Contrairement au reste de la semaine, la météo a été clémente en cette fin d’après-midi du samedi 3 mars 2018 pour permettre le bon déroulement du programme très étoffé élaboré, piloté et géré par Joël Christophe en lien avec la mairie de Ventavon, le diocèse de Gap et d’Embrun et les pères Jean-Baptiste Tran et Pierre Fournier.

En effet, pour fêter de manière solennelle le retour après 24 mois de travaux de restauration du retable et du maître-autel de l’église Saint-Laurent de Ventavon, cinq temps forts étaient programmés en cette fin d’après-midi :

  • D’abord un concert très apprécié donné par la Chorale Little Happy Choir.

  • Puis une messe célébrée par notre nouvel évêque Xavier Malle et concélébrée par notre curé actuel Jean-Baptiste Tran et notre ancien curé Pierre Fournier avec en point d’orgue la bénédiction du retable et du maître-autel.

  • Ensuite la présentation dans la salle du Prieuré d’un diaporama remarquable réalisé par Denis Buffet retraçant l’historique de tous les travaux réalisés au fil du temps dans l’église Saint-Laurent.

  • Ce diaporama a été suivi d’un apéritif offert par la commune de Ventavon et son maire Juan Moreno à cette occasion.

  • Et pour finir, un repas organisé par certains paroissiens de notre secteur à l’Auberge du Prieuré pour permettre de poursuivre de manière plus conviviale les échanges avec notre nouvel évêque pour sa première sortie au sein de notre secteur paroissial.

Il y a eu beaucoup de participants à ce riche programme parmi lesquels la quasi-totalité des élus qui ont rendu possible cette restauration. Et tous ont été ravis par la qualité de ce programme.

Nos remerciements pour ce succès indéniable reviennent en premier lieu à Joël Christophe et à tous ceux qui ont co-construit et géré avec lui ce programme ambitieux pour que cette restauration soit un événement.

Jean-Luc Lang

Homélie de Mgr Xavier Malle à Ventavon

« L’amour de ta maison fera mon tourment ». L’évangéliste saint Jean précise que les disciples se rappellent cette phrase de l’Écriture. Elle vient du psaume 68/69 : « Le zèle de ta maison m’a dévoré ». C’est la plainte de quelqu’un qui est persécuté à cause de sa foi : « Dieu d’Israël, c’est à cause de toi que je supporte l’insulte… Oui, le zèle pour ta maison m’a dévoré ; ils t’insultent et leurs insultes retombent sur moi. » Pour saint Jean, c’est une manière discrète d’annoncer la persécution qui attend Jésus. Nous sommes ce soir déjà au 3dimanche du Carême ; la Passion approche.

Bien sûr, en entendant cette parole alors que nous bénissons ce retable restauré, nous pouvons aussi l’interpréter ainsi : le soin de ta maison, de cette église de Ventavon est au cœur des préoccupations des habitants, du maire et de son conseil municipal. Et c’est juste; vous aimez votre église. Vous y avez vécu des choses fortes, des rencontres avec Jésus au tabernacle, des événements joyeux comme des mariages, douloureux comme des sépultures. Votre participation à la souscription avec la Fondation du patrimoine montre votre attachement à votre église. Ce retable en bois peint et doré ainsi que la statue de saint Laurent, tout cela vous aidera encore plus à la prière.

Avant cette citation, saint Jean rapporte la célèbre colère de Jésus qui a chassé les marchands du temple. Parfois on l’interprète simplement en disant : ne parlons pas d’argent dans nos églises. Mais parenthèse, d’une part nous avons besoin d’argent pour vivre, et c’est par exemple l’appel au denier de l’église que vous avez pu recevoir. Le Denier, c’est le devoir moral de tout baptisé de faire vivre son prêtre, en offrant par exemple une journée de travail. Fin de la parenthèse.

L’interprétation la plus profonde est la suivante : ne faisons pas commerce avec Dieu dans nos églises. Dieu n’est pas un distributeur, un juke box dans lequel je mettrais une pièce et j’aurais telle musique, tel cadeau de Dieu. Nos prières, nos offrandes, nos cierges n’achètent pas la grâce, les dons de Dieu. Au contraire, tout cela nous prépare à recevoir le don que Dieu veut nous faire. Quand vous venez prier dans votre église paroissiale, vous venez ouvrir vos cœurs largement. Alors Dieu peut y déverser son amour.

