Jeudi 14 novembre, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait la célébration eucharistique à Saint-Véran dans le Queyras. Ci-dessous des photos de la célébration et l’homélie. 

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Le retable de l’église, avec saint Véran dans la niche de gauche et sainte Marie Madeleine dans celle de droite

Il n’est peut-être inutile de rappeler qui fut saint Véran que nous célébrons aujourd’hui. Il vécut à l’époque de saint Arey (VIe siècle) et fut connu de saint Grégoire de Tours qui signale son don de thaumaturge. Sa vie est très légendaire. Originaire du Vaucluse, il aurait été ordonné au diocèse de Mende, puis serait revenu au pays natal, ses parents défunts, pour vendre tous ses biens et devenir ermite à Sorgues, auprès de la fontaine de Vaucluse, où il bâtit un oratoire à la Vierge. Un pèlerinage à Rome l’aurait fait passer par Embrun, semant des miracles tout au long de sa route. Élu par la voix populaire évêque de Cavaillon, il aurait veillé spécialement à la formation du clergé, à l’aide aux pauvres et à la construction de lieux de culte. Mort à la fin du VIe siècle, il fut enterré selon son vœu à la chapelle de Sorgues. En 1303, l’évêque Pons Augier transféra son corps à la cathédrale de Cavaillon et distribua ses reliques. Un os du bras alla à Embrun, ce qui provoqua le culte local.

Mais venons-en à la parole de Dieu qui nous est adressée aujourd’hui. « Convertissez-vous ! » Cet appel de la part de Jésus fait peur. Immédiatement on imagine les privations, le jeûne, les mortifications, les interdits, tout ce qu’on ne pourra plus faire. Et pour quoi en contrepartie ?…  

Si vous partez avec l’idée que la conversion consiste en cela, je comprends que vous n’en vouliez pas. Moi non plus d’ailleurs !

En réalité, la conversion est un choix positif. On quitte quelque chose, certes, mais c’est parce qu’on est attiré par quelque chose de plus grand, de plus beau, de meilleur.

Imaginez un objet métallique attiré par un aimant. Il suffit de passer un aimant plus puissant à proximité pour arracher l’objet au premier aimant et l’attacher au second.

Rappelez-vous vos amours ! Vous n’avez pu quitter votre père et votre mère, fonder une famille, que parce que ce qui vous attirait a été plus fort que ce qui vous retenait ! Quand on aime, on est attiré et lié comme par un invisible aimant.

Ici, aujourd’hui, dans cet évangile, c’est la même chose. Ce vers quoi les disciples se tournent est plus attirant que ce dont ils se détournent ! Les apôtres quittent tout lorsque Jésus passe près d’eux et les appelle. Jésus a été pour les apôtres un puissant aimant ! Les apôtres se sont laissés aimanter ! Ils se sont laissés aimer !

Jésus est une personne. Et les disciples ont été attirés par sa personnalité, son autorité, sa bonté, tout ce qui émanait de sa personne. Ceci est toujours vrai aujourd’hui ! Être chrétien, ce n’est pas en premier lieu suivre une religion, des préceptes, des valeurs, un mode de vie, une manière de voir le monde et les gens, une manière de penser Dieu. Tout cela est vrai, mais ce n’est pas l’essentiel, ce n’est pas le cœur de la vie chrétienne. Être chrétien, c’est en premier lieu suivre une personne, suivre Jésus.

Suivre Jésus, cela pouvait être clair pour les disciples ! Même s’ils ne comprenaient pas tout ce que disait Jésus, ils pouvaient le suivre ne serait-ce qu’en l’accompagnant de village en village, en partageant avec lui le gîte et le couvert. Mais nous, hommes et femmes du XXIe siècle, comment suivre Jésus ?

