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Mardi 12 avril – Messe Chrismale17h00 Cathédrale de Gap

« Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. » Dans cet évangile selon saint Luc, la vie religieuse de Notre Seigneur Jésus nous est partagée. Il a grandi à Nazareth, et selon son habitude depuis ses 13 ans, devenu Bar Mitzva, expression araméenne qui signifie « fils du commandement », c’est à dire capable d’obéir aux commandements divins, ayant atteint la majorité religieuse juive, il est de coutume de lui permettre de lire à la Synagogue un passage de l’Ecriture Sainte. Si il reçoit le livre du prophète Isaïe, Luc précise que c’est Jésus lui-même qui a choisi les versets qu’il va lire, cette prophétie que nous avons aussi entendu en 1ère lecture.

I. En effet, cette prophétie d’Isaïe permet à Jésus de préciser la source de sa mission et son contenu.

C’est ma première partie. Nous verrons ensuite comment Jésus confie cette mission de salut à nous les Chrétiens des Hautes-Alpes.

1. La source de sa mission est son baptême

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » Le ministère du Christ suit son baptême. Notre consécration fondamentale est notre baptême. Nous sommes marqué sur nos front par le Saint Chrême, comme dit la prière sur le Saint Chrême que je vais prononcer : « ainsi, tes enfants, après être renés dans l’eau du baptême, sont fortifiés par l’onction de l’Esprit, et, rendus semblables au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, sacerdotale et royale. » 

Oui, frères et soeurs baptisés, nous rendons grâce chacun pour notre baptême, nous rendons grâce pour les adultes qui seront baptisés dans notre diocèse la nuit sainte de Pâques. Tous, devenus fils et filles bien-aimés du Père, nous participons au sacerdoce du Christ et nous sommes appelés à la sainteté, vocation universelle, vocation de chaque chrétien.

Frères prêtres nous rendons grâce également pour notre propre baptême. En février dernier, à l’occasion d’un symposium à Rome sur le sacerdoce, le pape François nous a offert une petite synthèse de son expérience sacerdotale. Voici un extrait de ce qu’il dit : « La vie d’un prêtre est avant tout l’histoire de salut d’un baptisé. (Nous connaissons) la distinction entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce baptismal. Nous ne devons jamais oublier que toute vocation spécifique, y compris celle de l’Ordre, est accomplissement du Baptême. (…) Il n’y a pas de prêtres « sans baptême » – c’est-à-dire sans se rappeler que le premier appel est celui à la sainteté. Être saint, c’est se conformer à Jésus et permettre que les sentiments qui sont les siens battent dans notre vie. Ce n’est que lorsque nous cherchons à aimer comme Jésus a aimé que nous rendons Dieu visible nous aussi, et que nous réalisons notre vocation à la sainteté. » Fin de citation.

Après avoir rendu grâce pour notre première onction avec le Saint Chrême, puis notre seconde onction à notre confirmation, frères prêtres nous rendons grâce pour notre troisième onction lors de notre ordination sacerdotale, en ayant répondu oui à l’appel particulier que Dieu nous a adressé à tout quitter pour le suivre. Chaque messe Chrismale, nous revivifions en quelque sorte la grâce de notre ordination sacerdotale par la bénédiction des saintes huiles et par le renouvellement de nos promesses.

Frères et soeurs baptisés, en cette messe chrismale, je vous invite à rendre grâce pour les prêtres que Dieu nous a donné, et pour les prêtres que Dieu va nous donner dans le saint peuple des Hautes-Alpes. Car c’est d’abord dans nos familles que Dieu appelle les futurs prêtres. Que la prière pour les vocations retentisse plus forte dans nos familles et dans nos paroisses. Chaque 1er samedi du mois, la messe est célébrée au sanctuaire ND du Laus à cette intention, à tour de rôle par les prêtres du diocèse et je vous invite à monter au Laus pour cette prière.

