“Oui, la fidélité est possible”
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et Mgr Bruno Belmont, 60 ans de sacerdoce

Lundi 9 juin 2014, les jubilaires de 2014, que ce soit dans le mariage, ou comme prêtres, comme religieux ou comme religieuses, ont pu fêter leur jubilé au sanctuaire Notre-Dame du Laus. Ci-dessous l’article du sanctuaire Notre-Dame du Laus, un diaporama, et l’homélie de Mgr Félix Caillet, qui fête cette année ses 40 ans d’ordination presbytérale.

“Oui, la fidélité est possible”

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et Mgr Bruno Belmont, 60 ans de sacerdoce

Un peu plus d’un mois après l’ouverture de son année jubilaire, lancée le 1er mai dernier en présence du représentant en France du pape François, le sanctuaire a vécu ce 9 juin une nouvelle journée festive. Sous une forte chaleur, environ 900 personnes ont assisté sous le grand chapiteau à la messe du lundi de Pentecôte, présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun.

La messe sous le chapiteau

Dans son mot d’accueil, le père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire et vicaire général, a adressé un salut particulier aux pèlerins occasionnels, venus seuls ou en groupes, parfois de loin. Il a rappelé que, depuis l’an dernier, le lundi de Pentecôte correspond à la « Fête des jubilaires » dans le diocèse, sur une « belle idée du père Félix Caillet » [NDLR : l’ancien vicaire général]. De fait, tous les couples, religieuses et religieux, consacré(e)s et prêtres concernés par un jubilé étaient invités à venir le fêter à Notre-Dame du Laus.

Lui-même jubilaire à l’occasion du 40e anniversaire de son ordination, Mgr Félix Caillet a prononcé l’homélie. Il s’est adressé à l’assistance en rappelant « l’importance de l’engagement », la force d’un « oui, je le veux » et en admettant aussi les « frissons » que tout engagement peut procurer. Justement, « Marie est souvent là, attentive à tous nos manques ». En écho aux paroles de la Vierge Marie dans l’évangile du jour « faites tout ce qu’il vous dira », il a affirmé que toute personne qui prend un engagement est « bénéficiaire de cette attention de Marie ». Et de conclure ainsi : « le bon vin vieillit chaque jour dans des fûts de chêne ».

Mgr Félix Caillet, au cours de son homélie

Puis, appelés à tour de rôle en fonction de leurs états de vie, les jubilaires se sont avancés dans le chœur pour renouveler leur engagement. Parmi eux, longuement embrassé par l’évêque de Gap et d’Embrun, Mgr Bruno Belmont a commémoré ses 60 ans d’ordination. Absent, le père Paul Engilberge qui a été ordonné la même année, a été cité et remercié. Soixante bougies, également pour plusieurs couples, parmi les nombreux jubilaires présents. En conclusion de ce cérémonial émouvant, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a rappelé que « oui, la fidélité est possible ».

Les prêtres jubilaires présents : le père Jacques Garnier du diocèse d’Aix-en-Provence (50 ans de sacerdoce), Mgr Bruno Belmont (60 ans de sacerdoce), le père Jean-Liset Randriamanantenasoa (10 ans de sacerdoce) et Mgr Félix Caillet (40 ans de sacerdoce)
Les couples jubilaires

Cette messe au déroulement particulier a été marquée aussi par une remise et une bénédiction de statuettes : pour « signifier les liens qui unissent le sanctuaire – diocésain – du Laus avec les paroisses », a expliqué le père Ludovic Frère, chaque secteur paroissial s’est vu confier une réplique de la statue de la Vierge de Bon-Rencontre. Histoire d’appuyer les propos tenus par Mgr Félix Caillet durant son homélie : Marie est bien là, attentive.

Bénédiction des statues de Notre-Dame de Bon-Rencontre

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Homélie

« Faites tout ce qu’il vous dira ! »

Un homme invité à un mariage… ! Ses amis l’accompagnent comme c’est l’habitude. Une rumeur se propage : « ils n’ont plus de vin ! » Une femme glisse à l’oreille des serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Une scène banale de la vie des hommes.

Ce sont des paroles que nous avons pu entendre au jour de notre engagement. « Tu as entendu mon appel. Je t’invite à y répondre par un « oui », un tout petit oui, mais un oui libre et total, un oui qui résonne dans le oui de Marie. »

“Veux-tu être mon mari ? Veux-tu être mon épouse ? OUI, je le veux. Et toi ? OUI, je le veux !”

« Faites tout ce qu’il vous dit ! » vous a glissé Marie comme vœu de mariage.

« Quitte tout. Viens ! Suis-moi ! » Des paroles qui, hier, ont bouleversé la vie d’hommes et de femmes appelés à la vie religieuse. « OUI, je le veux. Je m’engage dans une vie d’obéissance, de chasteté et de pauvreté. »

« Fais tout ce qu’il vous dit ! » leur dit Marie.

