À l’occasion de la clôture de l’année de célébration des 50 ans de l’église Saint-Roch de Gap, le Père Pierre Fournier revient sur son ministère vécu en ce lieu :

Étapes de vie pastorale à la paroisse Saint-Roch à Gap : 1976-1987 et 1999-2004

J’ai la joie de faire partie des prêtres ayant participé à la vie de la paroisse Saint-Roch à Gap. Cet ancrage à Saint-Roch s’est concrétisé depuis mon ordination en 1976 en diverses phases, jusqu’à maintenant. À la demande de l’équipe des « 50 ans de l’église Saint-Roch », en voici un écho.

D’abord, dans les années 1976 à 1987

Quand j’étais aumônier de jeunes à Gap, pour les lycées Dominique Villars, Aristide Briand et Saint-Joseph, le père René Brochier (1921-1985) était curé, doyen pour les paroisses de la ville, et le père Jean Ricou (1926-2009), vicaire pour Saint-Roch et les paroisses rurales du Gapençais, et aumônier pour les Gens du voyage. À Saint-Roch, nous avions régulièrement des animations de jeunes auxquelles les pères René Brochier et Jean Ricou, avec les paroissiens, accordaient une hospitalité confiante et fraternelle, très appréciée de notre part.

C’étaient des animations de l’aumônerie des lycées ou du mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), sa branche « groupes école » surtout, car le MRJC « apprentis et jeunes salariés », et la « branche agricole » avaient des réunions rue de l’Imprimerie ou au foyer Saint-Louis, ou en d’autres locaux. En général, à Saint-Roch, c’est la préparation de la messe avec un partage, par petits groupes, sur la Parole de Dieu. Par exemple, à la rentrée, ou lors de l’avent et, selon les propositions du CCFD-Terre Solidaire, lors du carême, ou avant certaines vacances, avant d’importants camps d’été, ou à d’autres occasions de la vie lycéenne. Nous avions recours aux locaux du presbytère de Fort-Mutin et aux salles sous l’église, et au parc. Une circonstance typique me reste à la mémoire : à une période où les Gens du voyage avaient leurs caravanes sur le parking, je me trouvais avec un petit groupe de partage d’Évangile. Chacun avait en main la feuille de la Parole de Dieu et des thèmes à aborder. Or, assez près de moi, un garçon, très attentif comme les autres, regardait sa feuille consciencieusement. Elle était à l’envers… C’était un garçon des Gens du voyage. De quoi comprendre la tâche d’alphabétisation de ces jeunes souvent pas assez scolarisés.

Le Père Pierre Fournier à l’abbaye de Clausonne le 12 juillet 2018, avec le groupe Marche Méditation.

Puis c’était l’animation de la messe paroissiale, avec la participation maximale de ces jeunes pour la lecture de la Parole de Dieu, les diverses prières et démarches, et autres points pour que l’eucharistie soit vécue avec le plus d’implication possible, et fructueuse dans la foi. À une messe où la lecture du Livre de la Genèse portait sur l’Alliance avec Noé, Claude Rouquier avait confectionné et disposé près du mur de la grande croix, bien visible, un grand arc-en-ciel avec des papiers de magnifiques couleurs. Comment oublier le signe de l’Alliance de Dieu avec l’humanité ?

Ensuite, dans la grande salle sous l’église, le repas tiré des sacs, et une veillée récréative, souvent soutenue par une projection de diapositives sur les camps, ou des thèmes abordés avec le MRJC. Ces animations ne manquaient pas d’ambiance d’amitié, de stimulation pour dire Dieu dans une démarche où des jeunes se posent tant de questions sur la foi, l’existence humaine, la vie chrétienne, et la vie de l’Église.

Des temps forts ont ainsi été vécus lors de la venue à Gap de témoins comme soeur Emmanuelle du Caire, rencontrée avec les chiffonniers lors de notre camp MRJC en Égypte et Soudan l’été 1978, ou comme le père Guy Gilbert ce prêtre chez les loubards, ou Francis Guillo ancien condamné à mort, grâcié, et converti en prison…. Deux filles de terminale du lycée Saint-Joseph, Agnès et Alexandra, ont ensuite dit avoir été « réveillées » par le témoignage de sœur Emmanuelle et incitées à demander le sacrement de la confirmation. Après un parcours de préparation auquel se sont associés d’autres jeunes des lycées, elles ont reçu la confirmation célébrée par Mgr Raymond Séguy ici à Saint-Roch. Dès lors, ce sacrement a été proposé chaque année aux lycéens non encore confirmés et à ceux qui souhaitaient être renouvelés dans la foi de leur confirmation, et la plupart du temps, elle a été célébrée à Saint-Roch. Ces démarches, avec les autres animations, ont toujours été des temps privilégiés pour le soutien de jeunes en désir d’approfondissement.