2. La prophétie d’Isaïe permet aussi à Jésus de préciser le contenu de sa mission

Jésus est envoyé pour les pauvres, les captifs, les aveugles, les opprimés, et par la suite il ajoutera les malades et les pécheurs. Oui, Jésus est venu pour sauver, il est le Sauveur. Il est ainsi venu pour nous guérir de nos cécités, nous libérer de nos captivités, nous guérir de nos maladies, nous pardonner nos péchés. Jésus est la tendresse du Père sur la terre. Il nous fait revenir dans l’intimité du Père.

Frères diacres, votre vocation diaconale, et ce concrètement par votre vie, est de rappeler cette mission de libération, cette mission de représenter la tendresse de Dieu pour les habitants de cette terre. Vous avez également ce jour renouvelé vos promesses diaconales, et cela a été fait juste avant l’Evangile, que vous avez la mission de proclamer.

Jésus résume sa mission en reprenant encore Isaïe : Dieu l’a envoyé « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur ». C’est une année jubilaire, que le livre du Lévitique fixe tous les 50 ans, une année de libération générale ; les terres aliénées ou gagées devaient être rendues, les dettes remises et les esclaves libérés. Dans l’Eglise Catholique, depuis l’an 1400, le jubilé a lieu tous les 25 ans. Notre pape François vient de confier au dicastère pour l’Evangélisation la préparation du grand jubilé 2025, et a annoncé que 2024 sera une année préparatoire sur la prière.

II. Cette mission d’être la tendresse de Dieu pour les habitants de la Terre, Jésus la confie aux chrétiens dans les Hautes-Alpes, aux baptisés tous ensemble, prêtres, diacres, religieux et religieuses et laïcs. C’est ma seconde partie.

1. Dans son même discours au symposium à Rome sur le sacerdoce, le pape François a longuement détaillé ce qu’il appelle les 4 proximités du prêtre.

Ces proximités peuvent être adaptées par chacun des baptisés. « “Quatre proximités” parce qu’elles suivent le style de Dieu, qui est fondamentalement un style de proximité » : Proximité avec Dieu, avec l’évêque, avec les autres prêtres et avec le saint Peuple de Dieu. Je vous partage quelques citations du discours du Pape. (Texte complet : https://fr.zenit.org/2022/02/17/sacerdoce-reflexions-a-partir-du-temoignage-des-pretres-que-le-pape-a-rencontres-en-50-ans-texte-presque-complet/)

La proximité avec Dieu 

Le prêtre « puise de cette relation toute la force nécessaire à son ministère. La relation avec Dieu est, pour ainsi dire, la greffe qui nous maintient dans un lien de fécondité. Sans une relation sérieuse avec le Seigneur, notre ministère devient stérile. La proximité avec Jésus, le contact avec sa Parole, nous permet de placer notre vie devant la sienne, d’apprendre à ne pas nous scandaliser de tout ce qui nous arrive (…) Comme ce fut le cas pour le Maître, vous passerez par des moments de joie et de noces, de miracles et de guérisons, de multiplication des pains et de repos. Il y aura des moments où vous pourrez être loués, mais il y aura aussi des moments d’ingratitude, de rejet, de doute et de solitude, au point de dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (…) La proximité avec Jésus nous invite à ne craindre aucun de ces moments, non pas parce que nous sommes forts, mais parce que nous regardons vers Lui, nous nous accrochons à Lui et nous Lui disons : « Seigneur, ne permets pas que je tombe en tentation ! Fais-moi comprendre que je vis un moment important de ma vie et que tu es avec moi pour éprouver ma foi et mon amour ». 

