Les 15 et 16 octobre, les évêques, vicaires généraux, vicaires épiscopaux, et doyens de la province ecclésiastique de Marseille (soit la région PACA et la Corse) se sont retrouvés au sanctuaire Notre-Dame du Laus pour deux jours de travail, d’échange, de prière.

Soit en tout 90 évêques et prêtres venus des neuf diocèses de la région : Marseille, Aix-Arles, Ajaccio, Avignon, Digne-Riez-Sisteron, Fréjus-Toulon, Gap et Embrun, Nice, Monaco.

Photo de groupe à l’issue de l’eucharistie du lundi 15 octobre

Cette session coïncidait avec le 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II et le déroulement en cours à Rome du synode pour la nouvelle évangélisation.

Une partie de l’assemblée

Un groupe de travail

Le dimanche 14 au soir le Père Éric Blanchard a donné un concert pour les premiers arrivants, accompagné d’une lecture de textes par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Le mardi, Henri Tincq, informateur religieux du quotidien Le Monde de 1985 à 1998, et qui contribue désormais au magazine en ligne francophone Slate, donnait une conférence. Celle-ci avait pour but de présenter l’état des lieux de l’Église aujourd’hui.

Le concert du dimanche soir

Henri Tincq, au cours de sa conférence

Les différents points de vue qui n’ont pas manqué de s’exprimer au cours de ces deux jours sur la nouvelle évangélisation retrouvaient leur unité dans l’eucharistie partagée, la première le lundi 15 octobre, présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun, et la seconde le lendemain, présidée par Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille.

L’ensemble des prêtres concélébrants

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, présidant l’eucharistie du lundi

 

Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Lundi 15 octobre 2012
Sainte Thérèse d’Avilà

Les Ninivites ont beau s’être convertis à la proclamation de Jonas, de Ninive il ne reste que des ruines. Où est donc la splendeur des temps passés ? Où sont Carthage, Thèbes, Tyr, Babylone, Persépolis et tant d’autres cités prospères, puissantes et peuplées ? Qu’est devenue Alexandrie qui nous a donné Origène, Athanase, Cyrille ? Et Hippone qui nous a donné Augustin ? Que deviennent nos villages, particulièrement dans les diocèses ruraux que les prêtres continuent à desservir jusqu’à l’épuisement ? Ces villages n’auront-ils bientôt de chrétiens que leur nom, leurs églises devenues salles des fêtes ?

Nous sommes plongés dans un monde en profonde mutation. « Qui croire ? Que croire ? », se demandent beaucoup de nos contemporains. Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Pour beaucoup l’humanité part en vrille. Pour beaucoup l’Église prend l’eau de toute part. Qu’il suffise de lire le dernier sondage de La Croix. Ce serait être aveugle que ne pas s’en rendre compte. Le monde va-t-il quelque part ? A-t-il encore un sens ?

Il est sûr que si on exclut Dieu du casting, une vie donnée comme celle d’un prêtre, d’une religieuse, n’a aucun sens. Et si l’on veut absolument accréditer la série télévisée Ainsi soient-ils d’une seule vertu, c’est de montrer cela. En revanche, si Dieu existe, nous devons de toute évidence l’adorer, le servir, l’aimer, et aimer et servir toutes ses créatures  –  et particulièrement nos frères et sœurs  –  comme Dieu les voit et les aime, jusqu’à donner notre vie pour eux si cela nous est demandé.

C’est ce à quoi nous invite, dans le langage de son époque, sainte Thérèse d’Avilà, que nous célébrons aujourd’hui. Je la cite : « Nous reconnaîtrons, ce me semble, que nous observons bien ces deux choses [l’amour de Dieu et l’amour du prochain], si nous observons bien celle d’aimer notre prochain : ce sera le signe le plus certain ; nous ne pouvons savoir si nous aimons Dieu, bien que d’importants indices nous fassent entendre que nous l’aimons, mais nous pouvons savoir, oui, si nous avons l’amour du prochain. Et soyez certaines que plus vous ferez de progrès dans cet amour-là, plus vous en ferez dans l’amour de Dieu. » [Le château intérieur, Ves demeures, chap. III, 8, trad. Marcelle Auclair]

La lecture de saint Paul aux Galates nous invite à cette liberté dans l’amour. Et l’Évangile d’aujourd’hui à l’audace d’aller vers tous. Car qui était Jonas, sinon un prophète étranger, juif, et donc croyant en un seul Dieu, envoyé porter un message à une ville païenne, polythéiste, idolâtre ? On comprend que Jonas ait freiné tout d’abord des quatre fers. Mais une fois qu’il s’est rendu à Dieu et qu’il a délivré le message, ça a marché, car les cœurs étaient prêts à être labourés ! Et la reine de Saba qui était-elle, sinon une païenne aussi, qui n’a pas hésité à venir de loin écouter Salomon, ayant eu vent de sa sagesse, et qui en a tiré profit ! Et avec nous aujourd’hui qui avons-nous ? Sinon le Christ qui est bien plus grand que Salomon, bien plus grand que la reine de Saba ! Certes pour Lui ça a mal tourné, mais à vue humaine seulement, car nous le savons ressuscité, sa parole est présente, et nous en sommes les héritiers.

