Homélie de la messe diocésaine pour les militaires morts en OPEX.
  • Post published:8 décembre 2019
  • Messe du dimanche 08 décembre 2019- Avent 2

10h30 Cathédrale de Gap – Messe diocésaine pour les militaires morts au Mali

MOT INTRODUCTIF

Nous venons de vivre deux semaines intenses depuis l’annonce mardi 26 novembre de la mort de 13 militaires français en opération au Mali, dont 4 issus de notre régiment de Gap. 

Dès mardi à 17h, une messe a été célébrée par l’abbé Ludovic Frère recteur du sanctuaire du Laus, au régiment, puis à 19h un premier hommage de la ville de Gap a été rendu devant la mairie. Lundi 2 décembre, après une messe dans l’église des Invalides, cathédrale du diocèse aux armées, par Mgr Antoine de Romanet, évêque aux armées, qui s’associe par la prière à notre célébration, ce fut l’hommage national présidé dans la cour des Invalides par le président de la République. Puis il y a eu mercredi les funérailles à Puy-Sanières et à Gap, ce samedi à Clermont Ferrand ; et encore ailleurs en France. Ce jeudi 5 décembre à Gap, nous avons vécu une très poignante cérémonie militaire de retour de mission et d’hommage aux morts. 

Aussi, après ces moments forts, comme un aboutissement de ce cycle d’hommage, je vous ai proposé de nous retrouver ce dimanche, dans notre, votre cathédrale.

Je veux remercier les autorités civiles, militaires et religieuses qui sont présentes ce matin.

Parmi les autorités civiles,

  • Mme. Cécile Bigot-Dekeyser, notre Préfète, 
  • Mme. Patricia Morhet-Richaud, sénatrice
  • Mr Jean-Marie Bernard Président du conseil départemental 
  • Mr François Daroux 1er adjoint au maire de Gap, représentant Mr Roger Didier, maire, excusé
  • Mme Isabelle Desfarge, présidente du TGI
  • M. Florent Crouhy, procureur de la République
    Merci à tous les élus, maires, adjoints, conseillers municipaux et départementaux de leur présence.

Ne pouvant être présent, mais m’ayant dit leur proximité,

  • Mme. Patricia Boyer, député,  
  • M. Roger Didier, maire, 
  • et le colonel Damien Demetz commandant du groupement de gendarmerie représenté par son adjoint,

Parmi les autorités militaires, en vous souhaitant à tous la bienvenue, je mentionne le colonel Nicolas de Chilly, chef de corps du 4ème chasseur.

Parmi les autorités religieuses, le pasteur Arnaud Van den Wiele de l’Eglise protestante unie a envoyé un représentant.

L’association de la mosquée El Salam de Gap a missionné messieurs Abdelaziz Bastolet, et Houcine Khezami, pour pour représenter leur président M. Rachid Néguaz. 

Merci de votre présence à tous. C’est important et signifiant.

Je suis entouré dans le choeur de la cathédrale parmi les prêtres, du P Sébastien Dubois, curé de Gap, du P Ludovic Frère, recteur du Laus, et du P Damien de Beaumont, aumônier militaire, et parmi les diacres, M. Bernard Siegel, ancien militaire.

La seconde bougie de la couronne de l’Avent a été allumée, dans deux semaines, ce sera Noël, et à la fin de la messe, je bénirai la crèche de cette cathédrale. Il n’est pas interdit de mettre dans la crèche des personnages contemporains, car l’enfant Dieu ne cesse de naître à toutes les époques. 

Aussi, je vous propose cette année, d’y ajouter 4 santons, qui portent leurs prénoms de baptêmes, les santons d’Alexandre, Antoine, Romain et Valentin, dans leur tenue de commando montagne.

C’est l’esprit de cette messe, pour laquelle je vous invite maintenant à vous lever.

HOMELIE

La parole de Dieu que nous avons entendue est celle proposée par l’Eglise catholique dans le monde entier pour ce second dimanche de l’Avent.

Le prophète Isaïe a une espérance immense : alors que la situation politique est désastreuse à Jérusalem, il reçoit de Dieu la certitude qu’un bon roi finira par naître, car Dieu a promis au roi David une descendance éternelle. Je le cite : «un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : Esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur.”

