Carême et Covid, un temps pour changer ?

Homélie du mercredi des Cendres, 17 février 2021

« Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Ces paroles fortes aux Corinthiens de l’apôtre Paul nous sont aussi adressées personnellement alors que nous entrons ce jour du mercredi des Cendres, dans le Carême. Nous laisser réconcilier avec Dieu peut déjà être un bel objectif de Carême. Et nous pourrions les mettre sur nos lèvres vis-à-vis de nos frères et sœurs humains, englués et liés comme chacun de nous dans une pandémie sans fin : « Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu.»

Vous comme moi, nous avons une mission dans le monde. Laquelle actuellement ? Cette mission ne s’est pas arrêtée avec la covid-19; elle en a au contraire retrouvé une urgence, une saveur. Quand tant de nos contemporains, et nous parfois, désespérons, ou espèrons recommencer le plus vite possible, repartir au plus vite vers ce qui existait avant, proclamons que le temps de la pandémie n’est pas une parenthèse, mais est un temps de crise et donc peut-être un temps de grâce. La conversion du Carême pour chacun de nous, ce pourrait-être de passer du « recommençons vite » à « Rêvons un monde meilleur » où nous serions réellement tous frères, Fratelli tutti, selon le titre de la dernière encyclique du Pape François.

Le pape François a écrit en décembre dernier un autre livre, fruit d’une conversation avec un journaliste anglais, avec ce titre : « Un temps pour changer, et un sous-titre : Viens, parlons, osons rêver… »

Il écrit : « Nous avons négligé, maltraité nos relations avec notre Créateur, avec la Création, avec nos semblables, avec les autres créatures. » La covid-19 comme un temps pour changer, n’est-ce pas une définition très classique du carême ? : un temps pour changer ! Frères et soeurs, cette pandémie n’est-elle pas comme un grand carême ?  On est privé de ce qu’on aime le plus : nos loisirs et les rencontres familiales et amicales. La liturgie du carême est en violet, la couleur de la sépulture, et on a enterré tant de frères et soeurs humains par ce virus.

Mais il nous faut choisir d’entrer en Carême. Entrer en Carême, pas en traînant les pieds : « déjà le Carême, mais on a à peine fêté Noël ! », et c’est vrai que Pâques est tôt cette année, mais plutôt en se redisant : « voici le moment favorable ». Dieu va me montrer dans ce carême comment mieux accueillir sa grâce de Résurrection, car comment pourrions-nous oublier qu’au bout du carême, il y a Pâques ?

Oui peut-être pourrions-nous décider de vivre cette pandémie actuelle comme un grand carême, et pour reprendre l’expression du Pape, comme un temps pour changer. Si j’avais un seul conseil à vous donner pendant ce carême, c’est de lire ce livre, de l’offrir, à vos amis, à vos prêtres, à vos enfants. (Page de publicité : la librairie du Laus est ouverte pendant tout le carême les vendredi-samedi et dimanche, mais attention, en raison des travaux du Centre d’Accueil des Pèlerins qui vont démarrer en avril, elle a été déménagée au pied des escaliers centraux de l’hôtellerie.)

« Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu.» Comment le Pape s’adresse-t-il à nos contemporains ? Sa première phrase dans son prologue est celle-ci : « Je crois que les temps que nous vivons sont décisifs. » Puis il développe en trois chapitres : un temps pour voir, un temps pour choisir et un temps pour agir. On retrouve le voir-juger-agir de l’Action Catholique dans sa belle époque.

Sortirons-nous meilleur de cette crise ? « On ne sort jamais indemne d’une crise, dit le Pape. Si tu t’en sors, tu en ressors meilleur ou pire, mais jamais comme avant… Au cours des épreuves de la vie se révèle ton propre coeur : combien il est solide, combien il est miséricordieux ; combien il est grand ou petit. Quand tu es mis à l’épreuve, tu dois choisir. » Et le Pape nous propose de « prendre la Croix et de l’étreindre ». Le chemin de Croix est une prière privilégiée pendant le Carême. Cela me rappelle la parole de Marie aux enfants de L’Ile-Bouchard, « Embrassez la croix de mon chapelet ». Le pape dit : « Si nous voulons sortir de cette crise moins égoïstes que nous n’y sommes entrés, nous devons nous laisser toucher par la douleur des autres. »

