Voici l’Agneau de Dieu – Messe ouverture semaine prière pour l’unité des Chrétiens
Dimanche 18 janvier 2026
Messe à l’occasion de l’ouverture de la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens à la cathédrale de Gap
Jean-Baptiste voit Jésus venir à lui et déclare : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »
Il reconnaît qu’il a dû avoir une révélation pour dire cela : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » Ce signe est advenu lors du baptême de Jésus, que nous avons célébré dimanche dernier.
« Je ne le connaissais pas », avoue-t-il, et même deux fois, pourtant il connaissait bien son cousin issu de germain ; leurs mères, Marie et Elisabeth étant cousines ! Comme quoi on peut bien mal connaître sa parenté. Il y a un abime, celui de la foi, entre connaître Jésus, pleinement homme, – un grand personnage, un grand prophète – et le reconnaître comme le Fils de Dieu, pleinement Dieu.
I. Mais c’est déjà une belle étape de connaître Jésus si pleinement homme, si humain.
(Source : Lors de la retraite qu’il a prêché au Vatican en 1970, le père Jacques Loew relève (page 201) sa personnalité humaine exceptionnelle)
Ses sens sont ouverts sur la vie. Il a comme des antennes sur les choses, sur les êtres. Il ne passe pas dans l’existence, les yeux fermés ou baissés : le monde extérieur existe pour lui. Ses parabole, ses comparaisons, il les cueille véritablement à ras de terre. Ce qu’il nous dit, ce sont les choses qu’il contemple en son père, mais à partir de ce qu’il a vu à Nazareth, de ce qu’il a croisé sur les routes, ce qu’il a aperçu, ce qu’il a regardé, lui le maître de tout : les oiseaux qui picorent le grain, ceux qui construisent leur nid dans les branches, les enfants qui jouent, se disputent, qui boudent, les chômeurs qui attendent l’embauche sur la place, la ménagère qui prend une mesure de levain pour mettre dans trois mesures de farine. On dirait même qu’il connaît les recettes de cuisine, les proportions » Mais en vérité, ce cousin plein de vie et plein d’humanité, est plus qu’une personnalité exceptionnelle ; il est l’agneau de Dieu ! Dans les Alpes du sud on aime bien l’agneau de Sisteron !
II. Mais ce langage nous reste un peu mystérieux ; alors permettez-moi d’y revenir. L’agneau, c’est l’agneau du sacrifice, d’un sacrifice d’Alliance.
C’est l’agneau de la nuit de la première Pâques, le passage de la mer rouge, dont le sang a été répandu sur les montants des portes des hébreux, les sauvant de la mort. C’est le même agneau – Jésus – offert lors de la nouvelle Pâques au calvaire, le passage par Jésus de la mer rouge de son sang. Dans l’antiquité, un sacrifice d’Alliance comportait toujours l’aspersion par le sang des deux contractants. Quand deux princes contractaient une alliance c’était presque facile. Mais quand l’un des contractants est le Seigneur Dieu lui-même, c’est alors l’autel qui va représenter et symboliser Dieu et c’est l’autel par exemple que Moïse va asperger, après avoir donné le livre de l’alliance, la loi des 10 commandements. Quand Jean-Baptiste dit « voici l’Agneau de Dieu », il a bien sûr tout cet arrière fond de la première Alliance. Jésus reprend d’ailleurs les termes de Moïse, que le prêtre prononce à l’autel : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui va être répandu pour une multitude ». Puis à l’Eucharistie, par trois fois, nous invoquons : « Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde, prends pitié de nous. » Jean-Baptiste le disait au singulier, « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », signifiant ici bien plus que la confession de nos péchés au pluriel, mais le salut du monde, la réparation du péché du monde dans son ensemble. « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » prophétisera Isaïe, c’est notre première lecture.
Alors s’éclaire aussi la formule introductive de la première lettre aux Corinthiens de st Paul, notre seconde lecture : « à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. »
III. Chers frères et soeurs, le salut, apporté par Jésus, c’et à dire l’Alliance restaurée avec Dieu, est pour tous les hommes,
pas seulement pour le peuple hébreux, comme le découvriront les premiers chrétiens ; pas seulement pour les catholiques, comme nous le découvrons toujours plus, mais pour tous les chrétiens de la grande Eglise, de l’Eglise indivise, et par eux, pour tous les habitants de cette terre. « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » C’est pour cela que Jésus lors de son dernier repas a prié pour l’unité de ses apôtres : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »
A l’occasion du 1700 ème anniversaire du concile de Nicée, le pape Léon 14 s’est rendu en Turquie, sur les lieux de ce concile, et en préparation il avait publié une lettre sur l’unité, dont le §1 dit ceci : « Dans l’unité de la foi, proclamée depuis les origines de l’Église, les chrétiens sont appelés à marcher ensemble, en gardant et en transmettant avec amour et joie le don reçu. Celui-ci est exprimé dans les paroles du Credo : ‘Nous croyons en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, descendu du ciel pour notre salut’, formulées par le Concile de Nicée, premier événement œcuménique de l’histoire du christianisme, il y a 1700 ans. » Le pape Léon XIV souligne que (§12) « le mouvement œcuménique a obtenu de nombreux résultats au cours des soixante dernières années. Même si la pleine unité visible avec les Églises orthodoxes et avec les communautés ecclésiales issues de la Réforme ne nous a pas encore été donnée, le dialogue œcuménique nous a conduits, sur la base du baptême unique et du Credo de Nicée-Constantinople, à reconnaître nos frères et sœurs en Jésus-Christ dans les frères et sœurs des autres Églises et communautés ecclésiales et à redécouvrir la communauté unique et universelle des disciples du Christ dans le monde entier. En effet, nous partageons la foi en un seul et unique Dieu, Père de tous les hommes, nous confessons ensemble l’unique Seigneur et vrai Fils de Dieu Jésus-Christ et l’unique Esprit-Saint, qui nous inspire et nous pousse à la pleine unité et au témoignage commun de l’Évangile. Ce qui nous unit est vraiment bien plus grand que ce qui nous divise ! Ainsi, dans un monde divisé et déchiré par nombre de conflits, l’unique Communauté chrétienne universelle peut être un signe de paix et un instrument de réconciliation, contribuant de manière décisive à un engagement mondial en faveur de la paix. »
Voilà chers frères et soeurs l’enjeu de cette semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. Professer ensemble l’agneau de Dieu, c’est professer une seule humanité rachetée par le sang du Christ. Portons cette intention dans notre prière. Amen.

