Homélie dimanche 5 mai 2019 à La Laure ND de la Pentecôte à Montmorin
Dimanche 5 mai 2019 : homélie à l’occasion des festivités des 50 ans de la Laure d’ermites de Notre-Dame de Pentecôte et signature du décret d’approbation des statuts canoniques.
A écouter:
A lire:
Homélie 5 mai 2019- 3ème dimanche de Pâques
10h30 Laure ND de Pentecôte à MONTMORIN – 50ème anniversaire 
Chères soeurs, chers pères, chers amis de la Laure ND de Pentecôte. En ce cinquantenaire, permettez moi une homélie un peu longue, en trois partie : biblique, historique et canonique.
I. Voyons d’abord ce que nous disent les lectures bibliques. Dimanche dernier nous célébrions la Miséricorde. Nous voyons dans cet évangile combien Jésus est la miséricorde du Père incarné, et ce dans les trois scènes.
1. Première scène, l’apparition de Jésus sur les rives du lac de Tibériade.
Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. »
Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. »
Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Les apôtres sont retournés à leurs activités antérieures. Et très discrètement, Jésus se manifeste à eux, non glorieusement, en se rendant présent dans leur vie quotidienne. Un inconnu leur pose une question : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » puis leur donne un conseil :  «Jetez le filet à droite». Et là c’est la pèche miraculeuse. Jésus est discret mais terriblement efficace. Semblant leur redire comme précédemment en Jean 15,5: «Sans moi, vous ne pouvez rien faire.» Vous avez aussi remarqué qu’aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. On reparlera cette après-midi des apparitions du ressuscité.
2. Seconde scène, le repas avec le Ressuscité : Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus a préparé le repas, sur le feu de braise de sa souffrance, et il demande aux apôtres : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. », pas pour compléter, mais pour qu’ils aient la joie de participer par leur travail à ce repas.
C’est ainsi qu’il nous fait miséricorde : il nous a préparé le pain de l’Eucharistie, mais il nous invite à apporter quelque chose, notre vie. Toute notre vie.
3. Troisième scène bien touchante, le dialogue entre Jésus et Simon-Pierre.
Jésus ne lui parle pas de son triple reniement, mais lui demande 3 fois, comme pour le racheter.
Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »
Mes chères soeurs, à l’occasion de ces noces d’or de la Laure ND de Pentecôte, Jésus vous demande à vous particulièrement  «M’aimes-tu ?»
Jésus lui dit alors deux choses importantes :
  • il le confirme comme chef des apôtres : Sois le berger de mes brebis.
  • et il lui annonce son martyr, c’est à dire la conformité à la mort de Jésus lui-même : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort. Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Ce sont ces rencontres avec Jésus ressuscité, c’est le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, qui vont donner le courage et l’audace aux apôtres pour répandre le kérygme. Nous le voyons dans la première lecture. Au grand prêtre qui rappelle qu’il leur avait interdit d’enseigner au nom de Jésus, Pierre et les Apôtres déclarèrent :« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice.  C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés.» Puis le grand prêtres les fait flageller et à nouveau interdir de prêcher et ce n’était pas de la rigolade, avec pour résultat : «Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.»
S’être senti tellement aimé de Jésus, rend possible d’aimer d’une manière folle. 
C’est le sens de votre appel à une vie consacrée érémitique.
C’est ce qui est arrivé au père Emmanuel de Floris.
II. Permettez-moi maintenant pour ce cinquantenaire un petit rappel historique.
Entré au noviciat de l’abbaye bénédictine d’En Calcat en 1927, c’est après 42 ans de vie bénédictine que son désir d’une vie plus intense de prière et de solitude va se réaliser. En février 1969, il y a 50 ans, il va s’établir ici avec l’accord de Mgr Coffy, alors évêque de Gap, dans une vielle maison propriété communale l’Adaux d’Oule, au dessus du village de Montmorin. Il rencontre le maire de l’époque, Mr Domaine, et loue le bâtiment pour une somme symbolique. Un autre moine, de l’abbaye de Tournay, Dom Gérard Calvet le rejoindra pour 9 mois. Il sera le fondateur de l’abbaye du Barroux. En 1970, Jean Mortaigue le rejoindra et à deux ils vont travailler dur pour construire deux ermitages, dont le premier va rapidement être détruit par un incendie, puis reconstruit, puis 4 autres ermitages, car les premières soeurs ermites arrivent. Soeur Gertrude – suédoise – convertie du protestantisme et envoyée par le cardinal Journet en 1970, qui restera jusqu’à fin 1971. Soeur Jacqueline et soeur Manuela (bénédictine du Portugal) arriveront en 1971.   Le père Emmanuel écrira plus tard : « Il m’apparait alors, comme un devoir, sous la poussée des circonstances de conjuguer ma propre recherche de vie solitaire et la mise de mon sacerdoce au service d’âmes soeurs, en quête du même idéal.» La Laure est née, avec des soeurs ermites, et des pères ermites, «les uns assurant les secours sacramentel aux autres, qui le leur rendent en services adaptés.» 