Au pied de la Croix se tenait Marie sa mère. Notre année mariale diocésaine se déroule au rythme de ce qui peut être proposé par les paroisses, mais surtout à notre propre rythme grâce au livret marial et aux petites fraternités mariales. Nous allons vivre un temps fort de notre année mariale pendant le carême, avec les conférences mariales de Carême, chaque dimanche après-midi, cela commence dimanche prochain, dans la Basilique du Laus et en retransmission sur la chaine Youtube du sanctuaire. N’hésitez pas à monter les 5 dimanches de Carême et aux Rameaux au Laus pour profiter de ces conférences, dont le programme est sur le site internet du diocèse et celui du sanctuaire.

Comment serons-nous à la fin de ce carême ? A la fin de son prologue, le pape prend l’image du débordement d’un fleuve. Certes négativement et on l’a vu récemment dans le Sud-Ouest, l’inondation est destructrice, mais il peut y avoir dans certains éco-systèmes un débordement qui amène du limon fertilisant et qui fait du bien à la terre. C’est le sens utilisé par le pape, je le cite : « Des millions de personnes se sont demandées et ont demandé aux autres, où elles pourraient trouver Dieu dans cette crise. Ce qui me vient, c’est le débordement. Je vois un débordement de miséricorde se déverser parmi nous. Les coeurs ont été mis à l’épreuve. La crise a suscité chez certains un courage nouveau et une compassion nouvelle. » Et il termine son prologue en témoignant : « L’idée que nous pourrions sortir meilleurs de cette crise me remplit d’espérance. »

Dans l’évangile, Matthieu nous propose un chemin pour changer : passer de l’extérieur de nos pratiques religieuses, à l’intérieur de notre cœur. « Quand tu pries, quand tu fais l’aumône, quand tu jeûne, retires-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » Cela signifie non seulement qu’il faut pratiquer, mais qu’il faut pratiquer en vérité et en profondeur. « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. » Prière, jeûne, aumône, les trois pratiques habituelles du Carême, doivent se vivre au bon niveau, pas égoïstement pour me faire remarquer, mais comme un remède à ce que le  pape cite comme la grande cause des malheurs de notre société actuelle : « Ce qui nous a tourné la tête, c’est le mythe de l’autosuffisance, qui a murmuré à notre oreille que la terre existe pour être pillée ; que les autres sont là pour répondre à nos besoins ; que ce que nous avons gagné ou ce dont nous manquons c’est ce que chacun mérite ; que ma récompense c’est la richesse, même si cela signifie que le destin inéluctable des autres sera la pauvreté. » Contre ce mythe de l’autosuffisance, exerçons-nous par le jeûne, l’aumône et la prière.

Le CCFD-Terre Solidaire propose un joli livret de Carême, que vous trouverez sur le site du diocèse, avec ce petit commentaire de l’évangile de ce dimanche : « Jésus renverse profondément la perspective : il ne s’agit pas tant de montrer sa capacité à être religieux, pratiquant d’une foi dans une attitude volontariste, que de découvrir la chambre secrète de notre cœur où Dieu vient à notre rencontre. Car l’apprentissage d’une vie qui sait partager, le choix d’une démarche spirituelle humble, la capacité à résister aux besoins immédiats pour notre vie matérielle nous libèrent de l’orgueil. Et nous apprennent à vivre en paix dans notre « maison commune ». 

Pour terminer, je reprends la fin de ce passage de saint Paul : « En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. »

Frères et sœurs, ce carême, cette pandémie qui est comme un grand carême, sont le moment favorable. Même si nous nous sentons dépassés, nous le savons d’expérience, nous sommes accompagnés. Dieu est présent dans ce Carême. Amen.

Messe des Cendres 2021

Cet article a 2 commentaires

  1. Roux

    Bonjour. Est-ce possible qu’un exemplaire du livre du Pape François “un temps pour changer…” soit apporté de la librairie du Laus soit apporté cette fin de semaine sur Gap à la maison Diocésaine afin que je l’achète ce jeudi 25/02 quand je descends de Risoul? Merci d’avance. Très cordialement. D. Roux

    1. Webmaster

      Bonjour, je me renseigne et je vous dis ce qu’il nous est possible de faire dès que possible. Bien cordialement,

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