Homélie de Mgr Xavier Malle, évêque du diocèse de Gap (+ Embrun) en l’église Notre-Dame d’Espérance pour l’ouverture du jubilé des 50 ans de sa construction

À la veille de la publication de l’exhortation post-synodale sur l’Amazonie du Pape François, Marie, Mère de l’espérance « nous enseigne la vertu de l’attente confiante”.

Vous êtes.

Vous êtes. Jésus dit à ses disciples leur identité profonde. Vous êtes. Pas ce que vous devez être. C’est-à-dire ce que vous êtes par votre baptême. Car le jour de votre baptême est une nouvelle naissance. Le roi saint Louis signait : Louis de Poissy, ville de son baptême.

I. Donc vous êtes, nous sommes, quoi ? sel de la terre et lumière du monde !

Le sel a trois fonctions quotidiennes.

  • Donner du goût : une soupe fade ou un peu salée. Donnons du goût à la vie ! Donnons du sens à la vie. Je prends un exemple d’actualité que vous avez peut-être lu dans le journal : le diocèse vient de passer une convention avec l’association 82-4000 pour mettre à sa disposition l’ancienne aumônerie des sanatoriums à Briançon, aujourd’hui inutilisée, dans le but d’accueillir et de faire goûter la Haute Montagne à des publics défavorisés d’associations partenaires, comme ATD Quart Monde. Quel sens donnons nous à la jeunesse haut-alpine : le sport, le ski, ne suffisent pas à donner un sens à leur vie. Comment nous chrétiens des Hautes-Alpes, contribuons nous à donner un sens à la vie des jeunes ? Comment sommes-nous sel de la terre ?
  • Conserver les aliments : la salaison, la viande salée. On nous  taxe parfois de conservateurs, concernant en particulier la famille. Ce serait l’ancien monde. Mais le monde que par exemple la loi bioéthique nous promet  n’est pas réjouissante : des manipulations du vivant, jusqu’à la création d’embryons chimères hommes-animaux ; la privation volontaire d’un père à des enfants par l’extension de la PMA aux femmes seules ou en couple de femmes, l’ouverture vers la GPA, l’esclavage des mères porteuses. Oui, nous sommes conservateurs de la famille, cellule de base de la société. Oui,  nous sommes le sel de la terre.
  • Équilibre de santé : le sodium est indispensable à la santé. Il aide à la digestion, il permet de maintenir et de réguler le liquide qui baigne les cellules, il participe à l’équilibre hydrique global et permet même la formation des messages nerveux dans les neurones. Notre foi chrétienne donne une cohérence à la vie. Elle a un début et une fin, et un mode d’emploi. Elle permet un équilibre de vie.

La lumière sert à éclairer et à réchauffer. Parfois, par le péché de certains chrétiens, nous ne sommes pas la lumière, nous la mettons sous le boisseau. Mais prenons par exemple le texte du pape François sur l’écologie intégrale, Laudato Si. Il a éclairé non seulement les chrétiens, mais beaucoup d’autres personnes. Que votre lumière brille devant les hommes. 

II. Prenons un exemple concret, notre pape François. Oui, sa lumière brille devant les hommes. 

Même quand sa nature humaine prends le dessus, comme quand il s’énerve devant une femme qui ne le lache pas et risque de le faire tomber. Le dimanche suivant, il demande pardon publiquement lors de l’angélus, et quelques semaines après il rencontre cette femme. Lumière du monde.

Notre Saint Père a un charisme particulier, mettre le doigt où cela fait mal. Où cela fait mal aux chrétiens et à la société.

Ainsi, la famille, avec les deux synodes romains sur la famille et son exhortation Amoris Laetitia. On ne peut mener la pastorale de la même manière aujourd’hui qu’hier, quand il n’y avait presque aucun couple divorcé ou séparé. Le pape François nous encourage à l’accompagnement d’un chemin de ces couples. Il en touche pas à la théologie, c’est-à-dire au plan de Dieu.

Ainsi l’écologie intégrale que j’ai déjà cité, avec Laudato Si. Auparavant, pour beaucoup de chrétiens, dont j’étais, l’écologie était seulement un parti politique marqué à gauche ou doux rêveurs. Le Pape François nous a fait prendre conscience que l’attention à la maison commune la terre est dans les gênes des chrétiens, que tout est lié, protection de l’environnement et écologie humaine avec la protection des plus faibles. 