Et il utilise des images qui nous parlent dans les Hautes-Alpes, «Le loup habitera avec l’agneau», ou dans les Pyrénées :  «La vache et l’ourse auront même pâture». Il ajoute ce qui est la pointe de sa prophétie : «un petit garçon les conduira».

Dans notre monde tragique en décembre 2019, si loin de l’espérance qu’avait semée le grand jubilé de l’an 2000, il nous est bon de relire cette prophétie. Notre Dieu n’abandonne pas notre terre. Notre Dieu n’abandonne pas l’humanité. Notre Dieu ne nous abandonne pas. 

Nous croyons que Dieu peut susciter des dirigeants remplis de sagesse ; c’est arrivé à de nombreuses reprises dans l’histoire ; certains l’ont payé de leur vie, ils ont besoin d’un grand courage. C’est notre devoir de chrétiens de prier pour les chefs d’état et autres dirigeants.

Notre espérance invincible repose aussi sur ces mots prophétiques d’Isaïe : «un petit garçon les conduira». Bien sûr nous y voyons l’enfant de la crèche. Il est né dans une situation terrible, l’occupation de la Palestine par les romains, il a subi la persécution dès tout petit. Les peintres d’icônes aiment le représenter couché dans une mangeoire qui a la forme de l’autel du sacrifice du temple, pour montrer que la Croix était déjà présente à la crèche. Cela s’est révélé exact très vite, puisque Joseph, Marie et l’enfant Jésus ont du fuir en Egypte.

Le même Isaïe avait prophétisé la venue d’un prophète, pour préparer la venue du Messie, nous dit st Matthieu dans l’évangile : «Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.» Ce sera saint Jean-Baptiste, qui proclamera dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Je me suis demandé à quelle conversion Jean-Baptiste nous invite. En montant hier au Monêtier les bains pour les confirmations, je voyais les premiers skieurs. Ils font des conversions.

Rappelez vous, c’était avant les ski paraboliques, ce qu’on appelait la conversion, en réalité toujours très utile dans les contextes où le virage est difficile. L’objectif est, à l’arrêt, de mettre ses skis dans la direction opposée.

Frères et soeurs, notre monde est dans une situation difficile, avec cette guerre mondiale par morceaux dont parle le pape François, avec cette crise environnementale. 

Nous sommes nous-même, familles des militaires morts au combat, membres de la famille militaire, du corps militaire, et le titre de chef de corps est si beau dans ce monde parfois trop individualiste, habitant de Gap, de Puy-Sanière et des autres villes. après ces 15 jours intenses, nous sommes dans une situation difficile, nous avons encore la boule au ventre.

Ce matin, Jean-Baptiste nous invite à choisir l’espérance. Oui, nos militaires ont donné leur vie pour la paix dans le monde. Oui leur sacrifice portera des fruits, demain ou après-demain, peu importe. Quand un homme donne sa vie pour les autres, il élève le monde. Oui, il y a des signes d’espérance dans le monde. Ainsi, en février dernier, le Pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar Ahamad al-Tayyib ont signé un document sur « La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ». C’est un texte fondateur, que je vous invite à découvrir, et dont je vous cite un seul paragraphe :

« Nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens. »

Frères et soeurs, ce document est source d’espérance. 

Alors entendons encore St Paul nous dire dans la seconde lecture, comme il l’écrivait aux Chrétiens de Rome persécutés : 

« Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. 

Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus.»

Pendant la messe, les chrétiens qui s’y sont préparés communient à l’hostie consacrée, devenue pour nous corps de Jésus. 

A la fin de cette messe, je vais bénir la crèche de la cathédrale. Saint Augustin aimait à dire que Jésus, « couché dans une mangeoire, est devenu notre nourriture ». 

Dans une belle lettre sur le sens de la Crèche, qui date de dimanche dernier, le pape François écrit :  « En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.»

Comme pour Isaïe, la source de notre espérance, est de nous laisser conduire par  «un petit garçon», l’enfant Dieu de la crèche. Invoquons ce «Dieu de la persévérance et du réconfort», prions-le dans le silence de notre coeur. Amen.