Ordination sacerdotale Joseph Nguyen Cong Nhan – Etre un apôtre de l’amour de Dieu

Dimanche 28 juin 2026

Ordination Sacerdotale de l’abbé Joseph NGUYEN CONG NHAN

15h30 Cathédrale Saint Arnoux et Notre-Dame de Gap

Homélie de Mgr Xavier Malle

 

« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est un bel évangile pour une ordination sacerdotale, mais c’est un évangile redoutable. Vous avez les deux parties de mon homélie.

Aujourd’hui, Joseph, vous avez choisi cet évangile du commandement de l’amour pour votre ordination sacerdotale, et c’est un beau choix.

« Comme je vous ai aimé. » « Toute vocation naît d’une rencontre personnelle avec le Christ » (Léon XIV une fidélité §5). Rencontrer l’amour de Dieu en Jésus. S’être senti infiniment aimé. Le comprendre comme un appel à transmettre cet amour. C’est l’histoire de chacune de nos vocations sacerdotales.

Le 30 juin 1958, le père Jacques Hamel était ordonné prêtre à la cathédrale de Rouen. Le 26 juillet 2016, il était assassiné dans son église au cours de l’eucharistie du matin. C’était il y a dix ans. Sa vie sacerdotale s’était déployée entre les joies et les peines d’un service humble des frères. Dans son église, le Père Jacques Hamel parlait le langage de l’amour. Dans son église, les terroristes ont tenté de le réduire au silence. Or, la vie et la mort de ce curé de paroisse, qui aimait simplement ses paroissiens, nous parlent encore. (Phrases inspirées de l’homélie de Mgr Lebrun pour le 1er anniversaire de sa mort.)

Il nous dit encore aujourd’hui « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Oui Joseph, cet évangile du commandement de l’amour résume la vocation et le ministère du prêtre : Etre un apôtre de l’amour de Dieu. Aimer vos paroissiens de l’amour même de Dieu. Aimez vos confrères prêtres et diacres de l’amour même de Dieu. Le mot important du commandement de l’amour c’est l’adverbe ‘comme’. Comme Jésus. Jésus nous a aimé jusqu’à donner sa vie pour chacun de nous. Le Père Jacques Hamel parlait d’une « vie eucharistique » : « Une vie eucharistique, c’est dans le don du Christ, un don de nous-mêmes, dans toutes les situations de notre existence, un don de soi gratuit, un don de soi qui, vécu dans l’amour, devient source de confiance, d’espérance et de paix.» (Homélie du 7 juin 2015) Il y a un art d’aimer comme Jésus.

Cet art d’aimer, vous l’avez reçu d’abord dans votre famille, en particulier de vos parents, que nous avons la joie d’accueillir parmi nous ainsi que votre sœur et d’autres proches. Vous en témoigniez l’an passé dans votre lettre pour demander à être ordonné diacre : « Je suis l’aîné d’une famille de quatre enfants. Grâce à Dieu et à mes parents, j’ai reçu une éducation catholique. Depuis petit enfant, j’ai appris de mes parents à prier Dieu et à aimer les autres. » Vous me partagiez ensuite des lieux où votre vocation a mûrie : « J’ai participé aux activités de ma paroisse (…) : servant la messe, chantant à la chorale, participant au Mouvement Eucharistique et animant la catéchèse pour les petits enfants. (…) J’ai rencontré des prêtres, des religieuses qui m’ont aidé à découvrir ma vocation. Au fur et à mesure, la graine de ma vocation grandissait naturellement en moi. J’ai eu un désir de me donner plus à Dieu et à Son Église. » Cet art d’aimer, vous l’avez plus tard expérimenté dans la vie communautaire des séminaires, puis dans la vie paroissiale, qui sont des écoles de l’amour chrétien. Merci Joseph pour vos paroles d’action de grâce pour vos parents et pour ceux que le Seigneur a mis sur votre chemin vocationnel.