Pour les animations de la formation permanente diocésaine

Ma reconnaissance envers la paroisse Saint-Roch est aussi motivée pour son accueil régulier des réunions du Service diocésain de formation permanente depuis que j’étais aumônier de jeunes jusqu’à maintenant. Que de réunions ! Sur le plan biblique : sur les Évangiles et les autres textes du Nouveau Testament, sur les Psaumes, les Prophètes… Sur les ouvrages de Benoit XVI : Jésus de Nazareth. Sur des thèmes « Dieu, la vie, le bonheur », ou, sur l’enseignement social de l’Église, notamment « Dieu, le travail, l’argent, les solidarités »… Sur les grands documents de l’Église : les publications de Jean-Paul II, par exemple sur l’exhortation apostolique post-synodale La vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde d’aujourd’hui (1988), sur le Catéchisme de l’Église catholique, sur l’encyclique de Benoît XVI Dieu est Amour, sur Le Concile Vatican II, une boussole pour notre temps… Chaque réunion avec sa part d’échange, de débat faisant rebondir la réflexion. Cela représente, à Saint-Roch, comme aux réunions rue de l’Imprimerie, beaucoup d’approfondissement avec des participants venant du Gapençais, du Champsaur.

Puis dans la vie paroissiale en 1999-2000

Quand j’ai été prêtre auxiliaire auprès du curé, le père Jean Ricou, j’ai été plus impliqué dans la vie de la paroisse. J’ai pris davantage conscience de son histoire. Celle-ci avait pris forme avec le père Edmond Motte, vers 1950, selon son action pastorale très attentive à la population et soutenue par les célébrations à la chapelle mise en place au quartier Moncey, puis le préfabriqué disposé près de l’avenue Jean Jaurès. J’ai découvert un étonnant classeur de fiches méthodiquement tenu à jour par Maurice Gonfard, frère du père André Gonfard. Il est noté qu’au recensement de mars 1968, à la création canonique de la paroisse Saint-Roch, 4922 personnes habitent là, réparties dans 1361 foyers. La population est jeune, puisque vivent ici 1200 enfants de moins de 12 ans. Ce fichier a été élaboré sous la houlette des pères René Brochier et Jean Ricou selon les quartiers, les rues, les maisons, ou immeubles. Quel travail ! Les fiches présentent le mieux possible la configuration des familles, les parents et les enfants… De quoi leur adresser des informations personnalisées lors des rentrées paroissiales (catéchisme, aumôneries, mouvements…), ou lors de la collecte du denier de l’Église, et en des circonstances déterminées. J’ai compris que cette approche de la population locale devenait difficile pour tenir le rythme vu la forte croissance démographique de Gap, surtout dans le sud de la ville en ses diverses directions. Le mode de contact et d’information devait se renouveler.

Et c’était alors l’intense année du sommet du jubilé de l’Église pour entrer dans le IIIe millénaire comme Jean-Paul II en avait tracé les étapes. Et là, dans l’ « Année du Dieu-Trinité », je me rappelle comment nous avons célébré le passage de 1999 à 2000, avec beaucoup d’émerveillement et d’attente vers l’avenir. À la messe de Noël 1999 animée avec les enfants, les familles et les catéchistes, nous avons célébré la nativité du Fils de Dieu nous faisant naître au millénaire nouveau. Nous avons épelé le millésime « 2.O.O.O »: « 2 » comme les deux partenaires de l’alliance, Dieu et notre humanité. « O » comme origine, le Seigneur étant la source. « O » comme orientation : Jésus venu à Noël pour orienter notre humanité vers la justice et la paix. Encore un « O », comme ouverture, ou comme oméga, l’horizon vers lequel Jésus est venu pour nous conduire, vers la vie éternellement renouvelée avec Lui, le Père et l’Esprit Saint.

Ensuite, de 2000 à 2004, étant curé de Saint-Roch

Pour la joie de tous, le père Jean Ricou est resté comme prêtre auxiliaire au service de la paroisse dans le rythme régulier des messes à Saint-Roch et à Neffes, des rencontres spontanées ou en réunions, et des célébrations de baptêmes, de mariages, et d’obsèques, ainsi que pour les permanences au presbytère, et la vigilance sur les lieux.

Avec le conseil paroissial, nous avons pu envisager des initiatives pour animer le tissu paroissial si diversifié depuis la Luye, le Stade, les Eyssagnières et vers Malcombe jusqu’à la Haute et Basse-Tourronde, les Abbadous, en passant par les Hautes-Terres et Saint-Jean, et en allant vers Neffes par les quartiers de Serre Niou et Chaillol. Il nous est apparu que nous avions besoin d’une meilleure connaissance de ces quartiers en évolution si rapide sur le plan des lotissements nouveaux. Nous avons eu une conférence de Jean-Pierre Reybaud sur l’historique de nos différents quartiers touchant la ville elle-même ou réparties dans les campagnes. Des animations ont été lancées pour signifier notre désir de mieux communiquer les uns avec les autres sur l’important espace paroissial. Comment, selon l’expression actuelle du pape François, être « disciples-missionnaires » en ces divers lieux ? Par exemple, par le biais de marches symboliques : depuis l’embranchement de La Garde (à la ferme Trinquier) jusqu’à l’église Saint-Roch, puis, un autre dimanche, de Saint-Roch à la chapelle Saint-Jacques de la Haute-Tourronde… Et telle messe célébrée en plein air comme au quartier Saint-Jean, ou les kermesses à Saint-Roch, très conviviales avec la messe bien animée, suivie du repas tiré des sacs, et des jeux pour tous les âges, y compris avec les boules carrées empruntées à des équipes de Veynes.

À leur demande, deux groupes de jeunes adultes ou adultes se sont formés : les 18-35 ans et les 35-50 ans, selon des réunions mensuelles et selon le choix de leurs thèmes, parfois avec des réunions communes. Par exemple, sur la lutte contre les pauvretés et les nouvelles orientations du Secours Catholique : « Les axes de la solidarité : agir avec les pauvres et selon leurs richesses personnelles » ; sur la vie familiale, sur l’éducation des jeunes, la transmission de la foi ; sur les finances du diocèse et le denier de l’Église, en invitant l’économe diocésain ; sur le dialogue entre les religions, en invitant les responsables juifs, Gregory Lechihman et Gérard Bornand habitant sur nos quartiers ; sur l’accompagnement des personnes âgées dans nos proches, en invitant Florence Plissonneau, de l’hôpital de l’Adret. Certains thèmes étaient travaillés par tel ou tel volontaire, puis présentés lors de la rencontre pour ouvrir au débat.

La paroisse Saint-Roch inclut la population militaire du 4e régiment de chasseurs, les militaires eux-mêmes, leurs nombreuses familles, et leurs proches. Ils sont le signe, parmi nous, des nos liens internationaux dans les événements du monde. C’est notre pays en lien avec les autres pays du monde en recherche de justice et de paix. Particulièrement dans les périodes de six mois où des officiers et des soldats partent en opérations extérieures –  en « OpEx » – en Afghanistan, en Afrique (Mali…) ou au Moyen-Orient. L’aumônier militaire étant en OpEx, les prêtres de Saint-Roch font fonction eux-mêmes d’aumôniers militaires en allant au 4e chasseurs, notamment pour les fêtes comme pour la saint Georges, le saint patron, ou autres occasions officielles. Des célébrations ont lieu aussi à l’église Saint-Roch, célébrations dans la joie ou dans l’épreuve comme lors des obsèques d’un enfant mort-né. S’adressant aux jeunes parents dans l’épreuve, l’épouse du colonel leur a manifesté une grande solidarité. La date du baptême était déjà prévue. De ce fait, près du petit cercueil blanc, nous avons pu célébrer les obsèques dans l’espérance du baptême, ce sacrement qui nous reçoit enfants de Dieu et qui nous transfigure en fils de Dieu. La présence du 4e régiment de chasseurs nous fait saisir le sérieux de la vie, des choix personnels et collectifs, de la destinée de tous.

Une population présente sur notre espace paroissial est également celle des Gens du voyage. Des boîtes archives au presbytère regroupent les documents des fréquentes démarches du père Jean Ricou auprès de la mairie et d’autres interlocuteurs institutionnels pour leur accompagnement, les conditions de vie des familles et des enfants, le stationnement des caravanes. On a ainsi des échanges de courrier, des coupures de presse locale, des dossiers issus de divers magazines, de journaux chrétiens (La Croix…), de revues. Tout un travail de type « diaconal », si discret et si persévérant. En démarche pastorale, nous sommes allés leur rendre visite à leur site de la vallée de la Luye, aux « Argiles », là où se trouvait la carrière d’argile nécessaire à la célèbre tuilerie qui était près de Fort-Mutin. La carrière s’était agrandie à flanc de colline. Selon les indications de la mairie, les Gens du voyage s’y sont établis avec leurs caravanes et quelques dispositions y ont été prises, par exemple pour des sanitaires. Nous avons salué des personnes ou des familles devant leurs caravanes. Il faudrait plus de temps pour mieux faire connaissance, parler de leurs réalités de vie forraine.. Un vendredi, une famille des Gens du voyage arrive au presbytère : « Nous venons pour le baptême de notre enfant. C’est pour après-demain, ce dimanche ». J’explique que nous avons besoin d’un délai pour nous rencontrer et pour la préparation. « Notre enfant doit être hospitalisé lundi à Aix pour une opération grave… » : nous avons fait au mieux pour parler de l’engagement du baptême, et le dimanche j’ai baptisé l’enfant selon la liturgie habituelle augmentée de la liturgie traditionnelle des Gens du voyage. Tous les habits magnifiques, et l’enfant porté dans un fauteuil d’osier surmonté comme de grandes ailes, avec des chants pleins de ferveur. Et le mariage ? Ce couple se présente : « Chez nous, c’est le mariage traditionnel qui compte. Il n’y a guère de cohabitation avant le mariage. Le chef de groupe reçoit le couple en présence des parents, des familles, et de l’assemblée, et le marie. Le mariage religieux vient après, nous voici ». Les obsèques ? Quand le décès survient, pour demander la célébration d’obsèques, ils sont nombreux à venir au presbytère : la famille, les proches, et des responsables de la communauté. Et les obsèques prennent une dimension communautaire très intense.

Lors des journées du patrimoine, nous avons lancé des visites guidées de l’église pour en manifester l’intérêt architectural, sur la réelle spiritualité de son architecture. Certains visiteurs arrivaient en disant : « nous sommes venus par curiosité. Que peut-il être dit sur une église aussi moderne, si récente, et si dépouillée ? » Des visiteurs se sont pris d’étonnement devant les symboliques mises en oeuvre judicieusement par l’architecte lyonnais Pierre Genton : les signes de la lumière, de la disposition des lieux, les formes octogonales si chères aux chrétiens des premiers siècles pour les fonts baptismaux et aux Pères de l’Église. Au terme des visites, beaucoup se sont mis à aimer davantage cette église si significative. Autant d’initiatives pastorales pour aviver notre désir de mieux habiter au cœur de la population en augmentation, notre désir de baptisés en perspective d’Évangile missionnaire.

Un accueil s’est mis en route pour les personnes en deuil, grâce à l’engagement d’une dame vivant elle-même l’épreuve du deuil et en contact avec le mouvement “Espérance et vie”. Les réunions régulières ont montré l’intérêt de cette initiative de soutien pour les personnes marquées par cette peine et en besoin de partager sur leur souffrance et leur solitude. Assez spontanément, les réunions se sont développées, accompagnées de propositions diverses comme de se donner rendez-vous à la messe du dimanche, puis d’aller déjeuner ensemble, ou de se retrouver et s’organiser pour des sorties ou pour aller sur des lieux de pèlerinages, à Notre-Dame du Laus ou Notre-Dame de la Salette.

Sur le plan liturgique, j’ai apprécié ce que nous avons pu vivre, avec le soutien des équipes liturgiques, des personnes animatrices du chant, des musiciens, des instrumentistes. Par exemple, aux messes animées avec les enfants et les familles, les gestuations réalisées par les enfants ont manifesté la force de la Parole de Dieu. Les catéchistes avec Danièle Jocteur ont eu le don, d’une fois à l’autre, d’initier les enfants, avec rapidité et simplicité, à la gestuation d’épisodes concernant Jésus et ses interlocuteurs, ou d’autres scènes comme du Premier Testament. J’ai encore en mémoire l’appel de Dieu auprès du jeune Samuel. Par exemple encore, lors du lancement du carême, à la célébration des cendres, en fonction de la Parole de Dieu, quand des représentants de groupes d’enfants (du catéchisme), de jeunes (d’aumôneries), des représentants de mouvements de spiritualité ou d’action solidaire, les uns et les autres en démarche avec le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) ont pu dire : nous voici à l’ouverture du carême, voici comment nous allons vivre ce temps fort de vie chrétienne, d’appel à la conversion. Voici comment nous allons nous laisser renouveler par le Seigneur dans notre prière, dans notre solidarité avec nos frères proches ou plus lointains. De quoi vivre une réelle célébration communautaire de la pénitence, de la conversion, vers les étapes du carême, et la célébration de la miséricorde et du pardon du Seigneur. Pour la célébration des obsèques, une équipe de laïcs s’est étoffée pour recevoir les familles en deuil, préparer et animer les célébrations, aller au cimetière pour la prière, et rendre visite aux familles ensuite. La proximité du grand cimetière Saint-Roch et le développement des crématoriums nous ont appelés à une pratique adaptée pour les demandes de certaines familles, notamment celles ne résidant pas à Gap.

Sur le plan œcuménique des réalités dynamiques sont présentes. Une responsable de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), Geneviève Richard, habite le quartier et rappelle souvent les propositions : l’appel du mois en faveur de tel prisonnier politique en tel ou tel pays, la « Nuit des Veilleurs » en juin lors de la fête de saint Jean-Baptiste… Pour la semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens, la paroisse Saint-Roch est participante et accueille la veillée de prière selon son tour de rôle catholique en alternance avec la paroisse protestante. À un Noël, sachant que de nouvelles familles arméniennes apostoliques venaient d’arriver sur nos quartiers, une démarche a été faite pour inviter fraternellement à notre veillée de la nativité du Seigneur ces « néo-arrivants ». Tel ou tel anniversaire de la création de la Radio diocésaine RCF a donné lieu à une messe présidée par Mgr Georges Lagrange et animée de façon oecuménique, avec les responsables orthodoxes, arméniens apostoliques et protestants, pour ce qui concerne la proclamation de la Parole de Dieu, le choix de chants, et les intentions de prière.

Un mariage un peu particulier a entraîné tout un mouvement. Les fiancés étaient les patrons du Cirque désaccordé, avec leur grand chapiteau établi au carrefour vers le quartier Saint-Jean. Avec beaucoup d’insistance et d’arguments, ils voulaient que leur mariage soit « célébré sous le chapiteau, sur leur lieu de vie quotidienne, avec le personnel de leur cirque comme avec leurs familles et leurs amis ». Je leur ai dit la valeur de la célébration de leur mariage à l’église comme signe de participation à la vie de la communauté chrétienne ouverte à tous. Et je leur ai proposé qu’en réciprocité, la paroisse animerait, en leur cirque même, une soirée où leur mariage pourrait être évoqué en un temps de louange et avec la bénédiction du Seigneur sur leur lieu de travail. Pour préparer, il y a eu mobilisation de divers groupes de Saint-Roch et de l’aumônerie des jeunes de la rue de l’Imprimerie. Le mariage à l’église a été magnifique de participation de leurs familles et de leurs proches : personnels du cirque… Puis a eu lieu une magnifique soirée d’animation et de prière au Cirque désaccordé. Des musiciens de la paroisse ont joué et ont chanté avec cette « assemblée » de circonstance. L’aumônerie de jeunes a projeté un diaporama sur les beautés découvertes à divers camps : des paysages alpins, de beaux visages, des animations. Une lycéenne chevronnée en exercices gymniques grâce à sa formation en école du cirque a réalisé des prestations remarquables avec les anneaux, trapèze, et autres équipements du lieu. Le moment de recueillement est venu avec la proclamation de la Parole de Dieu, le temps de silence, et de méditation sur fond musical. « Jésus envoyait ses disciples proclamer : Le règne de Dieu est là ! » Avec ces jeunes mariés, le règne de Dieu était bien à l’église lors du mariage, puis au cirque même…

Notons aussi l’intérêt et la joie que nous avons eu à recevoir des diacres permanents lors des messes du dimanche ou des fêtes. Des diacres du Gapençais, ou des diacres en vacances ou de passage. Par leur service liturgique et leur prédication, ils ont toujours été des témoins du Seigneur, des appels à nous sensibiliser à la diversité des vocations.

