Mardi 13 novembre, autorités civiles et religieuses se trouvaient rassemblées au pied de la cathédrale de Gap pour inaugurer les nouveaux éclairages extérieurs. Chœurs, cuivres, récitatifs accompagnaient les lumières, faisant de cette inauguration un véritable spectacle son-et-lumière.

Ci-dessous des photos et les discours du père Jean-Michel Bardet, curé de la paroisse Saint-Arnoux pour le Gapençais, de Roger Didier, maire de Gap, et de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri émettant le souhait que le parvis puisse être réaménagé.

 

Méditation par le Père Jean-Michel Bardet, curé

 

Éclairage de la Croix

Que ce soit depuis la descente de Bayard, ou depuis le quartier de la Tourronde, elle semble nous faire signe, du haut de ses 69 mètres, comme des bras ouverts, entre ciel et terre, point de convergence, elle nous fait signe comme une invitation à nous approcher…

Intermède musical : Quatuor de Cuivres – « Chorale » de Jean-Sébastien Bach

Éclairage des abat-son

Elles tintent, alertent et rassemblent, invitent à partager peines et joies, rythment la vie de la cité. Souvenons-nous ! Il y a juste seize années, elles déambulaient sur ce parvis lors des fêtes du centenaire de la cathédrale… Elles nous répondent ce soir à l’appel de leurs noms :

            Christ-Roi, qui nous vient de la chapelle de l’Adret.

Tintement de la cloche susnommée

            Pierrette

Tintement de la cloche susnommée

            Adèle Caroline Napoléon

Tintement de la cloche susnommée

            Marie Jeanne Eudoxie

Tintement de la cloche susnommée

Éclairage du cadran de l’horloge

Les voici qui tournent, et marquent les secondes, les minutes, les heures de ce temps qui nous échappe, qu’il nous faut apprendre à habiter… Ces larges aiguilles qui ne cessent de trotter, sans se lasser, et tricotent infatigables nos journées, nos semaines,… jusqu’au dernier soupir.

Intermède musical : Chorale – « Sanctus »

Éclairage du tympan et du porche

Tout en dessous, de larges portes, prêtes à s’ouvrir, à nous accueillir, nous invitant à découvrir d’autres espaces ciselés de mains d’homme, et donnant à comprendre d’autres espérances où le Ciel lui-même aura imprimé sa mesure…

Juste en-dessus des portes, ce personnage qui nous regarde : il est le Christ, Celui sans qui, ni la cathédrale, ni ses fidèles à travers les âges et nous aussi ce soir ne serions là, rassemblés.

Il semble nous redire :

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était informe et vide,
les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme
et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres.

Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ».
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le premier jour. »

Il semble vouloir encore nous confier ses paroles d’Évangile :

« On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ».

Ainsi, cette lumière depuis les origines, qui porte en elle la Vie.

Ainsi cette Parole de Dieu.

Elle semble s’élever, courir le long des colonnades, gravir les degrés d’une architecture centenaire, et illuminer à nouveau cette croix, désignant entre Ciel et Terre un point de convergence, un lieu de rendez-vous, nous redisant alors que Dieu nous y attend.

 

Discours de Roger Didier, maire de Gap

Monseigneur,
Chers Collègues,
Mes Chers Amis,

C’est un très grand plaisir pour moi de procéder avec vous à cette inauguration oh combien symbolique !

Le plus emblématique parmi les trop rares monuments historiques que compte notre ville tient, en effet, une place à part à plus d’un titre.

D’abord, notre cathédrale Notre-Dame de l’Assomption tient une place à part dans le cœur de toutes les Gapençaises et de tous les Gapençais, par sa valeur patrimoniale indépendante de ce qu’elle représente du point de vue religieux.

Elle tient une place à part en raison de sa situation, ici, au cœur historique de notre cité deux fois millénaires.

Elle tient une place à part en raison de sa dimension, de la hauteur de son clocher visible et reconnaissable de très loin.

L’opportunité de rénover les anciennes illuminations de notre Cathédrale nous a été donnée par la rénovation des deux immeubles qui supportaient, de manière bien peu esthétique, les anciens projecteurs. Il s’agit bien sûr de la très belle maison paroissiale et de la Résidence La Place dont la rénovation a considérablement embellie l’environnement immédiat de la Cathédrale.

Les anciens projecteurs ont donc été remplacés par un dispositif beaucoup plus discret, utilisant les dernières technologies.

Le nouveau système utilise la technique des Leds, avec un rendu d’éclairage proche de la lumière du jour. Il met en évidence la couleur naturelle de la pierre et accentue les contrastes.

Un nouveau système totalement dans l’ère du temps, c’est-à-dire très économe en énergie.

Les onze projecteurs Leds développent une puissance totale de 770 watts. Je rappelle que les anciens projecteurs développaient une puissance de 5 000 watts.

Avec ce nouveau système, nous réalisons donc une économie d’énergie de 85%, en parfaite cohérence avec notre politique énergétique et notre Agenda 21.

Ainsi, grâce à ces économies d’énergie réalisées, le montant global de l’investissement, 25 000 euros, sera totalement amorti en 12 ans, c’est-à-dire bien avant que l’installation ne devienne obsolète.

