HOMÉLIE DE LA MESSE DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DE LA VIERGE MARIE

Sanctuaire de Notre Dame du Laus – Mardi 8 septembre 2020, par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux

Chers amis,

À la suite de tous ceux qui nous ont précédés et qui sont venus prier en ce lieu, nous sommes invités à entrer, à notre tour, dans une démarche de pèlerinage. Il me semble qu’en contemplant Marie, il y a trois intentions qui peuvent habiter notre prière ce matin :

  1. Demander au Seigneur de fortifier notre foi

La foi est plus qu’une simple croyance, fût-ce la croyance en Dieu. Elle est une relation personnelle à Dieu. La foi, comme l’amour ou l’amitié, est une réalité vivante. Elle peut grandir, s’approfondir, ou au contraire s’affaiblir et disparaître. Elle peut être éprouvée par des remises en question ou des difficultés de la vie. Dans une démarche de pèlerinage, nous demandons à Dieu de nous fortifier dans la foi, de faire grandir en nous la confiance en son amour et en sa fidélité. Si nous avons des difficultés, si nous vivons des choses difficiles dans notre vie personnelle, familiale, professionnelle ou dans nos relations avec les autres, n’hésitons pas à présenter tout cela au Seigneur, à le lui confier.

La végétation a beaucoup souffert ces dernières semaines de la sècheresse. La terre a été craquelée et des plantes n’ont pas toutes résisté. Notre vie ressemble parfois à cette terre, cette terre dont nous parle le psaume 63, « terre altérée, desséchée, sans eau » (63, 2). Nous sommes parfois secs spirituellement. C’est tout simplement parce que notre vie n’est pas suffisamment irriguée, reliée à cette source d’eau vive qu’est le Seigneur. Rappelons-nous ce que Jésus dit à la Samaritaine : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 13-14). Puisons cette eau à la source de la prière, de l’écoute de l’Écriture, de l’Eucharistie, de la messe, où le Seigneur nous attend, frappe à notre porte et veut venir en nous.

Demandons à Dieu d’enraciner en lui notre foi, de l’enraciner au plus profond. J’aime beaucoup cette image que l’on trouve chez le prophète Jérémie, où le juste est comparé à un arbre : «  Béni soit l’homme qui se fie dans le Seigneur et met sa confiance en lui. Il est comme un arbre planté près des eaux et qui envoie ses racines vers le courant ; il ne craint pas quand arrive la chaleur et son feuillage reste verdoyant ; l’année de la sècheresse, il ne s’inquiète pas  et il ne manque pas de faire du fruit » (Jr 17, 7-8). Soyons comme cet arbre dont les racines vont puiser en Dieu la vie qui le nourrit.

S’il y en a une qui peut nous aider à grandir dans la foi, c’est bien Marie, la croyante, la servante, celle dont Élisabeth a dit : « Bienheureuse celle qui a cru dans les paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45 ). Toute la vie de Marie a été habitée par la confiance. Elle a foi en la fidélité du Seigneur. Elle médite dans son cœur tous les événements de sa vie et les paroles reçues du Seigneur. Elle veut faire la volonté de Dieu dans le quotidien de ses jours. Toute son existence a été un vrai chemin de foi. Elle dit « Oui » au Seigneur dans les moments de joie, d’espérance et d’action de grâce comme dans les moments de nuit, d’épreuve et de douleur.

Sainte Marie, Notre Dame du Laus, aidez-nous à fortifier notre foi !

  • Demander au Seigneur la grâce de la transmission de la foi

Car si la foi nous est donnée, ce n’est pas simplement pour nous éclairer et nous faire vivre de la vie de Dieu, c’est aussi pour la partager aux autres comme une grâce. Il faut la transmettre. Nous l’avons nous-mêmes reçue. Nous avons à l’offrir. Certes, en rigueur de termes on ne transmet pas la foi dans son sens subjectif, c’est-à-dire la foi comme décision, engagement, comme acte de foi qui nous fait dire « Je crois ». Cet acte est de la liberté de chacun. Cet acte nous échappe. On ne peut le poser à la place d’un autre. Par contre, il est de notre responsabilité de témoigner de l’Évangile, de faire connaître la foi chrétienne, de proposer l’expérience chrétienne, d’inviter à la foi.