Pour toute personne, même le non-croyant, je dirais que suivre Jésus, c’est déjà le prendre au sérieux. Jésus, ce n’est pas n’importe qui, et il ne dit pas n’importe quoi ! Il mérite qu’on s’y arrête, qu’on y prête attention. Accordons à Jésus une présomption de vérité !

On parle beaucoup, pour la protection de l’environnement, du principe de précaution. Selon ce principe, « l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. » (Rio, 1992). Eh bien je dirais concernant Jésus que « l’absence de foi en Jésus ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives pour étudier Jésus et son message, ceci afin de prévenir la dégradation de notre vivre-ensemble. » Regardez par exemple le Mahatma Gandhi. Lire les évangiles lui a été utile pour sa vie personnelle et pour le message de paix qu’il avait à transmettre. Certes, il n’est pas devenu chrétien pour autant. Mais au moins il a étudié les évangiles. Plus encore, il a été séduit par l’enseignement du Christ, par le sermon sur la montagne. Et lors d’une visite du musée du Vatican et de la Chapelle Sixtine en 1931, il a été comme attiré, subjugué, aimanté par un Christ en croix, relatant peu après : « Je n’arrivais pas à m’en détacher. Des larmes me vinrent aux yeux pendant que je le regardais. » [i]

Une croix de la Passion à Saint-Véran (Hautes-Alpes)

Et pour nous aujourd’hui, chrétiens dans le Queyras ? L’appel à croire à la Bonne Nouvelle, au message de Jésus-Christ, nous l’entendons plusieurs fois dans l’année, comme aujourd’hui dans cet évangile alors que nous fêtons l’évêque saint Véran. Cet appel, nous l’entendons dans nos montagnes quand nous croisons une Croix de la Passion portant fouet, couronne d’épines, échelle, marteau, clous, éponge, lance, tenailles… et tout en haut le coq du reniement de Pierre.

Que faisons-nous de cet appel ?

Les évangiles ne sont pas des historiettes pour grenouilles de bénitier ! Les évangiles sont un feu ! Que faisons-nous de cet appel de Jésus à la croisée de nos chemins, à la croisée de nos vies ? Est-ce que nous repoussons notre réponse à plus tard ? Est-ce que nous cherchons toutes les excuses possibles pour nous défiler ? Est-ce que nous faisons comme les trois célèbres singes : nous n’avons rien vu, rien entendu ?

Twitter : Suis-moi !

Ce n’est pas suivre Jésus que de le suivre comme on suit Katy Perry, Justin Bieber ou Lady Gaga sur twitter, pour citer juste les trois personnes les plus suivies au monde sur ce réseau social. Non, ce n’est pas en accédant juste de temps à autre à ce qu’il a dit et à ce qu’il a fait qu’on suit Jésus. On est disciple de Jésus lorsqu’on change de vie, lorsqu’on change l’ordre des priorités dans nos vies !

Soyons donc plutôt comme les quatre apôtres d’aujourd’hui : Simon et André, Jacques et Jean. Tant pis si nous nous lançons sans trop réfléchir et avec trop de fougue comme Simon Pierre. Tant pis si nous nous trompons sur les intentions de Jésus, comme les fils de Zébédée lorsqu’ils demandèrent à Jésus les meilleurs places pour eux à la droite du Père. Tant pis si demain nous trahissons Jésus et que nous ne réalisons qu’après coup l’ampleur des dégâts, comme Pierre au chant du coq ! Au moins nous aurons suivi Jésus. Au moins nous aurons appris de lui. Au moins nous l’aurons porté au monde. Et si nous venons à trahir Jésus, il sera plus facile de revenir à lui que si nous n’avons jamais rêvé, jamais cru en l’amour, jamais espéré, jamais bougé le petit doigt pour plus de justice, de vérité, de paix, au nom même de Jésus.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de GAP et d’EMBRUN



[i]« It was wonderful. I could not tear myself away. The tears sprang to my eyes as I gazed. » Mahatma Gandhi par Sankar Ghose, Allied publishers limited, 1991, page 216