Le pays est rude : dans une lettre il annonce 1,20 de neige et – 27° le matin. Finalement le réchauffement climatique va rendre presque méditerranéenne votre Laure !
Je ne vais pas reprendre toute l’histoire, les noms des pères et des soeurs qui se sont succédés ici, mais rappeler maintenant la rencontre avec la congrégation st Jean. En 1972 un premier frère vient passer un temps à Montmorin. Il y conduira en 77 ou 78 le fondateur, le père Marie-Dominique Philippe. Ce dernier a l’intuition d’installer ici une communauté St Jean. Ce sera un prieuré de désert, qui va s’installer finalement tout près aux Chabannes. Mgr Séguy viendra bénir la chapelle en 1982, et à partir de cet été les novices viendront passer l’été, guidés par le père Emmanuel jusqu’à sa mort le 19 mars 1992.
Après l’installation des frères de st Jean, le projet d’une chapelle de montagne, ND de la Paix, dans laquelle nous sommes, pourra reprendre et sera dédicacée par Mgr Séguy en 1986 après trois années de travaux.
III. Enfin, à l‘occasion de ces 50 ans, deux évènements canoniques ont lieu. Car chères soeurs, et cher père, jusqu’à ce jour, canoniquement vous n’existiez pas ! Heureusement que Dieu est bien au delà du droit canon et que cela n’a pas empêché la louange de Dieu !
En effet, à part un coutumier de 1984 régulièrement retravaillé et les statuts de l’association propriétaire loi 1901, il n’y avait jusqu’à ce jour aucun statut ecclésial.
Dès 1971 Mgr Coffy demande que les statuts promis pour novembre 1971 soient établis ! Mais rien n’aboutit. En 1980 il y a une tentative de convention entre le diocèse et la Communauté st Jean ; elle n’aboutira qu’en 1987, mais uniquement pour que le père Jean soit nommé curé des paroisses de la vallée de l’Oule, mission qui lui est confiée depuis 1985, et exercée par les frères de st Jean jusqu’en 2007.
En 1992, il y a un projet de constitution d’une association de fidèle pour les soeurs ermites, qui n’aboutit pas.
En découvrant le manque de reconnaissance canonique, alerté par Mr Bernard Pavot, conseiller canonique du diocèse, j’ai souhaité tenter d’avancer. Je dois remercier particulièrement chacune d’entre vous mes soeurs, et le frère François-Xavier, VG de la congrégation st Jean, ainsi que le porteur de ces projets, Mr Bernard Pavot. Ce que mes prédécesseurs ont rêvés, nous allons le réaliser ce WE du 3ème dimanche de Pâques. Occasion de répondre à la question de Jésus «M’aimes-tu ?»
Voici les deux actes canoniques dont je parle :
– une convention entre le diocèse et la congrégation st Jean. J’ai reçu hier un mail du frère François-Xavier, m’annonçant que le frère Thomas, prieur général avait signé, au cours du chapitre général de la congrégation qui se tient actuellement, la convention signée de ma main que je lui avait envoyée. 
  • Et aujourd’hui, je vais signer les statuts de la Laure Notre Dame de Pentecôte.
Voici un extrait du décret de promulgation : « C’est une grande grâce pour notre diocèse que d’accueillir depuis cinquante ans les membres de la Laure Notre Dame de la Pentecôte dont le but est de vouer leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans le silence de la solitude, membres dont la fidélité à leur vocation s’est manifestée durant toute cette période. Les membres de la Laure nous ayant proposé un projet de statuts réglant leur vie érémitique avec charges communes ; après avoir reçu l’accord du Prieur général de l’Institut des frères de Saint Jean sur les termes des susdits statuts, après examen de ces statuts, annexés au présent Décret, statuts qui établissent le but de la Laure et les autres prescriptions conformément au code de droit canonique ; nous, Xavier MALLE, par la Miséricorde divine et l’autorité du Siège apostolique, évêque de Gap (+ Embrun), approuvons ad experimentum pour 3 ans, à compter du 5 mai 2019 ces statuts selon lesquels ladite Laure devra désormais être régie.
Avec le psalmiste, je fais la prière à Notre Seigneur, que jamais la louange ne s’arrête dans ce lieu béni. « Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi ; et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce ! » 
« Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »
Amen !
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