Cet accueil d’une vocation dans une famille est le thème de ma nouvelle lettre pastorale intitulée : « Ose la vie avec le Christ, favoriser l’accueil d’une vocation sacerdotale ou religieuse dans nos familles. » Elle vous sera distribuée à la sortie de la Cathédrale. Merci chers parents de Joseph, merci chers frères et sœurs de Joseph, car vous avez accueilli la vocation de votre fils et de votre frère comme une bénédiction de Dieu. Les vocations ne naissent pas dans les autres familles mais dans nos familles ! (Fort) Famille haut-alpine, ose te poser la question : ‘Et si une vocation naissait dans notre famille !’ ‘Et si mon enfant avait la vocation ?’ Je te l’assure, je peux te le témoigner personnellement ; ce serait une grande grâce, car il n’y a pas de plus grande grâce pour des parents, que de savoir que leur fils va offrir le sacrifice de la Messe pour eux et pour le monde entier. Bien sûr, à l’annonce de la vocation, ce peut-être une surprise. La surprise est d’ailleurs aussi vraie pour le mariage d’un enfant, mais moindre car c’est une vocation plus naturelle. Même si souvent les parents, en particulier les mères, sentent les choses. Alors à l’annonce d’une vocation, s’ouvre un chemin d’abandon à la volonté de Dieu, d’abandon des projets que l’on fait pour ses enfants quand on est parents.  Cela a été difficile pour mes propres parents. J’ai expérimenté qu’il y a un décalage dans le temps entre la perception de la vocation par les enfants et l’acceptation par ses parents. Car les parents de consacrés ont une vocation de « parents de consacrés », mais ils ne s’en rendent compte souvent que plus tard. Je me souviens encore avec émotion de la lettre de feu ma chère maman, qui m’écrivait après un long combat spirituel : « Sois heureux Xavier, j’ai dit mon oui. »

Chers parents de Joseph, vous avez aussi dit oui à la vocation missionnaire de votre fils.

Pendant ses études profanes, l’évêque lui a demandé :  » Avez-vous l’idée d’aller en France pour entrer au séminaire et servir l’Église française ? » Dans sa lettre pour le diaconat, Joseph me partageait alors sa réaction :« Est-ce que c’est la réponse de Dieu ? A ce moment-là, j’étais comme Abraham : ‘Par la foi, répondant à l’appel, Abraham obéit et partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. » Et Dieu vous a conduit jusqu’à nos si belles montagnes et vallées et nos si belles communautés chrétiennes. Les chrétiens que vous avez côtoyés, en particulier dans vos deux paroisses d’insertion comme séminariste puis comme diacre, Gap et Embrun, ont témoigné avoir été heureux de vous accueillir.

J’en arrive à ma seconde partie : l’évangile, que vous avez choisi, vous envoie en mission parmi nous pour être un apôtre de l’amour de Dieu. Mais que c’est redoutable !

Car nous savons que c’est dur d’aimer en vérité. Nous le disons aux futurs mariés : « Aimer, c’est décider d’aimer. » Décider d’aimer comme Jésus. St Pierre demande ainsi à ceux qu’il a ordonné prêtre : « Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous ; veillez sur lui, non par contrainte mais de plein gré, selon Dieu ; non par cupidité mais par dévouement ; non pas en commandant en maîtres à ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau. » Modèle de l’art d’aimer comme Jésus.

On comprend la plainte de Moïse dans notre première lecture : « « Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ? » L’oraison du début de l’ordination parle de la ‘charge’ de prêtre. Une charge, c’est certes une responsabilité – et celle du prêtre est grande – , mais c’est aussi en français un fardeau, un poids, porté par un animal, par quelqu’un ou par un véhicule ! Dans l’échange que nous allons avoir je vous proposerai de porter aussi la charge de la prière. Moïse poursuit : « Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : « Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères » ? » Dans sa plainte, Moïse décrit admirablement bien la si belle mission sacerdotale : porter le peuple dans nos bras jusqu’au Ciel. A la messe, vous lèverez le pain et le vin, fruit de la nature et du travail des hommes, qui représentent en quelque sorte tout le peuple de Dieu. Et il deviendra le corps et le sang du Christ, le pain du Ciel ! Porter les hommes à Dieu, porter Dieu aux hommes, offrir les hommes à Dieu, offrir Dieu aux hommes, et vous offrir à Dieu dans le ministère sacerdotal.