Pour sa part, le conseil économique paroissial a été actif aussi pour faire face aux frais de fonctionnement trimestriel, ainsi que pour envisager les travaux nécessaires. Comment créer des recettes paroissiales ? Tel ou tel loto a généré non seulement des ressources financières, mais aussi un climat très convivial et participatif.

Une intense période de travaux à l’église portés avec le conseil économique paroissial et l’économe diocésain

Dans les années 1999-2004, nous avons souvent été occupés par la réflexion sur l’état des lieux à l’église. Nous avons réussi à avoir en main la thèse d’une étudiante sur l’œuvre de l’architecte Pierre Genton, sur sa philosophie de la lumière inspirée de Le Corbusier au couvent de l’Arbresle, sur ses références théologiques concernant cette même importance de la lumière et concernant les dispositions pour les sacrements du baptême, de l’eucharistie, de la confession. Cette étude a pu nous guider pour envisager les travaux concernant l’espace liturgique, les puits de lumière et l’électricité.

Bien des réunions ont eu lieu avec la participation encourageante de l’économe diocésain Jean Naoumenko (décédé en 2005). Pour la comptabilité, il fallait faire des calculs sur les travaux urgents et un prévisionnel sur cinq ans en précisant les échéances sur l’amortissement des frais engagés. Le premier chantier a été la rénovation complète de la chaufferie. La grande chaudière a été remplacée par une chaudière moins volumineuse et plus robuste, une De Dietrich au fioul. Et il a fallu réviser tout le circuit eau en référence au chauffage par le sol. Et la question de l’étanchéité : pour refaire le goudron et la protection gravier sur la galerie ainsi que, au même niveau, sur le pourtour de l’église. Et l’étanchéité du grand lanterneau, car les infiltrations causaient des gouttières devant l’autel lors des fortes pluies et des orages… Et la réfection complète de la toiture avec l’entreprise Dautremer. Il a été décidé qu’il valait mieux conserver la toiture en schingle et la recouvrir carrément avec une toiture de bardeaux métalliques pour faciliter l’écoulement de la pluie et de la neige. Et la sécurisation des puits de lumière donnant derrière l’autel et sur le baptistère. Des visiteurs savaient emprunter ce passage pour pénétrer dans l’église, puis dans la sacristie. Il a fallu mettre des dispositifs de fer sur ces puits de lumière pour sécuriser les lieux.

Que de réunions de chantier avec l’architecte Gautier et les divers entrepreneurs autour d’une table ou, souvent, en montant sur la galerie et sur le pourtour de l’église, et parfois en montant plus haut sur la pente du toit.

Conclusion

Qu’il est difficile de rappeler tous les points forts de la vie paroissiale ! Tant de joies et aussi de difficultés portées ensemble. De ces années où j’ai été curé de Saint-Roch, ma mémoire reste marquée par bien des visages, des réalisations, des célébrations de messes régulières, ainsi que de baptêmes, de communions, de professions de foi, de confirmations aussi, et de mariages, d’obsèques. Bien des visages sont inscrits dans ma mémoire, mon cœur, et ma prière.

Par bonheur, le livre-album Le diocèse de Gap et d’Embrun, hier et aujourd’hui (éd. du Signe, 2015), avec une bonne documentation en photographies, donne des repères sur l’histoire de la paroisse Saint-Roch, de son église et de ses quartiers.

Sur le plan pastoral, j’ai été heureux de travailler dans un bon climat de confiance entre prêtres et laïcs. Ma profonde gratitude va vers les uns et les autres, ainsi que mes souhaits pour l’annonce de La joie de l’Évangile, selon l’expression du pape François.

Père Pierre Fournier

2 COMMENTS

  1. Bonjour Mon Père,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre évocation de votre vie pastorale, j’en suis sorti très impressionné et admiratif pour votre foi, ce dont je ne doutait pas, et pour votre enthousiasme.
    J’espère que vous allez mieux ?
    Recevez mes amicales salutations,
    Francis Libaud

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