L’Église t’appelle à te mettre, comme diacre, au service des plus fragiles, des plus démunis, à la suite du Christ Serviteur. « Avec l’accord de mon épouse, avec l’acceptation de mes enfants, dans ma liberté, je te réponds, Seigneur : OUI. »

« Fais tout ce qu’il te dit ! » des paroles perceptibles, tel un écho dans la montagne, espace de liberté, dans la montagne de l’Amour.

Après des années de discernement marquées par des doutes, des hésitations, « l’Église, au nom de son Seigneur, te choisit comme prêtre. Le veux-tu ?” “OUI, je le veux !”

“Fais tout ce qu’il te dit ! » 

Des paroles d’une femme qui donnent le vertige, qui suscitent des frissons ! Mais des paroles qui ouvrent un chemin de confiance.

MARIE ! Une femme attentive aux manques ! Avant même, peut-être, que les mariés ne s’en rendent eux-mêmes compte. « Ils n’ont plus de vin ! » dit-elle à son Fils, et sans attendre sa réponse ajoute une parole glissée à l’oreille des serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ! »

Une femme qui face à Benoîte se rend compte que les pécheurs, c’est-à-dire nous tous, manquent de lieu de pardon et de miséricorde, de refuge pour les pécheurs.

Sur nous tous, le regard de Dieu s’est posé depuis toujours, dès le sein de notre mère.

Dans le cœur de beaucoup d’entre nous, un jour, un appel s’est fait entendre, avec clairvoyance ou non, un appel à nous engager dans la vie de prêtre, de diacre permanent, de religieux et de religieuses, d’époux dans le sacrement de mariage…. Il ne nous faut pas oublier celles et ceux qui, après un échec, se sont de nouveau engagés dans une vie de famille et de couple et qui, dans une fidélité totale, après dix ans, vingt ans, vingt-cinq ans et plus, puisent toujours à la source de leur premier amour et de l’Amour infini. Permettez-moi de pas oublier mes frères prêtres connus ou non qui, un jour, avec tout l’élan de leur cœur, toute leur générosité, ont choisi de construire une famille avec toutes les exigences qui vont avec ce choix de vie..

Les engagements se tiennent et se soutiennent comme j’aime à le répéter. Les fidélités se tiennent et se soutiennent.

Ne nous taisons pas ! Ne gardons pas le silence. Toutes ces années sont là pour nous révéler : C’est vrai ! le Seigneur fait en nous des merveilles dès lors qu’à la suite d’un OUI d’un jour, nous vivons tout ce qu’il nous dit. Alors, la parole du livre de la Sagesse prend chair : « Je suis la mère du bel amour, de la crainte de Dieu et de la connaissance et aussi de la sainte espérance. » Qu’éclate, tel un feu d’artifice, des millions d’étincelles et d’étoiles pour illuminer de joie notre monde et notre Église par commencer ! La différence fondamentale entre la Sagesse humaine, aussi brillante soit-elle, et la parole du Verbe réside dans ses paroles : « Ceux qui me mangent auront encore faim ! » « Celui qui mange ma chair et boit mon sang n’aura plus jamais soif ! » Celui qui s’abandonne en moi, en acceptant de lâcher prise, connaîtra la vie, connaîtra le bonheur infini.

« Tout le monde sert le bon vin en premier, et ensuite, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! »

Frères et sœurs jubilaires. Le bon vin n’est pas encore en perce. Il jaillira de nos cuves de vie donnée, d’amour reçu. Il vieillit dans les fûts de chêne de notre histoire, récolte des vendanges de grains mûris au-delà des hivers sous le soleil d’été et la maturation de l’automne. Il coulera des jarres de vin, remplies d’Amour, cet amour qui fait souffrir et en même temps, enivre.

Oui, le bon vin est encore à tirer. Continuons la fête des noces, des noces entre un choix, un appel et une réponse, noces entre un amour reçu et un amour donné.

Pour en prendre la totale dimension : il y a le temps du Cénacle, ce temps où entre prêtres, nous reconnaissons combien et comment le Seigneur agit malgré nos faiblesses, le temps où, en couple, en famille nous nous accordons des pauses pour communiquer, partager et nous dire merci, le temps où entre diacres nous nous étonnons de tout le travail de l’Esprit dans l’humanité des plus petits. Le temps où en congrégation, en communauté, nous vérifions notre fidélité au charisme fondateur.

Dans ce temps « du cénacle » Marie est toujours là ! Cette jeune fille qui a, dans sa liberté, a répondu timidement, sans savoir jusqu’où ces paroles allaient l’engager : « Je suis la Servante du Seigneur ! Qu’il me soit fait selon ta Parole ! »

Elle nous redit : « Faites tout ce qu’il vous dira ! »

                                                                                                     Mgr Félix Caillet
                                                                                                     Curé de Guillestre

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