Le père Jean-Luc Grizolle, curé pour le Queyras

Le père Jean-Luc Grizolle, curé pour le Queyras, avait invité Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à présider la fête patronale de saint Romain à Molines-en-Queyras le mardi 18 novembre 2014.

Une “via lucis” (chemin de lumière) sculptée par René Eyméoud, agriculteur en retraite de Molines, venait d’être installée dans l’église.

Comme un Conseil épiscopal était prévu de longue date le même jour, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a rassemblé son conseil à Molines.

Visite à 360° de l’église Saint-Romain

Ci-dessous l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et des photos du Conseil presbytéral, de la messe et de la bénédiction du “chemin de lumière”.

Saint Romain, le patron de la paroisse, avait été persécuté par l’empereur Dioclétien. Une situation “on ne peut plus d’actualité quand on regarde ce qui se passe autour de nous” a dit Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Le presbytère et l’église Saint-Romain à Molines-en-Queyras

Statue de la Vierge Marie à l’entrée de l’ensemble “cimetière, église, presbytère”

Au cours de la messe, les pères Jean-Luc Grizolle, Marius Chevallier, André Foy, André Bernardi et Pierre Fournier

Les pères Sébastien Dubois, Ludovic Frère, Bernard Perret, et le diacre Hugues Chardonnet

Bénédiction du chemin de lumière après l’homélie.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri remercie René Eyméoud.

Apéritif devant le presbytère après la messe

Conseil épiscopal dans une salle du presbytère. Sur les tables le “Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde” dont il est question dans l’homélie


Homélie

Je pense que si vous avez été attentifs, il ne vous aura pas échappé à quel point la Parole de Dieu qui nous est donnée aujourd’hui est on ne peut plus d’actualité quand on regarde ce qui se passe autour de nous. Cette parole-là nous est adressée aujourd’hui et nous rejoint dans ce qu’un certain nombre de chrétiens vivent aujourd’hui dans le monde.

Un ancien curé de Molines, le père Guibert [NdR : +1951], avait dit de saint Romain qu’il était de Césarée, martyrisé pour sa foi à Antioche en 304 lors de la persécution de Dioclétien contre les chrétiens. Alors 304 cela nous paraît bien loin dans le temps : 1710 ans… Et Antioche bien loin dans l’espace : à l’autre bout de la Méditerranée.

Mais si je vous dis qu’Antioche est la ville où pour la première fois le nom de « chrétien » a été utilisé pour désigner les disciples de Jésus… Et si je vous dis aussi qu’Antioche est à la frontière de la Syrie… Et si je vous dis que c’est depuis Antioche que furent évangéliser la Mésopotamie et l’empire perse (en gros on peut dire l’Irak et l’Iran actuels)… Alors tout d’un coup ce qui est arrivé à saint Romain là-bas, si loin, nous apparaît tout proche.

Et peut-être même que cela nous apparaît proche comme au pape François, qui confiait il y a peu de temps, je le cite : « Les chrétiens persécutés sont une préoccupation qui me touche de près en tant que pasteur. » Et il poursuit, je le cite : « Je sais beaucoup de chose sur les persécutions, qu’il ne me paraît pas prudent de raconter ici pour n’offenser personne. Mais dans certains endroits il est interdit de posséder une Bible ou d’enseigner le catéchisme ou de porter une croix… Je voudrais qu’une chose soit claire : je suis convaincu que la persécution contre les chrétiens est aujourd’hui plus forte qu’aux premiers siècles de l’Église. Il y a aujourd’hui plus de chrétiens martyrs qu’à cette époque-là. Ce n’est pas de l’imagination : les chiffres sont là. »

Alors voilà, ce qui disait le pape François il y a peu de temps, en juin dernier. La persécution contre les chrétiens est aujourd’hui plus forte qu’aux premiers siècles de l’Église, qu’au temps de saint Romain que nous fêtons aujourd’hui. Et les chiffres sont là. Et derrière les chiffres – il ne faut pas l’oublier – derrière ces chiffres se cachent des vies humaines, des histoires singulières, des visages, des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. Derrière les chiffres, ce sont des persécuteurs et des persécutés, des bourreaux et des victimes.

Alors, la question que nous pouvons nous poser, c’est comment portons-nous ce qui se passe là-bas, au loin, en Irak, en Syrie et ailleurs, et qui est pourtant si proche de nous ? Que faisons-nous de ce que nous apprenons par la télévision, la radio, les journaux ? Bien sûr c’est facile pour le pape me direz-vous de s’en préoccuper. C’est même son devoir. Mais nous ? N’est-ce pas aussi notre devoir ? Une actualité en chasse une autre, une affaire en chasse une autre. Comment pouvons-nous faire quelque chose ? Comment pouvons-nous nous montrer solidaires et non pas indifférents ?

La semaine dernière encore, le pape François a appelé « à une vaste mobilisation des consciences de tous ceux qui ont des responsabilités au niveau local et international et à toutes les personnes de bonne volonté ». Sera-t-il entendu ?