J’espère que vous me pardonnerez, Père Bardet, après votre entrée en matière toute en élévation et en spiritualité, de redescendre – devrais-je dire revenir – sur un terrain beaucoup plus technique et matériel.

Ce n’est pas incompatible bien au contraire. C’est même très complémentaire, et conforme à mon devoir de Maire.

 

Discours de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Fiat lux !

« Que la lumière soit, et la lumière fut ! » Telle est l’expression que l’on trouve au début de la Bible, au livre de la Genèse, dans la bouche même de Dieu. Expression que le père Jean-Michel Bardet a cité d’ailleurs. Dieu dit, et ce qu’il dit survient.

Fiat lux, tel est également le nom donné par le détective Nestor Burma à son cabinet. Son travail : lever le voile, faire la lumière sur telle ou telle affaire bien sombre.

Ce « fiat lux », nous les prononçons  aujourd’hui dans ces deux sens. Comme Dieu, oui, comme Dieu, Monsieur le Maire, vous avez fait en quelque sorte « que la lumière soit » : et la lumière a jailli instantanément de la nuit gapençaise. Et comme Nestor Burma, vous avez fait que la lumière soit faite sur cette cathédrale. Vous l’avez faite sortir de l’ombre.

Mais dans cette comparaison, les ressemblances s’arrêtent là. Car ce que la Genèse entend dire, c’est que l’ordre est immédiatement suivi d’effet. Il suffit que Dieu dise, pour que ce qu’il dit soit. Il suffit qu’il le veuille, pour que cela soit. Alors que pour nous, Monsieur le Maire, pour vous dans vos fonctions comme pour moi dans les miennes, tel n’est pas le cas ! Que de temps, que de labeur entre un projet et sa réalisation ! Que de temps, que de labeur pour améliorer le sort de nos concitoyens, la beauté de nos villes. Que de temps, que de labeur pour qu’enfin la cathédrale reçoive un éclairage digne de ce qu’elle est et des Gapençais. Que de temps que de labeur pour mettre en valeur un patrimoine religieux qui n’appartient pas qu’aux chrétiens mais à tous. Que de temps, que de labeur pour que ce parvis devant la cathédrale devienne un jour un vrai parvis !

Vous avez bien entendu cette dernière phrase, Monsieur le Maire, ou dois-je insister ?

La lumière permet de distinguer les objets les uns des autres, de les délimiter. De même notre esprit lorsqu’il argumente, lorsqu’il distingue, nous permet de voir plus clair, nous permet de sortir de la confusion. Mais l’esprit en quête de vérité ne peut pas en rester là. S’il distingue, c’est pour finalement ordonner, unir, agencer.

Vous le savez, la séparation de l’Église et de l’État nous a sorti de la confusion, de la violence, et disons-le, du cléricalisme. Mais on ne peut en rester là, à nous regarder comme des chiens de faïence. Tout en restant distincts, tout en évitant la confusion des genres, il nous faut trouver des occasions d’être ensemble, de dialoguer. Aussi suis-je heureux d’événements tels que celui-ci, montrant que nous pouvons vivre en bonne entente.

Ce soir, après cette inauguration, à 20h30, mon ami Jean Piat proclamera les Actes des apôtres au cinéma Le Centre. Dans ce livre des Actes des apôtres, il est question d’un parvis, le parvis des Gentils. Qu’est-ce que ce parvis ? Ce n’est pas un lieu pour personnes gentilles, comme nous avons été invités à l’être en cette journée de la gentillesse, mais un lieu réservé aux Gentils, c’est-à-dire aux païens. Du temps du Temple, à Jérusalem, du temps de ce temple détruit par Titus en l’an 70 après Jésus-Christ, un parvis était réservé aux païens, aux infidèles, aux impurs, avec interdiction absolue pour eux d’aller plus avant sous peine de mort ! Comme vous voyez, la séparation était totale. On n’avait pas fait que distinguer entre les juifs et les païens, on les avait séparés. Les uns ne devaient rien à rien voir avec les autres. Or sur ce parvis des Gentils, l’apôtre Paul s’est adressé à tous. Il a ouvert l’Évangile aux nations. Il a transformé cet espace de séparation en espace de dialogue.

Ce soir, le projet d’éclairer à nouveau cette cathédrale avec un éclairage plus esthétique et moins gourmand en énergie a abouti. Puisse aussi ce futur parvis devant la cathédrale devenir un jour comme une main tendue, comme un espace de transition entre la cathédrale et les bâtiments administratifs qui l’entourent (le conseil général, le palais de justice, la préfecture), comme un espace d’accueil pour tous.

Que la lumière soit !

Cet article a 2 commentaires

  1. dietrich francine

    Mon père, j’ai revisité le site concernant la cathédrale et relu votre discourt sur la lumière, il est très beau. La lumière est unique et éternelle. Merci beaucoup. Ce message s’adresse à JEAN-MICHEL BARDET FD

  2. Monique Mayné - Embrun

    Merci, père Jean-Michel Bardet pour cette belle méditation sur la lumière !

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