C’est le sens de nos prières devant les images saintes, les statues, les tableaux. Nous n’achetons pas l’intervention, l’intercession du saint, nous ouvrons notre cœur en nous confions à sa prière, par exemple de celle de saint Laurent.

Sans doute connaissez-vous son histoire. Il est très célèbre au point que son nom est même cité dans la première prière eucharistique. Il est souvent représenté comme diacre, tenant un gril. En effet, diacre de l’Église de Rome, auprès du pape saint Sixte II, il a pour fonction d’être le gardien des biens de l’Église. Lorsque l’empereur Valérien prend un édit de persécution interdisant le culte chrétien, même dans les cimetières, il est arrêté en même temps que le pape et les autres diacres. Ils sont immédiatement mis à mort, mais lui est épargné dans l’espoir qu’il va livrer les trésors de l’Église. Sommé de livrer les trésors, il rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles. “Voilà les trésors de l’Église.” Il est condamné à être brûlé vif sur le gril. Il a encore le sens de l’humour et un courage extraordinaire : “C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner,” dira-t-il au bourreau. Alors en priant saint Laurent, nous demandons à Dieu le même courage et le même amour des pauvres.

Mais peut-être avez-vous levé l’oreille au début de la première lecture, car cela semble contredire tout ce que je viens de dire. «Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte.» Une interprétation rapide nous ferait comprendre qu’on ne devrait pas avoir d’images ou de statues dans nos églises. Mais c’est trop rapide pour deux raisons :

  • Certes on ne peut représenter Dieu, car Il est pur esprit et dépasse notre imagination, même si parfois on a des représentations de Dieu comme un vieillard avec une grande barbe blanche. Cela s’explique car nous ne sommes pas des purs esprits, et nous avons besoin de représentations. Mais surtout, depuis l’incarnation, depuis que le Verbe a pris chair, depuis que Jésus est né à Bethléem, il a un corps humain que l’on peut représenter. Donc on peut représenter sans soucis Jésus et les saints, comme saint Laurent. Quand nous vénérons une statue, ce n’est pas la statue, mais la personne représentée que nous vénérons.
  • Et surtout, cette interdiction qui est le début de ce qu’on a appelé ensuite au catéchisme les dix commandements, s’adresse à un peuple qui était entouré de peuples  polythéistes, qui croyaient en plusieurs Dieu. On comprend mieux alors l’interdiction : « Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. » Il me semble que c’est toujours valable. En carême, il est bon de se demander quels sont nos autres Dieu.

Notre Dieu s’est fait homme et a donné sa vie pour nous. Comme dit l’apôtre saint Paul, « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. » C’est toujours un scandale de penser que Jésus le fils de Dieu accepte de mourir comme un esclave, sur une croix.

Dans l’évangile, quand Jésus parle du temple et invite à le détruire et dit qu’en trois jours il le relèverait, saint Jean précise qu’il parlait du sanctuaire de son corps.

Cela est bien marqué dans cette église de Ventavon. Sur le site internet de la commune, et je remercie celui qui a donné l’explication d’une particularité locale : le mur Nord de l’abside est dévié de 9° vers l’axe de l’édifice à la hauteur du chevet. Cette déviation se retrouve dans d’autres églises provençales et de nombreuses hypothèses sont énoncées pour en donner la raison écrit-il.

  • Explication terre à terre : Respecter les propriétés privées qui l’entouraient ou de contourner un rocher gênant.
  • Une raison mystique : Une image du Christ crucifié au corps incliné sur le côté, à la tête penchée par la mort.
  • Une symbolique de la construction : un cheminement pour le catéchumène, traverser le narthex (ou Galilée, région où Jésus a enseigné) dans l’ombre pour arriver aux fonts baptismaux (passage de la Passion à la Résurrection du Christ, de la mort à la vie) placés à l’époque dans l’absidiole devant l’ancienne porte d’entrée, avant d’aller vers la lumière du chœur. La dissymétrie de l’abside pourrait s’expliquer par le champ de visibilité du chœur entier que les baptisés pouvaient avoir de l’absidiole.

Bravo pour cette recherche. Oui, votre église représente Jésus crucifié, au milieu de vous. Elle est présence de Dieu dans votre village.

Alors merci pour cette restauration. Amen.

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

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