Homélie de Mgr Malle à Neffes le dimanche 3 mars
  • 5 mars 2019
Pour écouter l’homélie:
Homélie Dimanche 3 mars 2019
NEFFES – TO8 
A plusieurs reprises, des personnes appellent Jésus Rabbi, c’est à dire maître, dans la mesure où il se comporte ou enseigne avec autorité (Matthieu 8,19), et l’on reconnaît qu’il surpasse les autres maîtres de son temps (Marc 1,22). 
> Au début de notre évangile, on voit Jésus qui se comporte en sage, à la manière des sages de l’ancien testament, et qui, encore plus intéressant, nous livre une réflexion sur ce qu’est un bon maître.
La première chose, c’est de choisir un bon maître : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?».
Quels sont nos maîtres de sagesse frères et soeurs ? 
Est-ce les médias, les commentateurs soit-disant spécialistes qui interviennent dans les médias, les réseaux sociaux qui en un sens ont remplacé le bar du coin ? Je me pose aussi la question, car je suis un grand lecteur de journaux et consulte les réseaux sociaux.
Est-ce moi-même ? Mais nous savons bien que nous nous trompons, que nous ne sommes pas bon juge sur les autres et encore moins sur nous-même, que nous manquons d’expérience.
Est-ce une autre personne ? Mais encore faut-il qu’elle possède la vraie sagesse.
Jésus ajoute : «Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.» Il nous faut choisir Jésus lui-même ! Il n’y en a pas de meilleur. Et comment l’écouter sinon dans sa Parole, fréquentée à la messe et dans la prière personnelle. Comment discerner la volonté de Dieu sinon en contemplant Jésus, dans l’adoration, dans la Parole, en le regardant vivre et parler.
Je pense aux saints. Quel est le dernier livre d’un saint ou sur un saint que vous avez lu ? Ils sont les vrais théologiens, c’est à dire ceux qui disent une parole, logos, sur Dieu, Theo, car leur vie est parole de Dieu. Saint Arnoux est le saint patron de votre paroisse, sans doute qu’il a quelque chose à nous dire. Parfois ce sont les saints dont nos églises portent le nom. Ici à Neffes ND de la nativité, Marie dans son mystère de la Nativité ; il y a de quoi contempler ! Parfois, pour reprendre une expression du pape, c’est un saint de la porte d’à côté, la personne âgée que je vais visiter et qui me donne une parole de sagesse.
Je pense aussi à des personnes qui ont le charisme de l’accompagnement spirituel, prêtre que ce soit dans la confession ou hors de la confession, diacres, religieuses, mais aussi des laïcs qui ont reçu une formation à l’accompagnement spirituel. On peut avoir besoin à certains moments de notre vie d’un accompagnement spirituel, véritable expérience de discernement spirituel. En repassant devant cette personne des passages de ma vie, je prends conscience des passage de Dieu dans ma vie.
> Après ces réflexions sur qui est notre maître sage, 
Jésus emploie l’image bien parlante de la poutre et de la paille. «Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’, alors que
toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?»
Il me semble que nous avons une clef de lecture de l’actualité douloureuse que nous vivons en église depuis des mois et même des années avec la crise de la pédocriminalité. Si je reprends ma question initiale, quelle est mon maître, je vous invite à écouter non les commentaires, mais par exemple à lire par vous-même le discours important du Pape en conclusion dimanche dernier du sommet sur la protection des mineurs à Rome. C’est un discours magnifique, prophétique, d’un chef religieux. Les mesures concrètes viendront après, mais le pape a voulu aller à la racine du mal.
