L’un des deux nommé Cléophas , l’autre c’est nous. Homélie confirmations à Chorges
Visite pastorale des paroisses St Michel de Serres Ponçon et St Maurice du Val d’Avance
Samedi 18 avril – Messe anticipée pour les familles à La Bâtie Neuve
Dimanche 19 avril 2026 Confirmations et fin de la visite pastorale à Chorges
« L’un des deux, nommé Cléophas ». Les spécialistes de la Bible s’interrogent : pourquoi St Luc, lui le peintre et le médecin qui n’est jamais avare de détails, ne nous a pas laisser le prénom du second disciple d’Emmaüs ? J’aime bien l’explication qui veut croire que c’est pour que chacun d’entre nous puisse lui donner son propre prénom. Il y avait donc Cléophas et moi !
Car finalement, n’est-ce pas aussi un peu notre histoire personnelle. Il peut nous arriver que nous soyons tout tristes, en nous remémorant des évènements dramatiques du monde ou de nos familles. Et alors de ne plus voir Dieu à l’oeuvre dans ces événements. Car souvent on se pose la question naturelle du « pourquoi , », alors que la question surnaturelle, au dessus de la nature, divine est celle en deux mots : « pour – quoi ? » Dans le plan de Dieu, dans son plan d’amour pour moi, comment cela prends place ?
Les yeux des disciples étaient empêchés de le reconnaître, sans doute car trop embués de larmes devant la mort violente de Jésus, et sans doute aussi par leur déception. Ils attendaient un messie politique qui les délivrerait de l’occupant romain : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. »
Alors saint Luc a cette phrase exceptionnelle qui nous concerne : « tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. » Jésus s’approche de nous quand nous souffrons. Et Luc dit plus loin : « Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : ‘Reste avec nous,
car le soir approche et déjà le jour baisse.’ Il entra donc pour rester avec eux. »
Jésus s’approche et marche avec nous, mais Jésus veut nous laisser libre et s’éloigne, attendons que nous le retenions. Vous connaissez sans doute ce magnifique poème « Des pas dans le sable », publié anonymement par une jeune femme en quête de sens en 1964 :
Une nuit, je fis un rêve :
Je marchais sur la plage avec mon Seigneur. Sur le ciel noir, des épisodes de ma vie furent projetés, comme sur un immense écran.
Et sur le sable je voyais à chaque fois, deux traces de pas : les miens et ceux de mon Seigneur.
Après la dernière scène de ma vie, je me retournai. Je fus surpris de voir par endroits les traces d’une seule personne.
Je me rendis compte que je traversais alors les moments les plus difficiles de ma vie.
Inquiète, je demandais au Seigneur : « Le jour où j’ai décidé de te suivre, Tu m’as dit que tu marcherais toujours avec moi. Mais je découvre maintenant qu’aux pires moments de ma vie il n’y a les empreintes que d’une seule personne.
Pourquoi m’as tu abandonnée lorsque j’avais le plus besoin de toi ? »
Il me répondit : « Mon enfant chérie, je t’aime et je ne t’abandonnerai jamais, jamais, jamais. Surtout pas lorsque tu passes par l’épreuve. Les jours où il n’y a qu’une seule empreinte dans le sable sont exactement ceux où je t’ai porté dans mes bras. »
A quel moment les disciples d’Emmaüs le reconnurent ? « Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent. »
Ils vécurent ce qu’on appelle une effusion de l’Esprit Saint. Dans la troisième Prière Eucharistique il y a ces paroles : « quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. » Un Père de l’Eglise disait : Quand tu manges le pain eucharistique, tu manges l’Esprit. »
Les disciples se dirent : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Cela nous arrive aussi.
Et c’est une bonne transition avec le sacrement de la Confirmation, qui est comme une Pentecôte personnelle. Pour en comprendre l’importance, écoutons la sagesse d’un saint orthodoxe : Séraphin de Sarov, pour qui le sens de l’existence consistait en, je cite, « l’acquisition du Saint Esprit ». Comment l’être humain pourrait-il en effet accéder à une connaissance de Dieu, à la connaissance de sa présence, sans y être aidé ?
Notre expérience montre aussi que pour oeuvrer à son propre bonheur et non à son malheur, il faut à l’homme l’aide d’un esprit bon, capable de corriger ses déficience et ses peurs. Cet esprit est donné gratuitement aux hommes. Il se nomme l’Esprit Saint, qui vient les fortifier pour oser prendre les risques que leur impose le statut de créature, douée de liberté. (d’après Laurent Stalla-Bourdillon, la mort n’est pas ce que vous croyez, p 201)
En quelque sorte, si nous nous laissons inspirés par l’ES, « Dieu vient mettre ses pensées dans nos pensées. Il nous apprend à penser comme Lui pense. » (ibid 223)
« À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. »
C’est aussi ce que fera saint Pierre, dans notre première lecture extraite des Actes des Apôtres après la Pentecôte : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. »
Qu’aujourd’hui, chacun de nous soit renouvelé par une effusion de l’Esprit.
Dieu est à l’oeuvre dans le monde ; Dieu est à l’oeuvre dans nos vies. Il est vivant ! Amen !