J’ai participé, vous le savez sans doute, au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde. L’éditeur avait en tête un livre qu’il avait publié il y a quelques années : le Livre noir du communisme, qui, en 1997, avait suscité beaucoup d’émoi. Je crains qu’il n’en soit pas de même avec le Livre noir de la condition des chrétiens.

Les chrétiens n’intéressent plus. Notre foi n’apparaît plus pertinente. Nos frères chrétiens au loin se sentent abandonnés même par nous, leurs frères et sœurs dans la foi. Le nombre de baptisés continue de baisser en France. En 2000, pour la première fois, la moitié d’une classe d’âge était baptisée, 46 % en 2004, et seulement 32 % en 2013. Il a fallu attendre le mois de septembre de cette année pour voir quelques députés (même pas l’ensemble des députés ! Juste 1/5e d’entre eux), constituer un groupe d’études sur les chrétiens d’orient, même pas un groupe d’action, mais un groupe d’études. C’est tout dire…

Dans notre pays, on se soucie, à juste titre, du chômage, et de l’écologie. Et c’est légitime. Et pourtant… Et pourtant, comme disait Max Gallo récemment à propos du livre sur la condition des chrétiens dans le monde, je le cite : « Vouloir sauver la “terre”, ce n’est pas que se soucier d’écologie et de gaz à effet de serre, c’est sauvegarder ce cœur d’une fraction d’humanité qui a parlé, et parle encore, de l’Amour, c’est-à-dire de l’Humain. “Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.” » Fin de la citation de Max Gallo.

Oui, ce qui est en jeu, c’est un Dieu qui nous parle d’amour et qui nous demande de nous aimer les uns les autres. Alors que pouvons-nous faire, nous ici ? Bien sûr envoyer des dons par l’intermédiaire du Secours catholique, de l’Aide à l’Église en Détresse, de l’Œuvre d’Orient. Bien sûr, comme nous y invite aussi le pape, « prier de façon particulière pour les chrétiens qui subissent des discriminations à cause du témoignage rendu au nom du Christ et de l’Évangile ». Mais aussi, ce que nous pouvons faire, c’est ici, là où nous sommes, les uns pour les autres, les uns avec les autres, vivre dans la tolérance, la concorde, l’amitié. Ce que nous pouvons faire, c’est réinjecter dans la société nos idéaux chrétiens, en montrer la pertinence pour aujourd’hui. J’entendais hier à la radio un spécialiste des mouvements djihadistes dire que les jeunes comme Maxime Hauchard se radicalisaient en raison du vide idéaliste chez nous. Que sommes-nous vraiment ? Que donnons-nous à voir pour que nous n’attirions plus ? Pourquoi la vie religieuse n’attire plus ? Pourquoi le sacerdoce n’attire plus ? Qu’une vie donnée, une vie d’amour n’attire plus ? Sommes-nous donc sans idéaux, nous les chrétiens ? Ce que nous pouvons faire, c’est être vraiment une Église vivante, même peu nombreuse, être vraiment une cellule vivante du corps immense du Christ qu’est l’Église à travers l’espace et le temps. Alors le témoignage qu’a rendu saint Romain au Christ pendant qu’on lui coupait la langue, puis qu’on le jetait aux fers, puis qu’on l’étranglait, alors ce témoignage n’aura pas été vain.

L’abbé Guibert avait écrit que la statue de saint Romain présente dans cette église avait été acquise en 1856 et qu’elle était un don d’Élisabeth Eyméoud. Nous allons tout à l’heure bénir le chemin de lumière réalisé et offert par un autre Eyméoud, je veux parler de René. Merci à lui. Comme vous pouvez le remarquer, ce chemin de lumière fait pendant au chemin de croix. Tout comme le chemin de croix, il comprend quatorze stations.

Le chemin de croix, la via crucis, est un chemin de ténèbres. Il débute avec le procès de Jésus devant Pilate. Il s’achève avec la mise au tombeau. La via lucis est à l’inverse, comme son nom l’indique, un chemin de lumière. Il débute avec le tombeau vide, et culmine avec l’effusion de l’Esprit Saint sur les apôtres à la Pentecôte.

Pourquoi ce chemin de lumière ?… Tout simplement pour ne pas nous arrêter à la mort ! Pour dire que la mort n’est pas le dernier mot ! Le Christ est ressuscité ! Et il a répandu l’Esprit Saint sur les apôtres et sur son Église !

C’est vrai, le Christ a suivi un chemin de ténèbres. C’est vrai, saint Romain a été conduit lui aussi vers la mort. C’est vrai, des chrétiens sont persécutés. Mais par ce chemin de lumière faisant le pendant du chemin de croix, nous rappelons l’amour infini de notre Dieu. Dieu notre Père a ressuscité son Fils par la puissance de son Esprit Saint. La mort est un passage, pas une impasse. Suivre ces deux chemins, de croix et de lumière, peut nous aider à porter nos croix de tous les jours avec des visages de ressuscités ! Peut nous aider à témoigner du Christ contre la haine à l’image de saint Romain qui portait en lui une espérance plus forte que la mort. Saint Romain savait que rien ne pouvait le séparer de l’amour de Dieu : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature. Rien, absolument rien. Car l’amour en lui était tout. Car il était l’amour.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN