You are currently viewing Les énergies divines sont déjà au travail. Homélie pour l’Assomption au Laus, 15 août 2022 – lecture de la lettre du cardinal Saliège

« Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis… c’est dans le Christ que tous recevront la vie… Alors, tout sera achevé. »

Ces quelques paroles de st Paul dans sa première lettre aux Corinthiens nous donne le sens profonde cette fête de l’Assomption : tous, comme Marie, recevront la vie.

Si cette foi en l’Assomption est commune chez les chrétiens d’Orient depuis les origines, même si ceux-ci préfèrent parler de « dormition de la Vierge », c’est le 1er novembre 1950 que le Pape Pie XII proclamait le dogme de l‘Assomption : « …Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » 

Le grand théologien et cardinal, Jean Danielou, dans un article sur l’Assomption, en décembre 1950, commente alors le nouveau dogme : « Le mystère de l’Assomption nous apprend qu’en Marie la transfiguration du cosmos, qui a son principe dans la résurrection du Christ, a déjà commencé de produire ses effets. Elle est l’aube de la création nouvelle, dont les premiers rayons filtrent dans l’obscurité de ce monde. Les énergies divines sont déjà au travail. » (Etudes, déc. 1950, pp. 301-302)

Il ne s’agit donc pas d’une exception prodigieuse réservée à la Vierge Marie ; non, si c’est là une anticipation, c’est donc qu’en réalité chacun de nous est appelé à la vie éternelle dans le mystère de la résurrection de Jésus. Aussi ce jour est-il pour tous les Chrétiens un jour de merveilleuse espérance. C’est une des sources de la joie de cette journée, avec celle de nous retrouver nombreux en ce magnifique sanctuaire Marial. 

Mais frères et soeurs, si nous croyons que les énergies divines sont déjà au travail, nous constatons que c’est un toujours en travail d’enfantement, dont parle le livre de l’Apocalypse notre première lecture.

Et nous croyons d’une foi ferme qu’au bout de ce travail d’enfantement, dans le ciel une voix forte, proclamera : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » Il est impressionnant de constater dans l’évangile de la Visitation, et particulièrement dans le chant du Magnificat, combien Marie était consciente d’être partie prenante du combat apocalyptique et de la victoire éternelle : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! … Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes. »

Oui, nous le constatons chaque jour, notre monde est encore dans les douleurs de l’enfantement. Le Dragon est encore posté devant la femme qui allait enfanter, espérant toujours dévorer l’enfant dès sa naissance. Les puissants font toujours sentir leur puissance.

Pourtant notre espérance est constante que les forces de résurrection sont à l’oeuvre. Nous les voyons dans les saints. Ainsi en ce lieu la vie de la vénérable Benoite Rencurel ne fut pas un long fleuve tranquille. Elle dût ainsi s’exiler à Marseille et voir le sanctuaire entièrement détruit, mais jamais elle n’a perdu l’espérance. 

Nous voyons ces forces de résurrection à l’oeuvre dans certains hommes d’Eglise particulièrement courageux.

Et je veux mentionner un de mes prédécesseurs. Il y a 80 ans, le cardinal Jules Saliège, ancien évêque de Gap et alors archevêque de Toulouse, faisait retentir son appel à la conscience chrétienne et humaine, contre les rafles des Juifs. C’était le 23 août 1942, il écrivait une lettre destinée à être lues dans les églises. M. Haïm Korsia, a demandé à tous les rabbins du Consistoire de lire ou faire lire dans leurs synagogues la lettre du cardinal Saliège, le samedi 16 juillet dernier, anniversaire des rafles du Veld’hiv à Paris. La voix du cardinal Saliège a atteint beaucoup de cœurs et d’esprit, et encouragé une authentique résistance aux mesures inhumaines prises par le gouvernement et exécutées par la police. Pour le 15 aout, toutes les paroisses du diocèse sont invitées à lire cette lettre de Mgr Jules Saliège.

« Mes très chers Frères,

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous.
Notre-Dame, priez pour la France.

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.

Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement. »

Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse

Demandons à la Bienheureuse Vierge Marie la grâce d’être courageux en accueillant ces énergies divines de la Résurrection, confiant dans les grâces de foi, d’espérance et de charité que Dieu ne cesse de nous donner. Amen !

La publication a un commentaire

  1. Jean-Pierre Reybaud

    Mgr Jules-Géraud Saliège a été évêque de GAP de 1925 à 1928, avant d’être nommé archevêque de Toulouse

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