Homélie de la messe du 4ème dimanche du Carême à Saint-Bonnet en Champsaur, à l’issue de 5 jours de visites pastorale en immersion dans le Champsaur-Valgaudemar.

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Nous connaissons bien la suite, la parabole de l’enfant ou du Père prodigue. Mais commençons par cette accusation des pharisiens, puis nous prendrons un second passage. 
Quel plus beau témoignage de sa mission de Sauveur. Quelle belle définition du Salut, de la Rédemption de l’homme. Mgr Paul Desfarges, évêque d’Alger, dans sa lettre pastorale avant la béatification des 19 martyrs d’Algérie écrit ceci à propos de la logique du don et de la Croix, je le cite : «On ne choisit pas notre Croix. L’humilité est d’accueillir celle qui vient pour continuer d’aimer, ce que nos frères et sœurs béatifiés ont fait jusqu’au bout. Ouvrir sa porte, frapper à la porte d’à côté, voilà le chemin de notre sainteté avec ses joies et ses croix. C’est ainsi que notait Sr Esther : « Pour moi, le modèle parfait, c’est Jésus. Il a souffert, il a connu des difficultés, il a terminé par l’échec de la croix d’où a jailli la source de vie .» (extrait du discernement communautaire 6-7 octobre 1994) 
L’accueil de Jésus est non seulement inconditionnel, mais il va jusqu’à l’accueil de l’ennemi, l’accueil de celui qui me rejette. Il ne s’agit pas ici d’affectivité. Accueillir ici veut dire laisser à l’autre une place dans mon cœur, même s’il m’a rejeté du sien. Ainsi l’accueil est œuvre de salut, de participation au salut opéré par le Christ, révéler à chacun qu’il est aimé du Père, même s’il ne m’aime pas. Contemplons Jésus à la Cène. Judas qui va le trahir, Pierre qui va le renier sont accueillis jusqu’à l’inouïe du lavement des pieds. Jésus se fait hospitalier pour devenir notre hôte. « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi » (Jn 13,8).
C’est l’accueil même du Père Prodigue : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.» 
Oui, l’accueil est à soigner dans nos églises.
D’autant que parfois, ce n’est pas compris des vieux chrétiens, comme le fils prodigue : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau.» Alors écoutons encore le Père : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” 
Soigner l’accueil des convertis, des catéchumènes, des nouveaux baptisés. L’accueil que vous m’avez réservé ici dans le Champsaur m’a beaucoup marqué.
Il y aurait tant à vous partager de cette visite pastorale. Ainsi, 
  • La vitalité et la débrouillardise de l’économie locale ou encore du monde de la culture.
  • Le dévouement pour l’accueil de jeunes migrants dans des familles
Oui,je voudrais retenir ce sens de l’accueil, que vous cultivez dans le Champsaur Valgaudemar, avec son fondement théologique. Dieu m’accueille. Comme dit la Bible, peut-être un jour vous accueillerez un ange.
Je voudrais aussi souligner la solidité de la foi que j’ai trouvée dans certaines familles. La transmission de la foi à vos enfants. Alors je sais bien que d’autres souffrent et nous le disent à nous prêtres : mon petit-fils n’est pas baptisé, j’ai pas su. Peut être que la clef est dans ce petit passage de la parabole, quand l’enfant prodigue a mangé entièrement son héritage : «alors il rentra en lui-même».
C’est ce petit passage que je vais développer : «alors il rentra en lui-même». Peut-être que la course à l’activité, des adultes, des adultes pour leurs enfants, des enfants eux-mêmes, est justement pour fuir ce silence, pour ne pas se retrouver face à soi même. Impossible semble-t-il de rentrer en soi-même. Cela me fait penser aux jeunes rencontrés sur les pistes de ski qui skient avec un haut parleur dans le dos et qui embêtent tout le monde. Comme si ils avaient peur du silence de la nature, du silence de leur coeur, et peur finalement d’entendre Dieu leur dire quelque chose. Saint Augustin disait à Dieu : «Toi, tu étais plus intimes que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même.»
Alors frères et soeurs, le plus beau cadeau que vous puissiez faire à vos enfants, à vos petits enfants, c’est de leur apprendre à rentrer en eux-même. Quand tu pries, rentre dans ta chambre et ton Père est là qui t’attends. Nos maisons doivent être des églises domestiques. Quand il y avait les persécutions des premiers chrétiens, ou encore actuellement dans certains pays du monde, il n’y a pas d’église où la communauté chrétienne puisse se réunir et donc les maison sont le lieux où les chrétiens se réunissent. Que nos maisons soient vraiment une petite église, avec un coin prière. Quand on a une grande maison, on peut même mettre un oratoire, une pièce pour cela. On peut y disposer une bible, une image sainte, une statue, une photo de quelqu’un qui est parti, l’image de la première communion. Un coin prière pour nous aider à rentrer en nous-même. Et puis il y a ce dialogue entre nos églises domestiques et les églises où la communauté se réunit, vos églises de villages, lesquelles, je dois dire m’émerveillent par l’entretien que vous y faites, par aussi le soin que les municipalités y portent. Nos églises dans les Hautes-Alpes sont bien entretenues, sont dignes, sont des lieux de prière. Et il doit y avoir ce dialogue entre mon église familiale et l’église de la communauté que je retrouve le dimanche ou plus souvent. Vous savez, si vous voulez goûter encore plus la  Parole de Dieu, le petit truc c’est de la lire dans la semaine. Et là vous découvrirez tel ou tel passage. On a des tas de moyens modernes, applications, livret, qui nous aident à préparer ce sommet de la semaine qu’est la messe du dimanche. Je dis toujours aux jeunes : tu t’ennuie à la messe ? C’est que tu vas pas assez souvent à la messe. T’es pas encore rentré dans le mystère qui se vit, dans la Parole que Dieu va t’adresser, car Dieu a parlé là, puis Jésus vient sur l’Autel et donne sa vie. Plus on vient à la messe, plus on comprends la grandeur de la messe. Il n’y a rien de plus grand qui se passe à saint Bonnet actuellement que ce que nous sommes en train de vivre.
Ces deux phrases, cet homme fait bon accueil aux pécheurs, ou alors «Il rentra en lui-même», sont un peu comme les battements de notre coeur. Pour les médecins, systole et dystole. Ou respiration inspiration et expiration, ou encore l’amour du prochaine, l’amour de Dieu et l’amour de soi-même. La dimension verticale de la croix, l’amour de Dieu et la dimension horizontale, l’amour du prochain. Cette double respiration entre l’église domestique et l’église communautaire. C’est comme nos deux poumons. Avec un seul on a plus de mal à avancer, on s’essouffle vite. 
Toi mon enfant tu es toujours avec moi. Prenons vraiment conscience de cela. Que Dieu est toujours avec nous. Amen.