Mettre le doigt où cela fait mal, cela fait mal et dérange. Nous pouvons être dérangés dans nos habitudes, dans nos certitudes. 

III. Je fais maintenant le lien avec l’actualité. 

Cette semaine va être publiée l’Exhortation apostolique post synodale, après le synode sur l’Amazonie.

Regardons ainsi combien le pape met le doigt où la terre a mal. On a beaucoup parlé des incendies en Amazonie, et plus récemment en Australie. L’Amazonie est l’un des poumons verts de la planète mais est en train d’être détruite par des intérêts financiers. Cela nous regarde nous français et nous chrétiens français, car le diocèse de Guyane est sur un département d’outre-mer.

Comme pour le synode sur la famille, beaucoup de bruit médiatique a eu lieu avant, pendant, et après. Certains essaient de faire passer leurs idées, de force à l’occasion de ces synodes. D’autres le craignent fortement. Mais un synode n’est pas un forum mondial où des tendances s’entretuent. Un synode est une réunion d’évêques avec des experts, qui se mettent ensemble à l’écoute de l’Esprit saint.

La difficulté est notre monde surmédiatisé, qui plaque sur l’église ses critères d’analyse des institutions seulement humaines. Mais l’église si elle est une institution humaine et aussi une institution divine. Si on ne le comprends pas, on ne comprends rien à notre église. 

C’est pour réfléchir à ces questions que j’ai invité le père Xavier Manzano a faire une conférence diocésaine en mars prochain à Gap, « l’Église entre mystère et institution ». Le cardinal Sarah dans son introduction au livre écrit avec la contribution du pape émérite benoît XVI a pointé cette difficulté et en a été victime avec une cabale médiatique montée contre lui. Je cite son introduction : « Ces derniers mois, alors que le monde résonne du tumulte créé par un étrange synode des médias qui a pris la place du vrai synode, nous nous sommes rencontrés. Nous avons échangé nos idées et nos préoccupations. »

Cela m’a rappelé que le pape Benoît XVI avait utilisé cet adjectif « médiatique » en 2013 à propos du concile, lors d’une rencontre avec le clergé de Rome le 14 février 2013 :

« Je voudrais à présent ajouter un troisième point : il y a eu le Concile des pères – le vrai Concile – mais il y a eu aussi le Concile des médias. C’était presque un Concile à part, et le monde a perçu le Concile à travers ce dernier, à travers les médias. Ainsi, le Concile qui a atteint les gens avec un effet immédiat était celui des médias, et non celui des Pères. Et tandis que le Concile des Pères se déroulait dans la foi – c’était un Concile de la foi cherchant l’intellectus, cherchant à se comprendre et cherchant à comprendre les signes de Dieu à cette époque, cherchant à répondre au défi de Dieu à cette époque et à trouver dans la parole de Dieu une parole pour aujourd’hui et pour demain – tandis que tout le Concile, comme je l’ai dit, se déroulait dans la foi, comme fides quaerens intellectum, le Concile des journalistes, naturellement, ne se déroulait pas dans la foi, mais dans les catégories des médias d’aujourd’hui, à savoir en dehors de la foi, avec une herméneutique différente. C’était une herméneutique politique : pour les médias, le Concile était une lutte politique, une lutte de pouvoir entre les différentes tendances de l’Église. Il était évident que les médias allaient prendre le parti de ceux qui leur semblaient plus proches de leur monde. »

Il s’est passé la même chose pour le synode sur l’Amazonie. J’avoue ne pas avoir d’idée comment l’empêcher dans notre monde médiatisé. À part certains mal intentionnés, les journalistes sont aussi victimes de cette surmédiatisation, de la course au scoop, des titre racoleurs.

La seule question qu’a retenue notre microcosme médiatique, notre synode médiatique : est-ce que le Pape va abolir le célibat sacerdotal ?

Alors je veux vous dire que non. Ce ne peut être, quoi que puisse vouloir et dire les médias. La question n’est pas là.

Une des questions abordée dans le synode sur l’aAmazonie est l’ordination des ” viri probati ” – des hommes éprouvés qui, bien que mariés, pourraient être considérés comme dignes de se voir confier davantage de tâches cléricales en Amazonie où il y a pénurie de prêtres.