Nous sommes dans une société où la transmission de valeurs de génération en génération est devenue problématique, et pas seulement sur le plan religieux. A partir d’une même éducation reçue, les enfants, dans la vie, peuvent avoir des trajectoires personnelles différentes. Certains peuvent poursuivre une vie chrétienne, d’autres peuvent  en abandonner la pratique et d’autres enfin ne plus garder de convictions chrétiennes. Il peut y avoir dans les familles des ruptures de transmission de la foi. Prions pour que les familles, pour que nos familles soient fidèles à leur mission. A la suite de Benoîte Rencurel qui accueillait si bien au Laus toutes les familles, confions ici au Seigneur les membres de nos familles et de nos proches, les familles de nos diocèses.

La Vierge Marie a veillé sur Jésus. Elle-même est née dans une famille et a formé avec Joseph et Jésus cette sainte famille de Nazareth. Sur la croix, Jésus confie à sa mère une famille plus large encore, celle de tous ses disciples. Comme une mère, elle voit nos besoins et veille sur nous. Nous pouvons lui confier notre propre parenté, nos proches, nos familles. Oui, que la Vierge, qui veut toujours nous conduire à son fils, veille sur nous tous, petits et grands, nous garde toujours dans la foi et la recherche de Dieu.

  • Demander au Seigneur la grâce de l’annonce de la foi

Cette proposition de la foi, nous n’avons pas à la vivre uniquement dans notre univers familial. Dans une société qui n’est plus chrétienne, où un français sur 2 aujourd’hui n’est pas baptisé, nous avons à faire connaître la foi chrétienne, à partager notre foi. Saint Pierre dit aux chrétiens : « Soyez prêts à rendre compte de votre espérance à quiconque vous le demande » (1 Pi 3, 15). C’est pour cela que les différents papes depuis Paul VI jusqu’au pape François ont appelé l’Église à entrer dans une vraie dynamique d’évangélisation. Il est important que nos communautés chrétiennes ne soient pas que des communautés  centrées sur elles-mêmes, seulement attentives à répondre aux besoins spirituels de leurs membres. Le pape François nous invite à ne pas rester repliés sur nous-mêmes comme la femme recourbée de l’Évangile mais à sortir, à aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps et à leur partager l’espérance qui nous habite, leur proposer d’entrer dans l’expérience chrétienne que nous expérimentons comme un véritable plus dans la vie.

Le pape François écrit : « Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans nos structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » » (La Joie de l’Évangile, n° 49). Plus d’une fois, le pape François a rappelé : « Celui qui a eu le cœur touché par le Christ ne peut pas ne pas le faire connaître et aimer », et ceci auprès de tous.

Prions pour nos communautés chrétiennes, pour nos paroisses. Que le Seigneur leur donne tonus apostolique et souffle missionnaire. Que la Vierge Marie qui était présente au milieu des apôtres le jour de la Pentecôte nous soutienne dans cette ardeur missionnaire. Que cette année mariale proposée, ici, dans le diocèse, porte dans nos communautés, dans nos familles, dans nos villages et nos quartiers de beaux fruits apostoliques. Vierge Marie, Notre Dame du Laus, vous qui portez sur tous les hommes un regard maternel, donnez-nous une âme d’apôtres !

L’évangéliste Jean nous dit : « Depuis cette heure-là, le disciple prit (Marie) chez lui » (Jn 19, 27). N’hésitons pas, pendant cette année pastorale qui commence, à prendre Marie chez nous. Elle veillera sur nous et nous conduira toujours vers son fils. Elle nous fera partager sa joie et nous affermira dans notre vie de disciples et d’apôtres. Amen.

     + Jean-Pierre cardinal RICARD

                                                                          Archevêque émérite de Bordeaux