Nous proclamons que c’est un dogme – homélie Assomption 2024 au Laus
Jeudi 15 août 2024 – Solennité de l’ASSOMPTION au Sanctuaire ND du Laus
« Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. » Nous célébrons aujourd’hui cette merveille de l’Assomption de la Vierge Marie définie par le Pape Pie XI.
Trois parties dans mon homélie : comment le dogme a pu être défini ? Pourquoi Dieu a donné ce privilège à la Vierge Marie ? Et quelles sont les conséquences pour chacun de nous ?
Nous sommes le jour de la Toussaint 1950, le pape Pie XII proclame un nouveau dogme,
en ayant respecté la procédure définie au Concile de Vatican I en 1870, articulant collégialité et la synodalité :
- Synodalité : La Dormition (la mort paisible, tel un sommeil) et l’Assomption (la non corruption du corps et sa montée au ciel) de Marie sont en réalité célébrées dès les premiers siècles, dans toutes les Eglises d’Orient & d’Occident. Ainsi la fête de l’Assomption est instituée à Rome au 7ème siècle. Pratiquement tous les pères de l’église en parlent A partir du 19ème siècle, des pétitions signées par les fidèles affluent à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption.
- Collégialité : Pie XII a invité tous les évêques du monde à se prononcer sur la question, – 90 % des évêques ont été favorables -, et le 1er novembre 1950, c’est entouré de 800 évêques, presque un concile, qu elle pape proclame le dogme.
Entendant le peuple de Dieu et la collégialité des évêques, le pape a considéré que cette tradition liturgique ancienne de l’Assomption, outre le fait objectif qu’il n’y a jamais eu mention de reliques du corps de la Vierge Marie, étaient conforme au dépôt de la Foi, même si l’évènement n’est pas rapporté dans les évangiles ; d’ailleurs vous avez pu remarqué qu’aucun des textes bibliques de ce jour n’en parle directement. Pie XII a choisi de proclamer ce dogme non un 15 août comme on aurait pu s’y attendre, mais le jour de la Toussaint, situant ainsi Marie dans la communion de tous les saints.
Pourquoi est-ce que Dieu a donné ce privilège à la Vierge Marie ?
Comme le proclame la préface que je chanterai dans quelques instants ; « tu n’as pas voulu qu’elle connaisse la corruption du tombeau, elle qui a porté dans sa chair ton propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie. »
Nous le savons, la chair est fragile et corruptible, d’une manière choquante pour nos sens, en particulier chez nos défunts. Dieu n’a pas voulu que la nouvelle arche d’Alliance, pour reprendre le terme de l’Apocalypse notre première lecture, soit atteinte par la corruption de la chair : « Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme. »
L’Arche d’Alliance était le coffre qui contenait les Tables de la Loi, les Dix Commandements, données à Moïse sur le mont Sinaï, considéré comme le trône, la résidence terrestre de Yahvé, la présence de Dieu. Jésus est bien la présence réelle de Dieu !
La femme est enceinte. Sa gloire est décrite par une image grandiose qui inspirera beaucoup les artistes : « ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles ». En face d’elle un dragon attend, il veut dévorer l’enfant dès sa naissance, ce qui nous fait penser au massacre des saints innocents ordonné par Hérode : l’enfant Jésus est recherché pour être tué, d’où la fuite en Egypte. (Pensant aux nombreux réfugiés qui traversent nos montagnes, j’aime à me souvenir que la Sainte Famille s’est réfugiée en Egypte.)
