Éléments de discernement – 04 / Un fondement : la personne humaine

2. Les valeurs fondatrices que l’Église appelle à mettre au cœur de tout projet de société
  2.1. L’importance des valeurs (voir article précédent)

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  2.2. Un fondement incontournable : la personne humaine 

    2.2.1. L’homme, « cœur et âme de la société » : tous les hommes et tout de l’homme ! 

Au cœur de tout projet de société, l’homme doit avoir la première place :

« Outre la liberté, le développement intégral de l’homme comme vocation exige aussi qu’on en respecte la vérité. La vocation au progrès pousse les hommes à “faire, connaître et avoir plus, pour être plus”. Mais là est le problème: que signifie “être davantage” ? À cette question, Paul VI répond en indiquant la caractéristique essentielle du développement authentique: il “doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme.” » Benoît XVI, encyclique Caritas in Veriate, 18, faisant référence à l’encyclique Populorum Progressio de Paul VI

Ceci se fait dans le cadre d’une vie sociale :

« Le caractère social de l’homme fait apparaître qu’il y a interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale n’est donc pas pour l’homme quelque chose de surajouté: aussi c’est par l’échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l’homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation. » Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 25-1 

La conviction de l’Église est que ceci s’applique particulièrement dans le domaine de la vie économique : 

« Dans la vie économico-sociale aussi, il faut honorer et promouvoir la dignité de la personne humaine, sa vocation intégrale et le bien de toute la société. C’est l’homme en effet qui est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale. » Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 63 

    2.2.2. Les droits humains 

Dès lors, consciente de la valeur inestimable de tout homme, de toute vie humaine, l’Église rappelle sans ambages toutes les violations de la dignité humaine qu’elle dénonce et réprouve : 

« Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré : tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques; tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur. » Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 27-3 

Une démocratie vivante se doit d’avoir des valeurs : 

« Il faut observer que, s’il n’existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l’action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. » Jean-Paul II, encyclique Centesimus Annus, 46

Certaines valeurs sont absolues et universelles :

« N’est-il pas surprenant que l’Europe d’aujourd’hui, tandis qu’elle vise à se présenter comme une communauté de valeurs, semble toujours plus souvent contester le fait qu’il existe des valeurs universelles et absolues ? » Benoît XVI, discours du 24 mars 2007

Les valeurs sont la source du monde de demain :

« On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer. » Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 31-3

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Pour aller plus loin

 

Élections 2012 : Éléments de discernement (table des matières et accès au contenu au fur et à mesure de sa mise en ligne)

– Vidéo : Mgr Jean-Michel di Falco Léandri parle des échéances électorales

– Élections : un vote pour quelle société ? Déclaration du conseil permanent de la conférence des évêques de France au sujet des élections présidentielles et législatives de 2012

Compendium de la doctrine sociale de l’Église

Cet article a 2 commentaires

  1. Il n’y a rein de faux dans cet article….mais il est dommage qu’il n’évoque même pas la clef de voûte sans laquelle tous ces beaux discours sur les valeurs universelles s’écroulent, clef de voûte , ou plutôt “pierre d’angle rejetée par les bâtisseurs” …je pense que chacun ici comprendra de qui je parle…..
    Il a dit aussi: “Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui accepte de la perdre à cause de moi la sauvera”….

    Précision utile pour éviter que “promouvoir tout l’homme” soit compris comme “diviniser l’homme par le pouvoir de décider souverainement du bien et du mal” …..
    N’oublions jamais que le Prince de ce monde est Prince de l’ambiguïté….”vous serez comme des dieux”….tout est dans le “comme”….
    Oh intelligence diabolique !!

    1. La clef de voûte n’est pas le Christ explicitement reconnu comme tel, ainsi que vous le laissez supposer. Le dire signifierait qu’il ne pourrait pas y avoir de société fondée sur des valeurs communes, reconnues par tous comme absolues et universelles, sans que le Christ ne soit professé par tous.
      La clef de voûte est autre. Elle repose sur la loi naturelle inscrite dans le cœur de tout homme du fait de l’origine commune de toutes les personnes, et présente à ce titre aussi dans les différentes cultures. Tout homme de bonne volonté est censé pouvoir la trouver, la reconnaître et la suivre. Faisant ainsi il s’approche déjà de Dieu sans pour autant aboutir (encore) au Christ.
      Juste un seul texte à ce sujet en passant, extrait du message de Benoît XVI pour le 1er janvier 2007 :
      « Mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, en s’adressant à l’Assemblée générale des Nations unies le 5 octobre 1995, affirmait que « nous ne vivons pas dans un monde irrationnel ou privé de sens, mais que, au contraire, il y a une logique morale qui éclaire l’existence humaine et qui rend possible le dialogue entre les hommes et entre les peuples ». La “grammaire” transcendante, à savoir l’ensemble des règles de l’agir individuel et des relations mutuelles entre les personnes, selon la justice et la solidarité, est inscrite dans les consciences, où se reflète le sage projet de Dieu. Comme j’ai voulu le réaffirmer récemment, “nous croyons qu’à l’origine, il y a le Verbe éternel, la Raison et non l’Irrationalité”. La paix est donc aussi une tâche qui oblige chacun à une réponse personnelle en harmonie avec le plan divin. Le critère dont doit s’inspirer une telle réponse ne peut être que le respect de la “grammaire” écrite dans le cœur de l’homme par son divin Créateur.
      Dans cette perspective, les normes du droit naturel ne doivent pas être considérées comme des directives s’imposant de l’extérieur, contraignant presque la liberté de l’homme. Au contraire, elles doivent être accueillies comme un appel à réaliser fidèlement le projet divin universel inscrit dans la nature de l’être humain. Guidés par de telles normes, les peuples — dans leurs cultures respectives — peuvent ainsi s’approcher du mystère le plus grand, qui est le mystère de Dieu. La reconnaissance et le respect de la loi naturelle constituent par conséquent, aujourd’hui encore, le grand fondement du dialogue entre les croyants des diverses religions, et entre les croyants et les non croyants eux-mêmes. C’est là un grand point de rencontre et donc un présupposé fondamental pour une paix authentique. »

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