il distille le cheminement spirituel qui a produit en lui cette lumière si longtemps recherchée, à savoir que l’Église catholique de son temps est la même qui est sortie du cœur du Christ. C’est l’Église des martyrs et des Pères anciens, qui comme un arbre a grandi et s’est développée au cours de l’histoire. Il demande ensuite à devenir catholique, ce qui se produit le 8 octobre 1845, et il écrit plus tard en se souvenant de ce moment : « Ce fut pour moi comme entrer dans un port après une traversée houleuse. Mon bonheur est sans interruption ».
A Lourdes, en novembre dernier, les évêques, nous avons invité le patriarche Batholomée de Constantinople, qui vient d’accueillir le pape en Turquie. Il nous a rappelé le chemin de réconciliation que suivent nos Églises sœurs, avec en particulier le souvenir de la levée en 1965 des anathèmes de 1054 entre les Églises de Rome et de Constantinople. Il cita le texte du Pape Paul VI et du patriarche Athénagoras soulignant que ce geste « est l’expression d’une sincère volonté réciproque de réconciliation et une invitation à poursuivre, dans un esprit de confiance, d’estime et de charité mutuelles, le dialogue qui les amènera, Dieu aidant, à vivre de nouveau, pour le plus grand bien des âmes et l’avènement du règne de Dieu, dans la pleine communion de foi, de concorde fraternelle et de vie sacramentelle qui exista entre elles au cours de premier millénaire de la vie de l’Église. » Il nous a aussi redonné le sens de nos relations oecuméniques, la recherche de l’unité : « Voilà le sens ultime de l’unité : la théosis, la déification, cette communion à la vie même de Dieu. C’est en vue de cette transformation que nous luttons, non pour la gloire d’une institution, mais pour que le monde entre dans la lumière du Royaume. » Il nous partagea ensuite la souffrance d’être des frères séparés : « Lorsque, debout devant le saint autel, nous ne pouvons communier au même calice, ce n’est pas un simple empêchement canonique : c’est une blessure profonde. C’est une tragédie. C’est le signe d’un manque d’amour, l’échec de notre témoignage dans le monde. Voilà la vraie prière pour l’unité : non pas des mots, mais la souffrance silencieuse de chaque Liturgie célébrée séparément. Quand le schisme ne fait plus mal, c’est que nous avons cessé d’aimer. Et quand nous cessons d’aimer, c’est que nous sommes déjà morts. »
Chers frères et soeurs, c’est dans un esprit profondément oecuménique que j’accueille le père Alexis dans le presbyterium du Diocèse de Gap-Embrun.
Je reviens maintenant à la Parole de Dieu de ce jour, continuons à voir ce que nous pouvons en retenir.
Retenons donc que l’intervention de Dieu peut effectivement tenir du miracle. Il n’est pas normal qu’une jeune fille vierge enfante. On comprends que Joseph ait du mal à comprendre. Futurs époux, ils n’habitent pas ensemble – au passage, un message pour les plus jeunes, c’est la situation la meilleure pour un mariage durable -. Joseph cherche à faire la volonté de Dieu. Il ne se révolte pas, il ne se réfugie pas dans une attitude agressive. (C’est aussi à noter pour nous quand on ne comprends pas quelque chose, rester dans la confiance envers notre Eglise et son magistère). Joseph cherche une solution, même au prix de son amour pour Marie : « Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. » D’autant que la dénoncer selon certains historiens aurait pu avoir comme conséquence que Marie aurait été accusée d’adultère et selon la loi de l’époque condamnée à mort.
Mais retenons surtout le drame intérieur de Joseph, qui ressemble tant à celui d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Issac. Là aussi l’ange apparaît : « Joseph, fils de David,
ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Joseph est libéré et s’ouvre à une union particulière avec la Vierge Marie. L’évangéliste le dit d’une manière toute simple : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. »
Retenons aussi que le plan divin du Salut, sa manière de sauver l’humanité, comporte un élément exceptionnel : une vierge enfante un fils qui est « Dieu avec nous », « le Fils », dira st Paul dans notre seconde lecture, « établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur ».
Dans quelques jours, accueillons Fils de Dieu, qui est la présence du Père parmi nous. Accueillons les initiatives de Dieu qui sont parfois déconcertantes. Par notre baptême au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, il nous a fait entrer dans une Alliance intime avec la Sainte Trinité. Amen !