Après la dormition de Marie, Jésus vient prendre sa mère pour l’associer pleinement à sa gloire dans le Ciel. Du Ciel Marie poursuit son oeuvre maternelle en faveur de l’Eglise et de chacun de nous. Marie montée au Ciel ne cesse pas de visiter la Terre. Nous le savons ici au Laus à partir de 1664 à Benoîte Rencurel. Ainsi un jour de l’Assomption, donc bien avant 1950, comme en témoignent les manuscrits : « Le jour de l’Assomption de Notre-Dame 1698, notre Reine entre dans la chambre de Benoîte, sur les 7 à 8 heures du soir. Benoîte disait ses litanies et eut une joie extraordinaire de voir sa bonne Mère portée par quatre anges en forme de petits enfants d’un an, que Benoîte appelle des angeons. […] Tout de suite, deux anges qui portaient la Mère de Dieu prennent Benoîte, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, et la portent auprès de la Sainte Vierge. Quand elle fut beaucoup élevée dans les airs, elle entendit quantité d’anges, qui chantaient les mystères de la passion de Jésus […] ». CA G. p. 186 VIII [232] – année 1698
Marie, à son Assomption, comme lors de sa Visitation à sa cousine Elisabeth, c’est notre évangile, comme à la naissance de Jésus, comme au Calvaire, Marie chante son Magnificat : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». D’année en année au jour de l’Assomption, « toutes les générations la déclarent bienheureuse ».
Quelles sont les autres conséquences pour ces générations, pour chacun de nous, outre les visitations de Marie dont je viens de parler et sa puissante intercession pour nous auprès de son Fils ?
L’Assomption nous met devant les yeux le caractère provisoire de notre mort corporelle. Dans la seconde lecture, Paul parle de la Résurrection. C’est en Adam que meurent tous les hommes, c’est en Jésus que tous revivront.
La foi chrétienne confesse la Résurrection de la chair. Cette affirmation paraît folle. Les Athéniens ont jugé que Paul ne méritait pas d’être écouté à ce sujet (Ac 17,30-32). Si Paul leur avait simplement annoncé la survie de l’âme immortelle ou la restitution de leur vécu relationnel par-delà la mort où nous retrouverons nos parents, il n’y aurait eu aucun scandal ni rejet, car l’immortalité de l’âme dispenserait de la Résurrection de la chair. Mais contrairement à ce que pensent beaucoup, notre foi chrétienne ne propose pas à ses fidèles d’aller au Ciel avec leur âme pour y revivre éternellement affranchi de leur chair ou de leur corporéité (source de cette réflexion : Emmanuel Durand, Théologie de l’espérance, paris 2024, p. 180) Notre foi en la Résurrection affirme une chose difficilement audible aujourd’hui car elle s’applique précisément à la chair. La chair au sens biblique recouvre la précarité de l’existence humaine. Elle connaît la faim, la soif, la sommeil, la tendresse, être lavé, être étreint, être sexuée. La chair est fragile et corruptible, en particulier par la mort corporelle. Mais bien qu’elle puisse nous faire souffrir durant cette vie, la sensibilité et la vulnérabilité de la chair sont un atout et une perfection de notre condition humaine. Ainsi nous sommes éminemment capables d’être émus, et donc nous sommes disponibles à autrui. Cependant la chair est souvent ici-bas bafouée, violentée, déshonorée, mise en esclavage, chargée de honte ou de culpabilité. C’est une dimension de l’humain qui a particulièrement besoin d’être sauvée. Alors il est beau de savoir que notre chair est promise à une résurrection, avec toutes ses dimensions essentielles et structurantes de notre humanité. Le Christ lui-même a été bafoué dans sa chair, crucifié, jusqu’à en mourir. Mais il est ressuscité dans cette même chair, gage de notre résurrection au dernier jour, dont l’Assomption en est l’annonce, annonce de l’Assomption de l’humanité en Dieu. Cependant « cette fête ne rappelle pas seulement que le corps inanimé de la Vierge Marie n’a subi aucune corruption, mais aussi qu’elle a triomphé de la mort et qu’elle a été glorifiée dans le Ciel à l’exemple de son Fils unique Jésus-Christ », écrira Pie XII dans la constitution apostolique sur l’Assomption.
Alors ce matin, joignons notre joie à celle des anges ou comme dit le psalmiste : « Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi. »



