Homélie de monseigneur Malle à Serre, dimanche 24 février 2019
A Serres 
“Mon Dieu que c’est difficile d’être chrétien.” 
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«Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis». Jésus ne nous dit pas de ne pas avoir d’ennemis. Tous, nous  avons des ennemis. Amis-ennemis, le monde est ainsi fait.
Aimez vos ennemis ; c’est une des paroles les plus fortes de notre Seigneur Jésus-Christ. Une parole qui n’existe dans aucune autre tradition religieuse. Une parole que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire, une révolution de l’amour. Révolution, c’est à dire la rotation d’un corps autour de son axe central, nous dit le dictionnaire, ou bien autour d’un autre corps. C’est éclairant cette définition, rotation autour du corps du Christ.
Car, reconnaissons-le chacun, cela ne nous est pas naturel. Spontanément, nous désirons vaincre, triompher, et non laisser triompher notre ennemi.
Le foot est une guerre, le travail est une guerre, parfois la paroisse est une guerre. Le pays est une guerre, personne ne veut perdre la face, quelque soit la couleur de son gilet.
Aimez vos ennemis, rotation d’un corps autour d’un autre corps. Il s’agit de suivre le Christ. 
«Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.», dit Jésus aux larrons sur la Croix. Je me suis demandé pourquoi Jésus ne leur dit pas directement : «je vous pardonne». Peut-être qu’ils n’étaient pas prêts, peut-être que Jésus nous montrait que le début du pardon, c’est de présenter nos ennemis à Dieu. Seigneur, je t’apporte dans l’adoration du St Sacrement mon voisin, mon ennemi. Peut-être que Jésus nous a dit sur la Croix que le début du pardon, c’est de chercher les circonstances atténuantes à notre ennemi : il ne sait pas ce qu’il fait. Peut-être que Jésus  nous a dit : si toi tu n’y arrives pas encore, plonge en Dieu, car lui il pardonne. Plonge dans le pardon de Dieu. Plonge dans la miséricorde de Dieu : «Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.» ajoute Jésus.
Il y a eu des précurseurs, comme David., qui surmonte une envie de vengeance bien compréhensible. Le roi Saül, qui par jalousie, cherche à le faire mourir, est à la portée de sa lance : «Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, crie-t-il à Saül, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. » Docile à l’inspiration divine, David renonce à la vengeance et fait confiance au Seigneur.
Jésus demande non seulement un sentiment d’amour, mais d’en tirer des conséquences concrètes : faire du bien à ceux qui nous haïssent; souhaiter du bien à ceux qui nous maudissent, prier pour ceux qui nous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. etc. Mon Dieu que c’est difficile d’être chrétien. 
Je voudrais ouvrir une parenthèse, mais vous allez voir, la clefs est dans le commandement de l’amour.
Mon Dieu que c’est dur actuellement d’être chrétien. Mon Dieu que c’est dur actuellement d’être prêtre. Mon Dieu, que c’est dur actuellement d’être évêque. Actuellement, on en prend plein la figure. J’ouvre la radio, j’ouvre le journal, tous les jours, on nous traite de pédocriminels. «À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue.» La colère des victimes et de leur parents est légitime. La colère de la société est légitime, car les abus sur mineurs sont l’inverse du message de Jésus. Je pensais à cela hier en fin d’après-midi en regardant sur KTO la retransmission de la célébration pénitentielle du sommet du Vatican concernant les abus sur mineurs, réunissant les présidents des conférences épiscopales du monde entier. Dans son homélie sur le texte de l’enfant prodigue, le pape François a dit ceci : «Afin de pouvoir affronter l’avenir avec un nouveau courage, nous devons dire comme l’enfant prodigue «Père, j’ai péché.» Et comme chrétiens, nous sommes solidaires du péchés de chrétiens. 
Dans le journal La Croix de ce dimanche, il y a un article passionnant sur le pape qui demande pardon pour les autres, avec cette histoire extraordinaire : «Très chère Filomena, je suis terrifié, écrit le pape François, en pensant à la cruauté qui a défiguré votre visage en offensant votre dignité de femme et de mère. Je vous présente mes excuses et vous demande pardon, en prenant sur moi le poids d’une humanité qui ne sait pas demander pardon à celui qui est offensé, piétiné et marginalisé.» Ces mots du pape François ont bouleversé cette femme atrocement défiguré par son mari violent qui lui a jeté de l’acide au visage. «Ce ne sont pas des mots écrits au hasard, témoigne t’elle, mais à la première personne par le pape François. C’est une lettre que je garde jalousement et qui me donne la force de continuer». Demander pardon, c’est aimer. Ce n’est pas imposer notre pardon aux victimes. Voyez, je balbutie. Vous trouverez d’autres paroles dans ma lettre pastorale d’octobre dernier: «pour une église déterminée».
L’église dans cette crise des abus sur mineurs, se trouve, et c’est terrible, du côté des bourreaux, mais aussi au côté et du côté des victimes. Il doit y avoir une circulation d’amour, pour sortir du cercle du mal, pour changer le monde. J’ose le dire, ce que vit l’Eglise aujourd’hui, est prophétique pour le monde, va changer le monde. Oui, en nous reconnaissant pécheurs, oui, en acceptant humblement d’être accablés, oui, en agissant concrètement pour protéger les mineurs, et notre église le fait réellement, notre église catholique fait avancer la civilisation de l’amour.
Jésus l’annonce : « la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. » Cette victoire de l’amour va changer le monde. Chrétiens, nous sommes appelés à une révolution de l’amour.
St Paul l’annonçait, c’est notre seconde lecture : «Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel.» Frères et soeurs, nous sommes citoyens du Ciel, nous devons avoir sur terre les moeurs du Ciel, l’art de vivre du Ciel. Mais pour cela, il faut une révolution, une rotation, une conversion dit-on aussi en ski. Vivement le Carême; temps de grâce, moment annuel privilégié pour prendre les habitudes du Ciel. Pour nous axer sur Dieu, et non sur nous-mêmes. Amen.
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