Alors, être seul avec son porte-voix à délivrer un message difficile à entendre au sein d’une multitude païenne, cela ne devrait pas nous décourager ! D’ailleurs les participants au synode sur la Nouvelle Évangélisation ne le sont pas. Et nous-mêmes ici non plus. Mais tout en m’adressant à vous, je voudrais m’adresser aux mélancoliques qui reviennent sans cesse sur ce qui aurait pu être et ne sera jamais, ou encore aux idéologues qui voudraient imposer le bien à tout prix.

L’ère messianique, cette ère où tous les conflits seront résolus, où la paix régnera, nous ne pouvons douter qu’elle sera la fin, le terme de l’histoire, – et cela n’est pas de la consolation à bon compte –, mais nous ne pouvons pas la proposer comme fin, comme but.

Du bon grain et de l’ivraie, il y en aura toujours, et dans le monde, et dans l’Église, et dans notre cœur. Jésus nous a d’ailleurs à ce sujet bien prévenu qu’il ne fallait pas chercher à les séparer avant le jour du jugement, de la moisson. Nous sommes seulement chargés de dire, pas de faire croire, comme disait Bernadette Soubirous, tout comme Jonas a été chargé de dire, et non pas d’imposer.

Nous pouvons mettre en garde, avertir, prévenir, comme Jonas a mis en garde, en rappelant par exemple que ce n’est pas impunément qu’on offense la justice, en rappelant que le mal qu’on trame se retourne forcément un jour où l’autre contre son auteur, en rappelant, comme Benoît XVI l’a encore fait au Liban, que l’on prend de gros risques à ne pas respecter « la grammaire qu’est la loi naturelle inscrite dans le cœur humain ». Mais pour le reste, pour ce qui est d’une intelligence et d’un cœur qui s’ouvrent à la voix du Seigneur, cela ne dépend plus de nous : cela relève de la grâce de Dieu et d’une liberté humaine que nous n’avons pas à forcer. Jonas n’a fait que traverser la ville, il n’a pas forcé les portes des maisons !

Le non-croyant est quelqu’un qui n’a pas encore découvert de quel amour il est aimé. Alors ce n’est certainement pas en forçant la porte de sa conscience, en forçant son cheminement, que nous le lui ferons découvrir. Tout ce que nous pouvons être pour lui, c’est être un signe traversant sa vie comme Jonas a traversé Ninive, c’est être disponible à ses questionnements comme Salomon l’a été à ceux de la reine de Saba.

En même temps, ne nous mettons pas trop rapidement du côté de ceux qui savent tout, qui ont réponse à tout. Mettons-nous aussi un peu du côté de la génération mauvaise décrite par Jésus, du côté de la génération qui demande un signe. Un signe pour croire, un signe pour espérer, un signe pour être convaincu du bien-fondé de nos choix, de nos convictions, de nos initiatives pastorales. Or à nous aussi il n’est donné que le signe de Jonas. Jonas passe dans nos vies. L’entendons-nous ? Nous sommes-nous laissés toucher comme les Ninivites ? Avons-nous vraiment embrassé l’Évangile ? On peut se poser légitimement la question. Nous devons nous la poser ici, au Laus, lieu de conversions.

Nous connaissons bien des prêtres qui nous bouleversent par leur témoignage, mais nous en connaissons aussi qui jouent au prêtre, qui jouent un rôle ; et nous en connaissons peut-être aussi qui se laissent enfermés dans un rôle, dans une fonction. Sainte Thérèse d’Avilà peut les aider. Elle qui joua à la religieuse petite fille et qui passa ensuite de années à n’être qu’une moniale de façade. Ce n’est que dans son âge mûr qu’elle se convertit enfin vraiment. C’est à partir de ce moment-là qu’elle a pu réformer son ordre religieux. C’est à partir de ce moment-là qu’elle a pu enfin accéder à la vraie liberté, celle qui lui faisait jouer des castagnettes pour ses sœurs sans craindre de retomber dans les chaînes de son ancien esclavage.

En terminant, une citation de Sainte Thérèse d’Avilà : « Quand par ses voies secrètes Dieu semble nous faire comprendre qu’il nous écoute, alors, il convient de nous taire » [Le château intérieur,  IVes demeures, chap. III, 5, trad. Marcelle Auclair]. C’est ce que je m’empresse de faire.

 

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Mas

    La sincérité évidente de votre homélie, Monseigneur, non destinée à nous les laïcs, m’a profondément touchée.
    Dans un premier temps je n’avais pas souhaité m’exprimer.
    Pourtant, je vais quand même dire ceci : l’été dernier le curé du groupement paroissial rural où je passe mes vacances me confiait son découragement face à certaines tentatives infructueuses récentes dans son lourd ministère (douze villages très éloignés les uns des autres) et terminait par ces mots :
    « Je me demande ce que nous pourrions faire de plus, mais Dieu, s’Il veut que ça dure, il faudra bien qu’Il y mette du sien ! Gardons confiance ! Je suis certain qu’Il nous viendra en aide ! Ce n’est pas possible qu’Il nous laisse tomber, qu’Il veuille que ça s’arrête ! »
    Je pense souvent à cette petite phrase, proche du désespoir, elle est présente dans ma prière.
    Ce n’est peut-être pas raisonnable, je suis peut-être aveugle, mais “je veux” garder confiance !

  2. carmen Estrangin

    Très belle homélie de notre évêque!

Les commentaires sont fermés.