La proximité avec l’évêque

L’obéissance n’est pas un attribut disciplinaire mais la caractéristique la plus forte des liens qui nous unissent dans la communion. Obéir, dans ce cas à l’évêque, signifie apprendre à écouter et se rappeler que personne ne peut se dire détenteur de la volonté de Dieu. Celle-ci ne peut être comprise que par le discernement. L’obéissance est donc l’écoute de la volonté de Dieu, discernée précisément dans une relation. Une telle attitude d’écoute permet de mûrir l’idée que personne n’est le principe et le fondement de sa vie, mais que chacun doit nécessairement se confronter aux autres.(…) L’évêque, reste pour chaque prêtre et pour chaque Église particulière un lien qui aide à discerner la volonté de Dieu. Mais n’oublions pas que l’évêque lui-même, poursuit le pape, ne peut être un instrument de ce discernement que s’il est lui aussi à l’écoute de la réalité de ses prêtres et du peuple saint de Dieu qui lui est confié. » 

La proximité entre les prêtres

C’est précisément en partant de la communion avec l’évêque que s’ouvre la troisième proximité, celle de la fraternité. Jésus se manifeste là où se trouvent des frères disposés à s’aimer : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». (…) La fraternité, c’est choisir délibérément de chercher à être saint avec les autres, et non pas tout seul, saints avec les autres. (…) Je me sens à même de dire, poursuit encore le Pape, que là où la fraternité sacerdotale et la proximité entre les prêtres, sont mises en pratique, et là où il y a des liens d’amitié véritable, il est possible aussi de vivre avec plus de sérénité le choix du célibat. Le célibat est un don que l’Église latine conserve, poursuite le pape François, mais il est un don qui, pour être vécu comme sanctification, nécessite des relations saines, des rapports d’estime véritable qui trouvent leurs racines dans le Christ. » 

Proximité avec le peuple

« La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple. (…) Redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Jésus veut se servir des prêtres pour se rapprocher du Saint Peuple fidèle de Dieu. Il nous prend du milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance. »

Terminant son discours, le pape suggère : « Il serait bon que les évêques et que les prêtres se demandent “comment vont mes proximités”, comment suis-je en train de vivre ces quatre dimensions qui configurent mon être sacerdotal de manière transversale et qui me permettent de gérer les tensions et les déséquilibres auxquels je suis confronté chaque jour. »

2. Ces proximités, n’est-ce pas finalement cela être en synode, synode auquel le pape nous a convoqué, avec son sous-titre : communion, participation et mission ?

Je veux ici remercier les chrétiens qui participent à la cinquantaine de groupes synodaux dans notre diocèse. Vous faites l’expérience, que le synode, c’est d’abord se mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint, pour discerner ce que Dieu veut pour notre Eglise ; non d’abord pour produire un texte, mais pour vivre une expérience d’écoute mutuelle, de proximité et de fraternité. Un groupe diocésain de synthèse va avec honnêteté refléter vos travaux dans une synthèse que nous enverrons à la Conférence des Evêques à Paris. Notre monde a besoin de cette capacité des catholiques à se parler, à s’écouter et à écouter ensemble l’Esprit. Alors cette démarche synodale, je vous propose de la poursuivre après le 1er mai.

Depuis 2019, un groupe – déjà synodal sans le dire puisque composé de tous les états de vie -, travaille sur une vision pastorale et des orientations missionnaires. Je souhaite maintenant encore élargir ce travail, et je vous demande, chers chrétiens des Hautes-Alpes et vous qui participez à un petit groupe synodale, de nous retrouver au sanctuaire Notre-Dame du Laus le dimanche 1er mai après-midi.

Ce premier mai, vous prendrez connaissance du travail effectué, de la vision pastorale reçue dans la prière et des cinq chantiers que nous voulons mener jusqu’en 2030. Vous pourrez les amender et les compléter, jusqu’au 8 septembre, et nous les promulguerons et célébrerons ensemble le 1er dimanche de l’Avent.

Avec Saint Paul, au début de cette Semaine Sainte, rendons gloire à Dieu de nous avoir appelé à le suivre, en communauté chrétienne diocésaine, et redisons à notre Seigneur Jésus : 

« À lui qui nous aime,
qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,
qui a fait de nous un royaume
et des prêtres pour son Dieu et Père,
à lui, la gloire et la souveraineté
pour les siècles des siècles.
 » Amen.

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