Donc attention, il ne s’agit en aucun cas d’abolir le célibat sacerdotal dans l’Église catholique de rite latin, mais la question s’est posée d’ordonner prêtre des diacres permanents mariés. Car effectivement pour les ordonner prêtre, il faudra d’abord les ordonner diacres. 

Le pape s’est exprimé sur le célibat sacerdotal clairement, c’était dans l’avion qui le ramenait des JMJ au Panama il y a un an en janvier 2019, et je cite un article du journal La Vie, comme quoi tous les journalistes ne sont pas à mettre dans le même panier de crabe : « Est-il possible de penser que, dans l’Église catholique, en suivant le rite oriental, vous permettrez à des hommes mariés de devenir prêtres ? », a demandé la journaliste Caroline Pigozzi. La question portait donc sur l’ordination d’hommes déjà mariés, et non sur la possibilité, pour des prêtres déjà ordonnés, de se marier ; le vrai débat au sein de l’Église se situant sur la première hypothèse, la seconde étant écartée de façon beaucoup plus ferme.

« Dans l’Église catholique, dans le rite oriental, ils peuvent le faire, et on fait l’option, célibataire ou marié – avant le diaconat », s’est tout d’abord contenté de répondre François. Dans l’Église catholique orientale, il est en effet possible d’ordonner prêtres des hommes déjà mariés, mais il n’est pas question que des hommes ordonnés puissent convoler. « Mais maintenant, avec l’Église catholique de rite latin, peut-on penser que vous prendrez cette décision ? », a alors insisté la journaliste. François a formulé une réponse beaucoup plus complète : « Il me vient à l’esprit cette phrase de saint Paul VI : “Je préfère donner ma vie avant de changer la loi sur le célibat.” (…) Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Église. Deuxièmement, moi je ne suis pas d’accord pour permettre le célibat optionnel, non. » Fin de citation du pape et de l’article de La Vie. Voilà qui est clair.

Alors cette exhortation sur l’Amazonie, je ne sais pas ce qu’elle va contenir. Mais je suis certain qu’elle ne va pas contenir ce qu’espèrent certains ou ce que redoutent d’autres. Elle va contenir le résultat d’un synode, une réunion d’évêques à l’écoute de l’Esprit Saint, avec ensuite le discernement propre du pape.

Alors je veux vous inviter à trois choses :

1/ la confiance en l’Esprit Saint, qui ne s’est pas trompé en nous donnant le pape François, et qui assiste l’Église et le Souverain pontife. Soyons dans une attitude de confiance filiale envers notre pape.

2/ le recul critique de tout ce que pourront dire les médias, même certains médias chrétiens. 

3/ l’étude personnelle de ce texte. En rappelant que la question centrale n’est pas celle de l’ordination ou pas des viri probati, des diacres permanents, mais la survie de l’Amazonie et de ses peuples, survie cruciale pour notre maison commune la terre.

Attendons dans la confiance de prendre connaissance de ce document.

Après avoir rédigé cette homélie et volontairement l’avoir écrit pour ne pas dire de bêtise, toujours possible quand on se lance sans papier, je me suis dit, il faut quand même que je fasse un lien avec les 50 ans de l’église Notre-Dame d’Espérance.

Le pape François, dans sa catéchèse hebdomadaire du 10 mai 2017, a parlé de Marie, Mère de l’espérance. Elle « nous enseigne la vertu de l’attente confiante, même quand tout semble privé de sens ». Je cite pour terminer la synthèse officielle en français de cette catéchèse : Frères et sœurs, aujourd’hui, nous regardons Marie, Mère de l’espérance. Dans les évangiles, Marie est cette femme qui médite chaque parole et chaque événement dans son cœur, qui écoute et qui accueille l’existence telle qu’elle se livre, avec ses jours heureux et avec ses drames. Et, à l’heure de la nuit la plus extrême, quand son Fils est cloué sur le bois de la croix, les évangiles nous disent qu’elle « restait » là, au pied de la croix, par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante et avec son amour de mère qui souffre. Elle est là encore pour accompagner les premiers pas de l’Église, dans la lumière de la Résurrection, au milieu des disciples tellement fragiles. C’est pour tout cela que nous l’aimons comme Mère, parce qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente confiante, même quand tout semble privé de sens. Que Marie, la Mère que Jésus nous a donnée à tous, puisse toujours soutenir nos pas, dans les moments difficiles.» Amen !