Homélie de la messe du dimanche 27 janvier 2019 à la cathédrale de Gap, en union avec les jeunes du diocèse présents aux JMJ à Panama.
  • 29 janvier 2019
Pour les oreilles, c’est par ici !
Pour les yeux, c’est à la suite:
“Ce dimanche, avec les jeunes du monde entier, ceux réunis à Panama, mais aussi ceux réunis dans beaucoup de diocèses, nous entendons des lectures qui nous font toucher du doigt le trésor que nous avons, la parole de Dieu. Je ne sais pas ce que le pape va en dire, nous écouterons cette après-midi son homélie, je me permettrai seulement de citer son discours d’ouverture des JMJ.
Commençons par la première lecture : au retour d’exil, le scribe Esdras organise une lecture publique de la loi de Moïse. Il monte sur une tribune de bois, et commence la lecture. Le peuple «se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre.» On imagine leur émotion. Un peu comme la première fois qu’un chrétien, emprisonné dans les geôles communistes a pu lire la Bible et célébrer l’Eucharistie, ou la première fois qu’un rescapé juif des camps de concentration peut entrer dans une synagogue. L’émotion est grande, jusqu’aux larmes. Trop d’émotion au retour d’exil, mais aussi trop d’émotion, car Dieu parle. Alors Esdras dit à ceux qui pleurent : «Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas !»
Ce thème de la joie est prégnant : «Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart !» L’exil causé par le péché du peuple, n’a pas éteint l’élection. Israël est toujours le peuple élu, aimé de Dieu. Oui, frères et soeurs, la joie du Seigneur est notre rempart ! Cela me fait penser à la première phrase de la 1ère encyclique du pape François : «La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours.» Car après avoir entendu la parole de Dieu, nous aussi nous parlons à Dieu, et c’est le dialogue de la prière, dont le psalmiste rend compte merveilleusement : «Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon cœur ; qu’ils parviennent devant toi, Seigneur, mon rocher, mon défenseur !»
Il y a quelques jours, lors de la célébration d’ouverture des JMJ, le pape François parlait d’une fête de la joie : « Les Journées Mondiales de la Jeunesse réunies à Panama sont, une nouvelle fois, une fête de joie et d’espérance pour toute l’Église et un énorme témoignage de foi pour le monde… nous voulons vous dire de ne pas avoir peur, d’aller de l’avant avec cette énergie rénovatrice (…). Aller de l’avant non pas pour créer une église parallèle un peu plus “divertissante” ou “cool” dans un événement pour les jeunes, avec tel ou tel élément décoratif, comme si cela vous suffisait pour vous rendre heureux. Penser ainsi serait ne pas vous respecter et ne pas respecter ce que l’Esprit nous dit à travers vous. Au contraire ! Nous voulons retrouver et réveiller avec vous la continuelle nouveauté et jeunesse de l’Église, en nous ouvrant à une nouvelle Pentecôte.» Fin de citation du pape.
L’évangile de ce dimanche nous porte dans la synagogue de Nazareth. Un jour du Sabbat, Jésus va à la synagogue ; oui, avez-vous relevé au passage : Jésus était pratiquant ! On lui demande de faire la lecture, et il trouve un passage d’Isaïe annonçant un personnage inconnu sur lequel l’Esprit reposera : «L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle…» C’est effectivement un message de joie : «annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés ». Puis Jésus fit l’homélie la plus percutante de toute l’histoire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». C’est à dire, ce que nos pères ont entendus, de la bouche par exemple d’Esdras, tout cela s’accomplit. La joie en personne est là, devant vous. Jésus est la joie, il est la libération. Il est votre rempart. Il accomplit l’Ecriture. St Jérome dit que l’ignorance des écritures, c’est l’ignorance du Christ. C’est en lisant l’évangile, éclairé par l’Ancien Testament, que nous pouvons connaître, mieux, que nous pouvons rencontrer Jésus. Un petit conseil, si vous voulez entendre Dieu vous parler à la messe : lisez une première fois les textes à la maison le samedi soir avant de dormir.
La seconde lecture semble parler de toute autre chose : Paul écrit aux habitants de Corinthe : «C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps.» Et il développe l’image du corps qui « a plusieurs membres : L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi. » Le pape a aussi invité les jeunes à une culture, une spiritualité de la rencontre, je le cite : « Nous venons de cultures et de peuples différents, nous parlons des langues différentes, nous portons des vêtements différents. Chacun de nos peuples a vécu des histoires et des événements différents. Que de choses peuvent nous différencier ! Mais rien de tout cela n’a empêché de pouvoir nous rencontrer et de nous sentir heureux d’être ensemble. Cela est possible parce que nous savons qu’il y a quelque chose qui nous unit, il y a quelqu’un qui nous rapproche.» Puis il cite une formule de Benoît 16 « L’amour véritable n’efface pas les différences légitimes, mais les harmonise en une unité supérieure » (Benoît XVI, Homélie, 25 janvier 2006). Vous nous enseignez que se rencontrer ne signifie pas s’imiter, ni penser tous la même chose ou vivre tous de la même manière faisant et répétant les mêmes choses (…). La culture de la rencontre est un appel et une invitation à oser garder vivant un rêve commun. Oui, un grand rêve capable d’abriter tout le monde. Ce rêve pour lequel Jésus a donné sa vie sur la croix et que l’Esprit Saint a répandu et a marqué au feu, le jour de la Pentecôte, dans le cœur de tout homme et  de toute femme (…). Un rêve appelé Jésus semé par le Père dans la confiance qu’il grandira et vivra en chaque cœur. (…) (Saint Oscar Romero) aimait dire : « Le christianisme n’est pas un ensemble de vérités qu’il faut croire, de lois qu’il faut respecter, ou d’interdictions. Il deviendrait ainsi repoussant. Le christianisme est une Personne qui m’a beaucoup aimé, qui réclame et demande mon amour. Le christianisme c’est le Christ » (cf. Saint Oscar Romero, Homélie, 6 novembre 1977). C’est réaliser le rêve pour lequel il a donné sa vie : aimer du même amour dont il nous a aimés. (…) Crois-tu en cet amour ? Cet amour en vaut-il la peine ? Ce fut la même demande et la même invitation que reçut Marie.»
Le Pape termine avec le thème marial des JMJ : «L’ange lui a demandé si elle voulait porter ce rêve dans ses entrailles et le faire vie, le faire chair. Elle a dit : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Marie a osé dire “oui”. Elle a osé donner vie au rêve de Dieu. Et c’est la même chose que l’ange veut demander à vous, à moi : Veux-tu que ce rêve prenne vie ? Veux-tu lui donner chair avec tes mains, avec tes pieds, avec ton regard, avec ton cœur ? Veux-tu que l’amour du Père t’ouvre de nouveaux horizons et te conduise sur des chemins jamais pensés ni imaginés, rêvés ni espérés, qui réjouissent et fassent chanter et danser le cœur ? Est-ce que nous osons dire à l’ange, comme Marie : Voici les serviteurs du Seigneur, qu’il en soit ainsi ?»
Amen.
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