La clef de lecture de la paille et de la poutre marche dans les deux sens : 
– La mission de l’Eglise, la mission des prêtres, mais aussi la mission de chacun de nous baptisés est en quelque sorte d’annoncer, de prêcher, à temps et à contre temps, l’amour de Dieu, et par la même comme un liquide photo révélateur, de révéler le péché du monde. Pourrions-nous nous permettre de dénoncer la paille dans la société et d’oublier la poutre dans notre oeil ? Il nous faut aussi avec courage regarder le mal aussi chez les chrétiens, aussi dans le clergé. Le pape François disait dimanche dernier : « L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. La personne consacrée, choisie par Dieu pour guider les âmes vers le salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des enfants. Il n’y a pas d’explications satisfaisantes pour ces abus sur des enfants. Humblement et courageusement, nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s’acharne contre les plus fragiles parce qu’ils sont images de Jésus. C’est pourquoi dans l’Église s’est accrue, ces temps-ci, la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d’affronter résolument le phénomène à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. Elle se sent appelée à combattre ce mal qui touche le centre de sa mission : annoncer l’Évangile aux petits et les protéger des loups avides.» Il a encore d’autres paroles fortes : « dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé.» C’est important d’entendre le pape, frères et soeurs, car légitimement on pourrait penser qu’on en fait trop nous-mêmes. L’Eglise de France est engagée dans ce processus de transparence et de mesures de protection. Pour notre diocèse, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à lire ma lettre pastorale d’octobre dernier intitulée «pour une église déterminée». Nous avançons dans la mise en oeuvre des mesures annoncées, ainsi le renforcement de la cellule de veille pour la protection des mineurs, avec une ancienne juge des enfants et une ancienne assistante sociale de la prison, ainsi cette semaine une importante réunion avec tous les mouvements et services d’église en lien avec des mineurs, pour préparer une formation à l’automne pour les laïcs. 
– La clef de lecture de la paille et de la poutre fonctionne aussi dans l’autre sens. La société française pourrait regarder la poutre dans son oeil ! Il est curieux de voir la campagne de presse unilatérale contre l’Eglise, alors même que le milieu médiatique n’est pas un exemple de vertu. Ainsi dernièrement on a appris des choses pas très belles dans certaines écoles de journalisme. Dans son discours de dimanche dernier, le pape dresse un tableau mondial des violences contre les enfants, tout en précisant : « Nous sommes devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout. Nous devons être clairs : l’universalité de ce fléau, alors que se confirme son ampleur dans nos sociétés, n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église.» Le pape cite des études mondiales précises. Ainsi aux USA, chaque année, plus de 700 000 enfants sont victimes, de violences et de mauvais traitements, un enfant sur 10 subit des abus sexuels. Le pape souligne que «le théâtre des violences n’est pas seulement le milieu familial, mais aussi celui du quartier, de l’école, du sport et, malheureusement aussi ecclésial.» Le pape pointe aussi le fléau de la pornographie, dont une partie a pour objet des mineurs. Ou encore le fléau du tourisme sexuel : «d’après les données de 2017 de l’Organisation Mondiale du Tourisme, chaque année dans le monde, trois millions de personnes voyagent pour avoir des rapports sexuels avec un mineur». Il serait urgent que nos gouvernants luttent efficacement contre cela, car dans les six premiers pays de provenance de ceux qui commettent les abus, la France est en tête, avec l’Allemagne, le Royaume Uni, la Chine, le Japon et l’Italie.
La paille, la poutre, comment en sortir : «je voudrais souligner, dit le Pape,  l’importance de la nécessité de transformer ce mal en une opportunité de purification. Regardons la figure d’Edith Stein – Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, – certaine que – citation d’Edith Stein, qui est morte en camp de concentration – « dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grands prophètes et les plus grands saints.» Oui, frères et soeurs, la porte de sortie c’est la porte de la sainteté, raison pour laquelle prophétiquement, le pape nous a offert une lettre sur la sainteté. Comme dit encore Jésus dans notre évangile, L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais.» Pour progresser ensemble, le 19 mars prochain à 20h au centre diocésain, je ferai une lecture commentée de cette lettre. Laissons-nous enseigner par un maître sûr, notre pape François, pour progresser, pour vous, pour moi.
D’ici là, bonne entrée en Carême. Amen.
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