L’étape décisive de la multiplication des pains – Chapelle st Michel NEVACHE

Lundi 5 août 2024 – Messe 30 ans de la restauration de la chapelle St Michel de NEVACHE

Mot d’accueil avec l’histoire de la chapelle st Michel

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Aujourd’hui, nous fêtons dans l’Eglise Catholique la dédicace de la Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, dont un miracle de la neige serait à l’origine, des flocons de neige recouvrant Rome d’un blanc manteau au milieu de l’été. Dans ce vallon de la vallée de Nevache, on ne crierait pas au miracle d’avoir la neige en août sur les sommets, et je ne pense pas que ce soit l’origine de cette chapelle st Michel ! Mais à Rome ce miracle s’est produit au 4ème siècle : la Vierge Marie apparait en songe au Pape Libère, 36e évêque de Rome, la nuit du 4 au 5 août 358, lui demandant de construire une église à l’endroit où l’on trouverait de la neige fraîche. Ce fut sur la colline romaine de l’Esquilin, emplacement actuel de la basilique Sainte-Marie-Majeure, devenue le plus ancien sanctuaire marial d’Occident. 17 siècles plus tard, le Pape François manifeste fréquemment son attachement à la basilique, s’y recueillant avant et après chaque voyage apostolique, et souhaitant même y être enterré. Ce soir le Pape y prendra part à l’Office des Vêpres.

La parole de Dieu que nous venons d’écouter n’est pas celle de la fête, mais celle du jour, lundi. Aussi ne cherchez pas un lien avec le miracle de la neige. Par contre je dirai avec humour qu’il va se passer un autre miracle, à la fois dans l’évangile et après notre messe, la multiplication des pains ! On le devine en écoutant cet évangile, sa portée est bien au delà d’une exhortation de Jésus à partager entre nous nos provisions. Ce miracle, la première des deux multiplications des pains qu’on trouve dans les évangiles, est décisif dans la vie de Jésus. 

Il est précédé par un évènement dramatique, la mise à mort de Jean-Baptiste, dont la tête a été offerte à Hérodiade par le roi Hérode. Jean-Baptiste avait eu le malheur de lui rappeler qu’il ne pouvait prendre pour femme la femme de son frère Philippe. Il faut parfois du courage pour parler aux puissants de ce monde. Il faut du courage au prophète Jérémie, c’est notre longue première lecture, pour dénoncer le faux prophète Ananie, qui dit « tout va bien, dormez tranquille, cette année tous les vases sacrés que Nabuchodonosor a emporté à Babylone vont revenir à Jérusalem ». Jérémie prophétise au contraire que le joug de bois exercé par le roi de Babylone va se durcir et devenir un joug de fer ; et il démasque le faux prophète : « Ananie : le Seigneur ne t’a pas envoyé, et toi, tu rassures ce peuple par un mensonge. »

Il faut parfois du courage aux évêques – c’est pourquoi vous priez pour eux -, du courage en particulier pour parler aux puissants de ce monde, qu’il soit politique, médiatique ou culturel. Je fais une parenthèse et vous invite à lire par vous-même sur le site internet du diocèse le communiqué de la conférence des évêques de France sur la cérémonie des JO de Paris, communiqué modéré mais juste et courageux, qui nous vaut bien des critiques. Cette cérémonie, sauf la fin quand tout le monde était parti se coucher tellement elle était longue, n’avait rien à voir avec l’Olympisme. Le communiqué de la CEF relève que le sport «est une merveilleuse activité qui réjouit profondément le cœur des athlètes et des spectateurs», et que l’olympisme est un «mouvement au service de cette réalité d’unité et de fraternité humaine». Heureusement la cérémonie d’ouverture s’est terminée avec une note d’espérance quand Céline Dion a conclu l’Hymne à l’amour d’Édith Piaf depuis le premier étage de la Tour Eiffel, laissant résonner dans la nuit parisienne les derniers mots de la chanson: « Dieu réunit ceux qui s’aiment ». Je reviens à la multiplication des pains.

Après la mort de son cousin JB, Jésus prends le bateau pour se retirer à l’écart dans le désert. Rien qu’humainement, on comprends que ce deuil violent nécessite une prise de recul. Mais plus profondément, les foules le rejoignant par la côte, Jésus va être amené à poser un geste prophétique, suscité par sa compassion :  « En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. » Les disciples aussi sont pleins de compassion et veulent renvoyer la foule aller s’acheter à manger. Jésus les envoie alors en mission : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Mais ils disent n’avoir que cinq pains et deux poissons. Alors Jésus « prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. » Après la dernière Cène, cet épisode est devenu tellement évocateur que c’est le modèle que la première Eglise a adopté pour son culte. On y retrouve la structure même de la partie sacrificielle de la messe : offertoire, grande prière eucharistique de bénédiction, fraction du pain et communion.

Saint Hilaire de Poitiers exprime l’étape décisive que représente cette multiplication des pains : « Le Verbe, Jésus, passant dans la barque, passe de la Loi (ce que nous appelons l’Ancien Testament), à l’Eglise naissant au désert, comme par ce nouvel exode. » Ce fut en quelque sorte la première assemblée eucharistique et la préfiguration de la Cène. Pour saint Éphrem, Jésus donne généreusement sans compter lors de ce miracle. Il donne tellement qu’il en reste douze corbeilles, comme les 12 tribus d’Israël. Il compare également Jésus à Moïse, Moïse qui pendant l’Exode avait nourri le peuple libéré de l’esclavage avec la manne tombée du ciel. 

L’évangéliste ajoute : « Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » En fait, pour nous chrétiens, il n’y a que l’Eucharistie qui puisse entièrement nous rassasier. Non rassasier seulement notre corps, l’apéro et le pique-nique qui vont suivre le feront à merveille, mais rassasier tout notre être, par l’écoute de la parole de Dieu et la célébration du saint Sacrifice. 

Peut-être que c’est l’occasion de nous interroger : comment pouvons nous mieux vivre de l’Eucharistie ? Comment faire en sorte qu’elle soit véritablement « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » selon l’expression du Concile Vatican II.

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