C’est beau, mais que la charge est lourde insiste Moïse : « Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c’est trop lourd pour moi ». Oui la charge sacerdotale est une vraie charge, trop lourde en vérité pour nous. Pourtant saint Grégoire de Nysse disait : « Le Seigneur n’ordonne pas de voler aux animaux qu’il n’a pas pourvus d’ailes, ni de vivre dans l’eau à ceux qu’il a destinés à vivre sur la terre. Ainsi, chez tous les êtres, la loi est proportionnée aux capacités de ceux qui la reçoivent et ne fait jamais violence à leur nature. »

Que ce soit le commandement de l’amour, que ce soit la charge sacerdotale, la tradition chrétienne nous donne trois leviers pour soulever la charge.

  1. D’abord se dire que c’est Dieu qui la porte avec nous. Vous écrivez dans votre lettre de demande de l’ordination sacerdotale : « Je fais totalement confiance à la grâce de Dieu, car ce n’est moi qui fais mon œuvre, mais avec Dieu, je fais son œuvre. (…) Et je m’appuie sur le conseil de Sainte Vierge Marie aux serviteurs à Cana : » Tout ce qu’Il vous dira, faites-le. » Voilà le premier secret pour alléger la charge. Vous poursuivez : « Même si la mission peut sembler difficile, je trouve du soutien en pensant à Saint Théophane Venard et à ses amis martyrs au Vietnam, Comment ont-ils pu annoncer l’Évangile dans mon pays ? Comme Saint Jean Baptiste en disant : « Lui, il faut qu’il grandisse, et moi que je diminue ». Je suis convaincu qu’il me faut sans cesse faire grandir le Nom du Seigneur dans la prière et la joie, dans le célibat et l’obéissance, afin que cela porte du fruit. »

Après leur avoir donné le commandement de l’amour, Jésus leur dit une chose importante : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Oui, Joseph, quand la mission sacerdotale sera trop lourde, quand le mal du pays viendra, rappelez-vous que c’est d’abord Dieu qui vous a choisi, que c’est à son appel que vous avez répondu librement, que c’est sa mission que vous remplissez et qu’il est chaque jour à vos côtés. 1er levier.

  1. Ensuite se dire qu’on n’est jamais seul pour la porter. Jésus a choisi 12 apôtre pour porter la mission avec lui. Dieu ordonne à Moïse : « Rassemble-moi 70 hommes parmi les anciens d’Israël, connus par toi comme des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la tente de la Rencontre, où ils se présenteront avec toi. Là, je descendrai pour te parler, et je prendrai une part de l’esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. Ainsi ils porteront avec toi le fardeau de ce peuple, et tu ne seras plus seul à le porter. » C’est le second levier pour alléger la charge. Joseph, vous ne serez jamais un prêtre seul à porter le fardeau. Vous serez membre d’un presbyterium diocésain et en mission dans un doyenné. Ne pensez jamais seul. Pensez toujours presbyterium, doyenné et diocèse. Le pape Léon dans sa lettre aux prêtres du 8 décembre dernier va plus loin : ce n’est pas seulement un moyen de répartir le poids : « la fraternité sacerdotale doit être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres » (Une fidélité § 16).
  2. Enfin, le Pape Léon XIV a indiqué récemment aux évêques espagnols un troisième levier en réaffirmant la nécessité de « susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. » Vous ne serez pas un prêtre seul, mais vous aurez soin de toujours être en co-responsabilité avec les chrétiens de votre paroisse. C’est d’ailleurs l’objectif des nouveaux statuts des conseils pastoraux paroissiaux. Le père Hamel disait-il aux équipes engagées avec lui dans la mission : « je suis un serviteur quelconque ».

Cher Joseph, on vous souhaite d’être heureux dans le ministère sacerdotal. Mettons-nous encore et pour terminer à l’école du père Hamel : « Oui Dieu nous veut heureux. Le mot revient constamment dans la bouche de Jésus. Mais nous, nous rêvons d’une vie confortable, sans trop de soucis, une vie réussie humainement. Mais lui Jésus rêve pour nous d’une vie réussie divinement. »

Amen !

A la fin de l’ordination sacerdotale, le père Jean-Michel Bardet, vicaire général a annoncé la nomination du père Joseph.

Retour en photos

20260628_172240

Le voyage apostolique du Pape Léon XIV en France en septembre 2026