Montagnes, portez au peuple la paix ! Homélie Fête de la Transfiguration 2024

Dimanche 4 août 2024 en l’église St Sauveur de Saint Sauveur

Fête de la Transfiguration (anticipée)

 

Homélie reprise mardi 6 août, fête de la Transfiguration à Paray le Monial

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. » Pas sur une montagnette, pas sur une montagne à vache, mais sur une haute montagne. Comme évêque des Hautes-Alpes, je ne pouvais manquer de le signaler. Bien sûr le mont Thabor de Terre Sainte ne culmine pas à 3178 mètres comme le mont Thabor des Hautes-Alpes, l’un des sommets qui nous sépare de la Maurienne. J’ai eu la joie de grimper à pied sur ces deux sommets. Une belle grimpette tous les deux. 3 parties, en partant de l’expérience de la montagne.

1/ « Montagnes, portez au peuple la paix ! »

Cette parole du psaume 71 est en exergue de la vision pastorale du diocèse de Gap-Embrun, intitulée Mission altitude. La Haute Montagne est un lieu de paix, car on ne peut y vivre, où plutôt y survivre seul. La solidarité des montagnards n’est pas un élément de langage de communicants ! En haute montagne, on est souvent en cordée. Cette solidarité s’exprime aussi dans la vie sociale. Par exemple, la manière dont ils accueillent et parfois vont sauver dans la montagne les exilés qui les traversent à Montgenêvre et Briançon me remplit d’admiration. 

C’est sans doute cette paix et cette solidarité que Jésus voulait faire expérimenter à ses trois principaux collaborateurs, Pierre, Jacques et Jean. La mission de Jésus n’est pas facile en ce moment et rencontre beaucoup d’oppositions. Jésus a juste auparavant annoncé à ses apôtres sa Passion et sa Résurrection. Ils ne s’y attendait pas et en sont déconcertés. Sur cette haute montagne, Jésus « fut transfiguré devant eux. Ses vêtements, ajoute l’évangéliste Marc, devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. » Autrement dit la personne que vous avez devant les yeux est une personne divine. Comme le fils de l’Homme, de la vision du prophète Daniel, notre première lecture.

On dit souvent que si Jésus s’est montré transfiguré à ses apôtres, c’était pour qu’ils résistent au désespoir de sa passion. Cela a fait flop. Au moment de la passion, ils n’y ont plus pensé et ont été totalement emportés par le torrent des évènements douloureux. Ils ont abandonné Jésus, Pierre l’a renié trois fois.

2/ La haute montagne, comme la haute mer, comme le désert, sont les lieux où il est plus facile d’entrer en contact avec Dieu.

Ou peut-être où l’on s’est rendu plus disponible à l’écouter. Car on part le sac léger. 

« Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. » Bien sur, Elie représente les prophètes, et Moïse la Loi. « La loi et les prophètes » est une expression qui désigne tout l’enseignement contenu dans l’Ancien Testament. Jésus l’emploie en st Matthieu 5.17 : « Ne vous imaginez pas que je sois venu pour abolir ce qui est écrit dans la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. » La loi est en quelque sorte le mode d’emploi de la vie. Vous savez le gros document que messieurs vous ne lisez pas quand vous achetez un nouveau congélateur ! Les 10 commandements sont le mode d’emploi de notre vie. Et les prophètes sont ceux à travers qui Dieu parla directement à son peuple: de leur comportement, de leur état spirituel, en gros comment ils vivent  leur vie, selon un chemin de vie ou selon un chemin de mort.

Pierre est d’ailleurs bien sur la montagne, en présence de Jésus et de la loi et des prophètes. Il veux dresser trois tentes. C’est alors qu’une nuée descend du Ciel et les recouvre tous. « Et de la nuée une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Ecoutez-le car il est venu accomplir la loi. A la place des deux tables de pierre, il y a le Fils bien aimé. D’autant qu’en montagne, en mer ou dans le désert, on peut mieux écouter Dieu. Il n’y a pas les bruits de la circulation, ou de mon smartphone. Peut-être pouvez-vous profiter de cet été, non forcément pour monter à 3000 mètres, mais pour trouver votre propre Thabor. Ce peut-être un sanctuaire…. Ce peut-être chez vous… mais pour cela il faut avoir un sac léger. Déposer les soucis, déposer les distractions. Déposer le smartphone.

Elie et Moïse ont expérimenté la montagne. Tout en haut du Mont Sinaï appelé aussi le Mont Horeb, actuellement en Egypte dans la péninsule du Sinaï, 2.285 mètres – c’est aussi une belle grimpette – Moïse avait ce désir profond en Exode 33 : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » Dieu avait répondu : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, (mais) Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie. » Moïse vit non Dieu, mais son passage. Parfois aussi nous voyons le passage de Dieu dans nos vies.

Elie quand à lui, pourchassé par la reine Jézabel marcha toute une journée dans le désert puis désespéré demanda la mort : «Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » « Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! » « Il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. » (Premier livre des rois 19,4-8) Parfois aussi l’ange de Dieu nous réconforte et nous donne spirituellement à manger, et même parfois la divine providence s’occupe de nos soucis économiques.

3/ Enfin la haute montagne est le lieu d’où on a une vue à 360 degrés, une vue magnifique.

Cette vue vaut d’ailleurs toute la fatigue voir les souffrances acceptées pour monter si haut. Qu’ont vu les trois disciples : le Christ transfiguré, comme une anticipation de la Résurrection. Et comme une anticipation de notre propre résurrection. Car finalement c’est cela notre espérance. C’est cela pour lequel cet évangile nous laisser dans une joie profonde. Un jour je serai ressuscité et je verrai Dieu. Et non seulement son passage, mais Dieu lui-même, Dieu trinité, Père, Fils et St Esprit. J’ai profité de cet été pour lire un livre récent d’un dominicain, Emmanuel Durand, ‘Théologie de l’espérance’, car le pape a donné au jubilé 2025 le thème ‘Pèlerin d’espérance’. 

Pour ce théologien, « l’espérance est foncièrement tournée vers l’action de Dieu, tandis que l’espoir demeure une propension humaine à se projeter vers l’obtention d’un bien désiré, non possédé et difficile à obtenir, mais pas impossible à atteindre. » L’espérance, c’est laisser la porte ouverte à l’inattendu de Dieu. Regardons à 360 degrés, Dieu peut survenir dans ma vie. Dieu peut survenir dans le monde. Pourtant le monde ne tourne pas rond actuellement. Le théologien remarque qu’il y a plus dur que d’espérer pour soi, espérer pour autrui, espérer pour le monde. Car alors je maîtrise encore moins l’avènement potentiel du bien. Chers amis, la transfiguration nous fait espérer, non seulement pour le Ciel, mais aussi pour le monde présent. Non seulement le pire n’est jamais certain, mais surtout le bien peut advenir, car Dieu est présent et Jésus a vaincu la mort, car les hommes et les femmes peuvent vivre au niveau pour lequel ils ont été créés, la sainteté. 

Terminons notre évangile : « Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Là c’est différent pour nous, car Jésus est déjà ressuscité, alors partageons-nous ces passages de Dieu dans nos vies !