Homélie de Monseigneur Xavier Malle, Dimanche des Rameaux en la cathédrale de Gap

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“Ce dimanche porte le double nom de dimanche des Rameaux et de la Passion, avec l’évangile de l’entrée à Jérusalem que nous avons entendu dehors, sur la place, et l’évangile de la Passion selon st Luc, entendu à l’instant. Nous sommes pris par l’émotion à l’écoute de ces évangiles. Comment nous situer ? Rester dans la foule ou accompagner Jésus ?

  1. Une première situation serait de nous mettre dans la foule.

Et ce serait beau de dérouler notre robe baptismale devant Jésus entrant à Jérusalem. Mais nous découvrons qu’en passant des Rameaux à la Passion, la foule est passée de l’acclamation aux cris de haine.

De l’acclamation de celui qui était monté sur un petit âne, l’animal des serviteurs, tandis que les maîtres avaient des chevaux : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur, Paix dans le ciel et Gloire au plus haut des Cieux », aux cris de haine contre cet homme-Dieu défiguré par les tortures : « Mort à cet homme ! Crucifie-Le ! »

C’est une tentation permanente des foules de brûler ce qu’elles ont adoré, de passer de la joie à la haine.

Cette première situation, nous mettre dans la foule, n’est donc pas satisfaisante.

Je me permet une parenthèse… en lien avec l’actualité de notre Eglise Catholique, car la foule changeante me fait penser à une tentation dans notre Eglise de vouloir suivre le vent de la foule, pour résoudre nos difficultés. Le pape François en parle au paragraphe 35 de son dernier texte qui date du 25 mars 2019, son exhortation aux jeunes après le synode romain sur les jeunes, intitulé : « Il vit, le Christ » Christus Vivit. Ce § a pour titre : « une église qui se laisse renouveler ». Il explique que notre église doit renoncer à deux tentations :

  • « se scléroser dans le passé »,
  • « Croire qu’elle est jeune parce qu’elle cède à tout ce que le monde lui offre, croire qu’elle se renouvelle parce qu’elle cache son message et imite les autres.

Non ! Elle est jeune, dit le pape, quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. »

Lors de la messe Chrismale mardi 18h30 à Embrun, je développerai plus cette actualité de l’Eglise. Fin (des) de la parenthèse(s).

2) Seconde situation possible pour nous, accompagner Jésus.

En passant des Rameaux à la Passion, nous pouvons accompagner Jésus, l’imiter dans son humilité, lui le Roi des Nations qui a choisi d’être serviteur.

Il a quitté la nature du mont des Oliviers, lieux propice de sa prière personnelle, et franchis les portes de la ville de Jérusalem, symbolisées par les portes de cette cathédrale (église des Cordeliers), ville de Jérusalem où il sera condamné à mort.

Frères et soeurs, cette entrée dans la Semaine Sainte est pour nous une entrée avec Jésus dans sa passion.

L’oraison d’ouverture nous a fait demander ainsi : « accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa Passion et d’avoir part à sa résurrection. » Parmi ces enseignements je suis frappé par l’attitude de Jésus, prophétisée dans le livre d’Isaïe, dans ses chants du serviteur : « Moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. » Attitudes humainement difficile à saisir, non violence absolue, héroïque.

Cette attitude du serviteur, de l’esclave, Jésus la revendique aussi devant ses apôtres à la dernière Cène : « Les rois des nations commandent en maîtres… pour vous rien de tel… au contraire que le chef devienne comme celui qui sert… Je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

La préface de ce jour nous donne la clef : « Alors qu’il était innocent, il a voulu souffrir pour les coupables, et sans avoir commis le mal il s’est laissé juger comme un criminel ; en mourant il détruit notre péché ; en ressuscitant, il nous fait vivre et nous sanctifie. »

Retenons frères et soeurs, pour vivre cette semaine sainte, l’attitude de Jésus comme serviteur, et accompagnons-le en prenant cette attitude.

Chacun des jours saints, il sera le serviteur, jeudi saint en lavant les pieds de ses disciples et en instituant l’Eucharistie et le sacerdoce, vendredi saint serviteur souffrant sur la croix, samedi saint à la veillée pascale et dimanche de Pâques, serviteur de notre joie par sa Résurrection.

Cette Sainte Semaine, ne restons pas dans la foule, accompagnons le serviteur souffrant jusqu’à sa Résurrection. Amen !

 

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